SAUL DE TARSE
criptions de la Loi. Que le Sanhédrin se soit arrogé le droit de saisir et d'incarcérer à Damas, cela ne doit pas nous étonner si nous lisons dans Josèphe l'histoire des oscillations qui ont fait passer cette ville, l'une des plus anciennes du monde, de la Syrie à la Judée, et de la Judée à l'Arabie. A l'époque dont nous parlent ici les Actes, Damas appartient peut-être à la tétrarchie d'Hérode Antipas, que nous connaissons par l'Evangile. Un peu plus tard (II Cor., XI, 32) nous verrons cette même ville de Damas aux mains d'Arétas, roi de l'Arabie nabatéenne, et de l'ethnarque établi par lui. Hérode avait épousé la fille d'Arétas. Après son union incestueuse avec Hérodias, la nouvelle épouse parvint par son influence à faire répudier sa rivale, et la guerre éclata entre Hérode et Arétas. Hérode fut complètement battu et réclama le secours des Romains. L'appel à l'autorité romaine, toujours odieuse, indisposa les Juifs contre Hérode, qui d'ailleurs tomba bientôt après dans la disgrâce de Caligula (39) et s'en vint mourir à Lyon. Arétas et la synagogue de Jérusalem faisaient ainsi cause commune contre Hérode : le roi d'Arabie avait donné la consigne à l'ethnarque d'agir en toute chose d'accord avec les Juifs et de ménager des alliés susceptibles et turbulents. Que Damas fût encore aux mains d'Hérode, qu'elle eût été conquise par Arétas, que Caligula l'eût distraite lorsque la tétrarchie d'Hérode Antipas passa aux mains d'Hérode Agrippa, la Synagogue y avait accès et pouvait dès lors y exercer son pouvoir.
Muni des lettres de la Synagogue de Jérusalem, mère et maîtresse des autres synagogues répandues par le monde, Saul partit pour Damas, dans le dessein de se saisir de tous les Juifs, hommes et femmes, convertis à la vie chrétienne, et de les amener captifs à Jérusalem. Il y a cinq ou six jours de marche (225 Kilom.) entre Jérusalem et Damas. Saul emmenait avec lui une escorte : déjà on approchait de la ville de Damas, lorsqu'il fit une rencontre inattendue.
1 02 actes. — chapitre ix
l'apparition sur le chemin de damas
^ Et cam iter faceret, contigit ut appropinquaref Da~ masco : et subito circumfulsit eum lux de caelo. '^ Et cadens in terram audivit vocem dicentem sibi : Saule, Saule, quid me persequeris ? s Qui dixit : Quis es, Domine ? Et ille : Ego sum Jésus, quem tu persequeris : durum est tibi contra stimulum calcitrare. 6 Et tremens ac stupens dixit : Domine, quid me vis facere ? Et Dominus ad eum : Surge, et ingredere civitatem, et ibi dicetur tibi quid te oporteat facere. "" Viri autem illi, qui comitabantur eum eo, stabant stupefacti, audientes quidem vocem, neminem autem videntes. ^ Surrexit autem Saulus de terra, apertisque oculis nihil videbat. Ad manus autem illum trahentes, introduxerunt Damascum. 9 Et erat ibi tribus diebus non videns, et non manducavit, neque bibit.
L'Apôtre nous a laissé dans les Actes trois récits de sa conversion: IX, 3-9, XXII, 6-11, XXVI, 12-18. Les trois récits se complètent, nous en grouperons les traits.
En vue de Damas, vers le milieu du jour, une lumière plus éclatante que la lumière du soleil l'environna soudain ; il tomba par terre et entendit une voix lui dire en hébreu : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?» — ^ « Qui êtesvous, Seigneur ? », demanda-t-ril. La voix lui répondit : « Je suis ce Jésus que tu poursuis. » Et comme l'âme violente et tendue gardait son dessein, la voix ajouta : « C'est chose dure de regimber contre l'aiguillon. » Alors, tremblant et vaincu, hors de lui, Saul se rendit : « Seigneur, que voulezvous que je fasse ? » Le Seigneur lui donna son programme immédiat : se lever, entrer à Damas ; le reste de son devoir lui serait révélé ensuite.
Cette conversation rapide n'a été comprise que du seul intéressé. L'escorte de Saul était peut-être à distance : peutêtre, comme il arrive parfois (Joan., XII, 28-29), la surprise, la terreur ou une disposition divine ne laissent-elles pas à la