FIDÉLITÉ ET JUSTICE DE DIEU
1 Veritatem dico in Christo, non mentior : testimonium mihi perhibente conscientia mea in Spiritu sancto : 2 quoniam tristitia mihi magna est, et continuas doïor cordi meo. s Op-
tabam enim ego ipse anathema esse a Christo pro fratribus meis, qui sunt cognati mei secundum carnem, 4 qui sunt îs~ raelitae, quorum adoptio est filiorum, et gloria, et testaméntum, et legislatio, et opsequium, et promissa : s quorum patres, et ex quitus est Christus secundum carnem, qui est super omnia Deus benedictus in saecula. Amen.
Ces versets contiennent l'exposé du problème et montrent à quel point l'Apôtre ressent lui-même le contre-coup de la déchéance de son peuple. Saint Paul était l'Apôtre des Gentils ; pour lui l'économie ancienne était abolie, la loi évincée, le mosaïsme définitivement écarté ; par ailleurs, il avait été poursuivi par les siens comme transfuge et avec un tel acharnement qu'on aurait pu supposer qu'il se désintéressait de la destinée de son peuple, et que peut-être il applaudissait à sa réprobation. Loin de là, sa sympathie est profonde, il en donne l'assurance solennelle, et atteste devant le Christ le témoignage intérieur que lui rend sa conscience éclairée, guidée, rendue transparente par l'Esprit de Dieu. Sa peine est vive, sa douleur est sans trêve, au point qu'il eût souhaité, si la chose eût été possible, être voué à la mort et séparé du Christ dans l'intérêt de ceux qui sont- ses frères. Au chapitre XXXII de l'Exode (verset 32), nous lisons aussi que Moïse offrait au Seigneur cette alternative : Aut dimitte eis hanc noxam, aut si non facis, dele me de libro tuo quem scripsisti. Demande héroïque, comme celle de saint Paul, souhait impossible qui vient de la charité parfaite, et n'est formé que par une âme qui se sent indissolublement attachée à Dieu. Une telle demande n'a de valeur que comme expression d'un désir intense et d'une sommation affectueuse adressée à Dieu. C'est une prière qui, dans l'intimité de l'âme avec Dieu, et en vue de l'intérêt de Dieu même, devient une mise en demeure. Nous ne nous arrêterons pas, après que Bossuet l'a fait, à démontrer que la prière de Moïse et celle de saint Paul n'ont rien de commun avec les raffinements de l'amour pur, les désintéressements blasphématoires du quiétisme, et