‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 311 sur 663 · LE LIBRE CHOIX DE DIEU · texte numérisé non relu

LE LIBRE CHOIX DE DIEU

et son fils, le Seigneur lui-même le consola en l'assurant que le vrai fils était Isaac, et que le fils de l'esclave ne partagerait pas l'héritage dû au fils de la femme libre : Non erit hères filius ancillae cum filio liberae.

Il y a donc une sélection divine. Il y a un motif assigné à cette sélection. Dieu choisit parmi les enfants d'Abraham celui qui est né de la femme autrefois stérile, d'un père très avancé en âge, le fils de la promesse, le fils du miracle et qui, comme tel, est de Dieu plus que le fils de la chair. Aussi l'Apôtre rappelle-t-il dans une citation rapide l'assurance donnée par Dieu (Gen., XVIII, 10) que c'est Isaac qui devant Dieu sera réputé le fils d'Abraham. C'est une première preuve, en la personne d'Abraham, que les promesses de Dieu sont précises, qu'elles s'adressent à une personne définie, et qu'elles sont affranchies des lois de l'hérédité charnelle. Dans la personne d'Isaac, le fils de la promesse, on. voit s'appliquer une première fois ce procédé divin qui, négligeant la lignée du sang, reconnaît ses vrais fils à un indice de discernement plus élevé ; la même disposition divine qui a séparé Isaac de toute la postérité d'Abraham est encore en exercice aujourd'hui : on entend la parole de saint Jean- Baptiste : Et ne velitis dicere intra vos : Patrem habemus Abraham, dico enim vobis quoniam potens est Deus de lapidibus istis suscitare filios Abrahae (Matth., III, 9).

Le Juif pouvait contester. Il n'est nul besoin d'en appeler à un procédé divin, à une sélection libre, là où Dieu, en privilégiant Isaac, ne faisait que reconnaître le droit du fils de l'épouse libre, Sara. Agar est esclave, Cétura est de rang inférieur : Isaac était désigné aux privilèges de Dieu par sa naissance même. — Il faut vous satisfaire, reprend l'Apôtre. II faut vous montrer par un autre exemple, difficilement récusable, que Dieu est libre dans son choix, et que les privilèges qu'il accorde ne sont ni sollicités ni déterminés par un titre antérieur et personnel à l'homme. Voici deux jumeaux, tous deux fils d' Isaac, tous deux fils de Rébecca. Les titres sont les mêmes, ou l'absence de titres est commune à tous

deux. Ils ne sont même pas nés. Ils n'ont fait ni bien ni mal, l'un et l'autre, et par conséquent n'ont d'eux-mêmes fourni à Dieu aucun motif de préférence ni de discernement. Et pourtant, afin qu'il soit constant et notoire que le choix de Dieu ne vient que de lui, que ses privilèges sont pure libéralité, que son élection et sa volonté sont souveraines, lorsque Rébecca s'en va consulter le Seigneur, il lui est répondu que l'aîné de ses deux enfants servira le plus jeune et lui sera inférieur, non en vertu d'un titre personnel, mais à raison de la libre préférence de Dieu, et pour la seule raison indiquée par le prophète Malachie (I, 2, 3) : c'est que Dieu a aimé Jacob, et moins aimé Esaii : l'interversion du droit d'aînesse vient toute du vouloir de Dieu.

Il est facile de reconnaître la pensée de saint Paul. Les promesses de Dieu sont précises, ses préférences vont à une adresse définie par lui : il ne suffit pas, pour en bénéficier, d'un élément de nature, tel que la naissance et la lignée généalogique ; et comme il ne peut être engagé par sa promesse qu'envers ceux à qui il a réellement promis, sa fidélité est sauve, en même temps qu'est écartée l'interprétation matérielle, trop familière aux Juifs : Paîrem habemus Abraham.

Soit, dira le Juif adversaire de l'Apôtre, la fidélité de Dieu est sauve, puisque sa promesse est ainsi limitée et que telle est son intention en promettant. Mais si la fidélité de Dieu est sauve, c'est au détriment de sa justice. Aimer une part de la postérité d'Abraham, ou d'Isaac, aimer une portion d'Israël et écarter l'autre, n'est-ce pas l'arbitraire et l'injustifié, alors qu'aucun motif ne les discerne l'une de l'autre ? Pourquoi l'amour de Dieu, pourquoi les préférences de Dieu vont-elles vers Jacob et non vers Esaû ? N'est-ce pas pur caprice que faire des discernements sans motif ? Non, répond l'Apôtre, ces décisions n'ont rien qui ressemble au caprice : Dieu n'aime pas au hasard et sans raison. Seulement à la différence de la créature qui suppose la beauté et la convenance de ce qu'elle aime. Dieu, lui, fait et crée d'emblée, dans la créature, la beauté et la perfection qu'il aimera.

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