EXEMPLE DE PHARAON
Il aime donc à bon escient. Il dote ce qu'il aimera. Vous me direz que la difficulté n'est que reculée ; mais attendons : l'occasion d'y répondre complètement nous sera fournie bientôt. Il demeure que la souveraine libéralité ou la souveraine liberté de Dieu ne puise qu'en Dieu même la raison des privilèges qu'il accorde, la raison aussi du refus de ces mêmes privilèges ; et nous allons voir en exercice, dans deux circonstances données par l'Ecriture, le procédé de son gouvernement souverain.
Au XXXIII* chapitre de l'Exode, alors que Moïse vient d'adresser à Dieu cette étonnante prière, Ostende mihi gloriam tuant, le Seigneur ne se borne pas à lui promettre la vision de toute beauté, il ajoute le motif de cette libéralité souveraine : « J'accorderai, dit-il, ma faveur à celui que j'aime, et ma tendresse à celui qui aura trouvé grâce devant moi ». Les choses ne se passent pas, dans le système de nos relations avec Dieu, comme dans une arène où le prix appartient à celui qui veut énergiquement, à celui qur courte qui s'efforce : non. Dans l'ordre où nous sommes, tout dépend de la miséricorde et de la bienveillance de Dieu. Dieu est libre dans ses libéralités. Et cette souveraineté de Dieu qui s'exerce sur Moïse pour le bien, s'exercera sur Pharaon pour le châtiment ; mais, de part et d'autre, pour la gloire de Dieu. Dans le même livre de l'Exode (IX, 16) Dieu parle à Pharaon : « Vous êtes le roi de l'Egypte ; et vous vous persuadez que la puissance ne vous a été donnée que pour accomplir vos desseins, pour pressurer un peuple captif et sans défense, pour faire retentir par toute la terre le bruit de votre nom. Voilà ce que vous voulez. Mais de ce que vous voulez, le Seigneur usera pour faire ce qu'il veut. Moi, dit le Seigneur, je vous ai fait roi, j'ai mis la puissance en vos mains, je vous ai placé sur un théâtre élevé, afin, par vous, 'de montrer de plus haut ma puissance et de glorifier mon nom par toute la terre. » En poursuivant l'accomplissement de ses desseins, le roi d'Egypte, à son insu, concourt aux desseins de Dieu.
Vous le voyez, dit l'Apôtre, en une conclusion dernière,
Dieu est libre et souverain, et tout dépend de sa volonté : lorsqu'il bénit, il a fait la beauté de celui qu'il bénit ; lorsqu'il frappe, il a laissé se constituer librement chez celui qu'il frappe, le motif de ses sévérités. Il a endurci Pharaon, en ce sens qu'il a permis son illusion, qu'il ne lui a pas accordé ces grâces de choix qui l'en eussent retiré ; et même en un certain sens positif : car il est naturel et régulier et prescrit qu'un roi aime son peuple, lui veuille du bien, lui assure des ouvriers actifs, nombreux, industrieux et qui ne lui coûtent rien ; il est naturel qu'il s'oppose, même par la force, à leur départ. Cette disposition légitime et vraiment royale, c'est Dieu qui la forme et la cultive au cœur de Pharaon : seuls, la déviation et l'excès viennent de l'infirmité créée.
19 Dicis itaque mihi : Quid adhuc queritur ? Voluntati enim ejus quis résistif ? ^o Q homo, ta quis es, qui respondeas Deo ? Namquid dicit figmentum, ei qui se finxit : Quid me fecisti sic ? 21 An non habet potestatem figalus luti ex eadem massa facere aliud qaidem vas in honorem, aliud vero in contumeliam ? 22 Quod si Deus volens ostendere iram, et notam facere potentiam suam, sustinuit in multa patientia vasa irae, apta in interitum, 23 ut ostenderet divitias gloriae suae in vasa misericordiae, quae praeparavit in gloriam. 24 Quos et vocavit nos non solum ex Judaeis^ sed etiam ex Gentibus, 25 sicut in Osée dicit : Vocabo non plebèm meam, plebem meam : et non dilectam, dilectam : et non misericordiam consecutam, misericordiam consecutam. 26 Et erit : in loco, ubi dictum est eis : Non plebs mea vos : ibi vocabuntur filii Dei vivi. 27 isaias autem clamât pro Israël : Si fuerit numerus filiorum Israël tamquam arena maris, reliquiae salvae fient. 28 Verbum enim consummans et abbrevians in aequitate : quia verbum breviatum faciet Dominus super terram : 29 et sicut praedixit Isaias : Nisi Dominus Sabaoth relïquisset nobis semen, sicut Sodoma facti essemus, et sicut Gomorrha similes fuissemus.