‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 299 sur 663 · TOUTE CRÉATURE SOUMISE A DIEU · texte numérisé non relu

TOUTE CRÉATURE SOUMISE A DIEU

combat : rhumanité est dans l'arène, la création occupe les degrés, attentive, retenant son souffle, anxieuse et impatiente, Tâme tendue vers l'issue du combat, Spectaculum facti sumus, mundo, et angelis, et hominibus. Ce n'est là que métaphore, me direz-vous, et construction de pure imagination. La création, toute la création, omnis creatura, comme il sera dit au verset 22, ne saurait être vraiment dans cette anxiété intelligente dont nous parle l'Apôtre. — Il est trop facile de répondre que l'Apôtre est un sage, qu'il nous dit des choses réelles, et que rien n'est plus éloigné de sa pensée que d'exiger de nous une confiance réelle au nom d'une construction imaginaire et de pure fiction. Il regarde la création entière, telle qu'elle est, c'est-à-dire présidée dans ses départements variés par les anges qui y maintiennent l'ordre, qui en assurent la régularité et l'harmonie (cî.Sum. TheoL, V, quaest. CX). Une portion de la grande famille angélique est députée par Dieu au gouvernement de la création matérielle, s'intéresse à l'humanité avec un sentiment fraternel, et attend avec anxiété l'heure finale o\x sera montrée au monde la gloire des enfants de Dieu, et réparée la chute des anges maudits. — Très bien, me direz-vous, mais alors il suffisait pour parler clair, de nous enseigner que les anges nous suivent du regard, et nous aident de leur protection. A quel titre intervient la création matérielle, qui attend, nous dit l'Apôtre, qui gémit, ajoute-t-il, et qui enfante : ingemiscit et partant usque adhuc (verset 22) ? — En commentant ces paroles, Bossuet nous met sur la voie : « L'auteur des choses, qui leur a donné leurs inclinations, leur a imprima un amour comme naturel de ceux à qui il les a destinées. Elles ne font point encore de discernement : c'est à Dieu de commencer ; c'est à lui à faire voir ceux qu'il reconnaît comme ses enfants légitimes... Aussi n'ont-elles point toutes de plus véhémente inclination que de les servir : tout l'effort que font les causes naturelles, selon ce que dit l'Apôtre, ce n'est que pour donner ^u monde les enfants de Dieu. C'est pourquoi il nous les dépeint comme dans les douleurs de l'enfantement : Omnis

creatura ingemiscit et partant. (Bossuet, La félicité des Saints, et Sermon pour la Fête de tous les Saints, éditiorf Lebarq, t. I, p. 15, 52). On ne saurait mieux dire, les élus sont les enfants de Dieu ; mais avec Dieu, la créature même matérielle travaille à les enfanter. Elle leur dit Dieu, elle le leur fait connaître. Elle présente à leur intelligence des caractères oiî ils lisent le nom de Dieu, sa beauté, sa puissance et ses perfections invisibles : Invisibilia Dei, per ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur. La création matérielle va plus loin. Dieu l'a faite bonne^ et sa bonté essentielle consiste en ce qu'elle répond à la volonté de Dieu et se prête avec une souplesse infinie à l'exécution de ses desseins. Dieu a mis cette bonté créée au service de ses élus. Nous croyons, tant l'accoutumance nous a rendu les choses familières, nous croyons n'avoir affaire qu'à des êtres mornes, figés, inertes, désintéressés, absolument indifférents : et voici que nous sommes réellement au centre d'un vaste système tout pénétré d'influences vivantes, qui a reçu de Dieu les énergies variées que nous lui découvrons chaque jour et par lesquelles il se prête à nos exigences ; utile à nous et toujours souple, comme un rythme docile, à l'ordre de Dieu : Quae faciunt verbum ejus. Il a dit à l'eau de couler, et elle coule ; de se tenir comme une muraille à droite et à gauche de son peuple, et elle obéit. Il dit à la flamme de consumer, elle fait son office ; il lui dit aussi de respecter le buisson ardent : elle s'incline. Il dit aux bêtes de déchirer, et elles déchirent ; de ne point toucher à la chair des Martyrs, et elles s'étendent à leurs pieds. Il dit au pain et au vin de nous nourrir et ils réparent nos forces ; il leur dit de disparaître pour faire place au Corps et au Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ils se prêtent avec joie. Stellae vocatae sunt, et dixerunt : Adsumus, et luxerunt ei cum jucundidate qui fecit illas,

La création matérielle n'est pas indifférente. Aux élus elle se prête avec joie ; au lieu qu'elle s'indigne de devoir servir aux œuvres de l'impie : ce lui est une servitude et une déchéance, contre laquelle elle proteste, et volontiers elle se

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