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L*EUNUQUE D'ETHIOPIE

naturellement au prosélyte qui va entrer en scène. C'est sur cette route que Philippe, d'après l'ange, le rencontrera. La tradition montre encore auprès d'Hébron la fontaine où il fut baptisé.

Philippe obéit. Sur la route, un Ethiopien, chambellan et trésorier de la Candace, ou reine d'Ethiopie. Candace était le nom générique d'une dynastie féminine qui régnait sur l'Ethiopie, la Nubie, l'Abyssinie et la région du Haut-Nil, à la limite, en Afrique, du monde connu des anciens. Cet Ethiopien était prosélyte de la porte. Une fête l'avait amené à Jérusalem. Ses dévotions accomplies, il s'en retournait à Méroé, la capitale de l'Ethiopie, pour reprendre sa charge et son portefeuille. Il était assis sur son char et laissait flotter les rênes. La lenteur de la marche lui permettait de lire. Il lisait à demi-voix, comme on faisait dans l'antiquité, afin que la pensée, avivée par la voix, recueillie par les yeux, recueillie par les oreilles, s'imprimât mieux dans l'esprit. L'ange de Dieu dit à Philippe d'approcher. Le diacre hâta le pas pour rejoindre et entendit la voix de l'Ethiopien, lisant un passage d'Isaïe. Il lui demanda : « Comprenez-vous ce que vous lisez là ? » — « Eh ! comment le comprendrais-] e, si personne ne me le fait entendre ? »

Tous ces détails nous font si bien comprendre une âme, qu'il y a intérêt à s'y arrêter. L'Ethiopien n'était pas sans doute le premier venu et ne manquait pas de culture. Il savait le grec, mais ne pensait pas que l'Ecriture s'expliquât d'ellemême. Humble en reconnaissant qu'il ne comprenait pas, il allait mettre le comble à cette humilité en acceptant les explications d'un passant inconnu. Il était venu du fond de l'Ethiopie pour adorer Dieu dans son temple, s'était confondu avec la foule des Juifs, lisait l'Ecriture, en désirait l'interprétation : il avait î'âme religieuse, naturellement chrétienne. Sans plus de présentation, il pria Philippe de monter près de lui. Le passage d'Isaïe qu'il lisait selon la version des Septante, était emprunté au chapitre LUI, versets 7 et 8.

« Comme une brebis, il s'est laissé conduire à la mort,

» Comme un agneau sans voix devant celui qui le tond :

» Ainsi n'a-t-il pas même ouvert la bouche.

» Sa vie a été emportée par un jugement qui l'a flétri.

» Mais qui comptera ceux qui sont nés de lui

» Depuis que sa vie a été enlevée de la terre ? »

« Je vous le demande, dit l'Ethiopien à Philippe, de qui le prophète parle-t-il ainsi ? Est-ce de lui-même ? Est-ce d'un autre ? » Philippe n'aurait pu trouver lui-même, pour parler du Seigneur et du salut qui vient de lui, un thème plus opportun. Il le commenta. Et l'on arriva, tout en devisant de la sorte, à la fontaine de Bethsur. Là, le catéchumène, déjà éclairé, arrêta l'enseignement de Philippe : « Voici de l'eau, dit-il, puis-je être baptisé ?» — « Vous le pouvez, dit Philippe, si vous croyez de cœur. » — « Je crois, fut-il répondu, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. » Toute la foi chrétienne est contenue dans cette seule affirmation. Le char s'arrêta, Philippe et l'eunuque descendirent tous deux dans l'eau et Philippe fit un chrétien de celui qu'il venait d'évangéliser.

Il n'y eut pas d'adieux. L'Esprit de Dieu s'empara de Philippe et l'emporta ailleurs. L'eunuque baptisé s'en retourna heureux. C'était, semble-t-il, le premier des Gentils convertis au christianisme. Il fut apôtre et, lorsque le christianisme fut porté en Abyssinie au IV® siècle, on y trouva une chrétienté sans hiérarchie et des pratiques témoignant d'une initiation antérieure. Philippe, de son côté, continua d'évangéliser le littoral de la Méditerranée, Azot, Jamnia, Lydda, Joppé, Césarée, où nous le retrouverons encore, au chapitre XXI, 8, 9, avec ses quatre filles prophétesses. Il était naturel que Césarée sollicitât et retînt le zèle de Philippe. C'était un centre populeux. Bâtie par Hérode sur les bords de la mer, elle portait le nom de Césarée de Palestine, afin de la distinguer de Césarée de Philippe, bâtie par le tétrarque de ce nom, au nord du lac de Génésareth, vers les sources du

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