LES GARANTIES DIVINES
II n'y a pas au monde de doctrine plus considérable que celle-ci. Aimons-nous Dieu ? Car c'est à ceux qui l'aiment que toutes choses tournent à bien. L'Apôtre ne nous demande pas du tout, si nous sentons en nous l'amour de Dieu, si nous ressentons des douceurs, si nous éprouvons des élans et des joies, des exaltations secrètes, des enthousiasmes, ou, au contraire, des dégoûts, des ennuis, des aridités. Il nous demande si nous aimons Dieu, c'est-à-dire si nous avons échappé à l'égoïsme et si notre volonté est unie à sa volonté. Ceci est requis. Comment exiger les garanties surnaturelles et les sécurités de Dieu, si nous ne l'aimons pas, si notre âme demeure prisonnière de la volonté propre ? Diligentibus Deum. Mais si vous aimez Dieu, tout est bien. Rien ne saurait vous nuire. Tout vous sera moyen, même l'obstacle. Les personnes et les choses, les événements et les rencontres, l'exil, la persécution, les proscriptions, les proscripteurs, tout conspirera afin d'assurer votre salut. Les choses ne vont pas au hasard, leur marche est gouvernée par une main toute-puissante ; même avec la mauvaise volonté des hommes, Dieu fait et compose le bien qu'il veut. Aimez seulement.
Car ceux qui aiment Dieu ont été désignés éternellement et choisis par lui. Dieu les aime. Même, leur amour n'est qu'une réponse tardive à l'amour éternel de Dieu. C'est parce qu'ils sont aimés qu'ils n'ont rien à craindre, et que la main de Dieu ordonne toutes choses à leur salut et à leur intérêt éternel. L'homme pusillanime s'inquiète et demande : Mais est-ce que je suis aimé ? est-ce que je suis choisi ? — Homme de peu de foi et de peu de raison, êtes-vous appelé ? êtes-vous baptisé ? êtes-vous justifié ? Et ne savez-vous pas que votre vocation même et votre justification par le baptême ne sont que la traduction temporelle d'un programme éternel où vous êtes contenu ? Vous ne seriez pas appelé aujourd'hui, si un dessein éternel n'avait préparé et amené enfin votre vocation.
Afin d'assurer le salut de ceux qui l'aiment, de ceux qui ont été éternellement aimés de lui, Dieu emploie la création,
sans doute : omnia cooperantur in bonum ; mais surtout Dieu s'emploie lui-même. Il aime sérieusement, lui. L'amour éternel, l'amour tout-puissant, l'amour éternellement fidèle, l'amour incréé s'applique à assurer le bonheur éternel de ceux qu'il a aimés et choisis : c'a été sa pensée éternelle ; le temps lui sert à l'accomplir. Et dans les lignes immortelles de l'Apôtre nous allons voir se dérouler la série des actes divins, actes de l'éternité, actes du temps, chaîne continue aux anneaux de diamant, qui nous attache à Dieu de telle sorte que nous n'échapperons pas à l'éternel amour. Car la vocation dont il vient d'être parlé est un acte constant et certain, mais enfin ce n'est qu'un acte qui noue notre vie à Dieu ; et ce que saint Paul veut nous donner ici, pour marquer la sécurité surnaturelle infiniment humble et infiniment fière de notre espérance, c'est la série complète de toutes les garanties divines, au prix desquelles le Seigneur assure à ses enfants qui l'aiment l'éternité d'un amour né dans le sien. Le drame surnaturel se compose, conformément aux lois classiques, de cinq actes, dont deux s'accomplissent dans l'éternité ; ce sont les deux moments d'intention : l'élection éternelle d'abord, la connaissance, mais avec affection, tendresse, prédilection ; puis dans la même éternité, la prédestination, c'est-à-dire la préparation attentive de tout le réseau de grâces, de miséricordes et d'industries qui doit assurer notre salut. Avec le souci qu'inspire la tendresse. Dieu a vérifié et assuré dès l'éternité chacune des mailles de ce réseau. Pater meus quod dédit mihi, majus omnibus est, nous dît le Seigneur; oves meae... non peribunt in aeternum, et non rapiet eas quisquam de manu mea (Joan., X, 27, 29). Est-ce donc. Seigneur, que les âmes de vos élus sont vôtres ? — Oui, vraiment, avant même que de naître, ces âmes sont à Jésus-Christ. Elles lui ont été données dans leur prédestination même. Chose adorable, Dieu semble avoir voulu- assurer son amour, comme ailleurs il a garanti sa promesse par un serment. Vivo ego : il a juré par lui-même. Celui qui est le Tout-puissant, qui ne trompe pas, qui ne se dérobe pas.