‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 321 sur 663 · UNIVERSALITÉ DE LA PRÉDICATION · texte numérisé non relu

UNIVERSALITÉ DE LA PRÉDICATION

aatem per v'erbum Christi. ^^ Sed dico : Numquid non audierant ? Et quidem in omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terrae verba eorum. i9 Sed dico : Numqùid Israël non cognovit ? Primas Moyses dicit : Ego ad aemulationem vos adducam in non gentem : in gentem insipientem, in iram vos mittam: 20 Isaias aatem aadet et dicit : Inventas sum a non quaerentibus me : palam apparut iis, qui me non interrogabant. 21 Ad Israël aatem dicit : Tota die expandi manus meas ad popalam non credentem, et contradicentem.

Saint Paul connaît trop bien les dispositions secrètes des Juifs pour ne pas formuler lui-même la question que soulève chez eux l'universalité de la justice. Et sa réponse même lui fournit l'occasion de dessiner l'organisme divin qui porte à l'universalité des hommes le bienfait de la justice : Notas in Judaea Deas, in Israël magnum nomen ejus. Dieu n'est connu qu'en Judée : là seulement son nom est glorifié. Le reste de l'humanité est idolâtre et souillé. Comment le nom de Dieu sera-t-il invoqué sur des hommes qui ne croient pas en lui ? Comment pourront s'appeler du nom de Dieu même, ceux qui n'ont pas cru en Dieu, se demande l'Apôtre au nom de son adversaire ? Comment l'humanité ne sera-t-elle pas prise au dépourvu ? Ne sera-t-elle pas déconcertée par une justice à laquelle elle n'est nullement préparée ?

L'Apôtre feint d'entrer dans la pensée de l'adversaire, et de multiplier avec lui et en son nom toutes les difficultés soulevées par la conception d'une justice universelle, afin d'amener l'exposé du procédé divin de l'apostolat. Non, on ne saurait donner aux Gentils le nom d'un Dieu en qui ils ne croient pas. Non, ils ne peuvent croire en celui dont ils n'ont pas entendu parler, et qui n'est connu que par la Judée, Non, ils ne peuvent connaître son nom, si quelqu'un ne le leur enseigne. Non, nul ne peut le leur enseigner, leur parler de Dieu avec autorité et succès, s'il n'est envoyé : mais c'est précisément le procédé dont le Seigneur s'est servi. C'est toute la raison de l'apostolat. Nous l'avons lu déjà en la

Deuxième aux Corinthiens (V^ 20) : Pro Christo legatione fungimur, tamquam Deo exhortante per nos. Et ce sont les apôtres qu'Isaïe saluait déjà en esprit, lorsqu'il disait (LII,7) : « Qu'ils sont beaux, les pieds de ceux qui nous apportent le message de la paix, l'annonce du bonheur ! » Sans doute, il parlait ainsi des messagers qui apportaient à Jérusalem la nouvelle que la captivité était finie. Mais toutes choses arrivaient en figure au peuple d'Israël. Il y a dans son histoire nombre de faits qui sont tout à la fois et historiques et significatifs ; ils sont symétriques avec une réalisation ultérieure et lointaine. On dirait qu'ils sont en eux-mêmes symboles, ébauche, préparation. Aussi bien, la vraie délivrance est celle que le Christ nous a apportée, la pire captivité n'étant pas celle de Babylone.

Il y a sans doute, dans ce rapide exposé de l'économie divine de l'apostolat, un accent de triomphe, une part de fierté surnaturelle. Mais l'adversaire de l'Apôtre l'invite à ne pas triompher trop tôt, et observe que l'Evangile, dont on nous vante les visées universelles, connaît ses échecs.

Car, fait remarquer le Juif songeant surtout à Israël, tout le monde n'obéit pas à l'Evangile, et dès lors, l'Evangile échoue dans son dessein d'universalité. Il est vrai, dit l'Apôtre, et cette incrédulité de fait, qui ne dément pas l'intention universelle en Dieu, a été elle-même pressentie par Isaïe (LUI, 1), lorsqu'il demande à Dieu: «Qui a cru à notre parole ? » et qu'il fait l'historique de la méprise à laquelle son peuple a succombé : Et vidimus eum, et non erat aspecfus : et nos putavimus eum quasi leprosum et percussum a Deo et humiliatum, etc. Et même dans cette parole d'Isaïe : Quis cred'idit auditui nostro ? nous voyons se dessiner tout le procédé de la justice surnaturelle : la foi, qui vient de l'ouïe, l'ouïe, qui vient de la parole du Christ ; ou bien inversement, la parole du Christ, apportée par les apôtres, accueillie par ceux qui l'entendent, faisant germer la foi dans leurs cœurs, et leur donnant par la foi la justification.

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