‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 322 sur 663 · UNIVERSALITÉ DE LA PRÉDICATION · texte numérisé non relu

UNIVERSALITÉ DE LA PRÉDICATION

N'oublions pas au cours des répliques rapides, échangées entre saint Paul et son adversaire, que le dessein de l'Apôtre, après avoir au chapitre précédent justifié Dieu, est de montrer, au cours de ce chapitre, que toute la responsabilité de sa déchéance revient à Israël. Déjà, à la fin du chapitre IX, l'Apôtre a anticipé sur la démonstration actuelle (IX, 24-30). La prudence infinie du Seigneur a révélé d'avance à son peuple, de peur qu'il n'en fût déconcerté et pour l'obliger à une docilité entière, les conditions universelles de la justice et de l'économie évangélique. Au moment présent, afin de marquer encore davantage l'illusion volontaire de son peuple, l'Apôtre rappelle, avec la promulgation universelle de l'Evangile, qui a commencé à Jérusalem, et de Jérusalem s'est étendue au monde entier, les avertissements répétés donnés à Israël par Moïse et par Isaïe concernant la révolution religieuse accomplie aujourd'hui.

Dieu a organisé, par la fonction apostolique, une promulgation universelle. Mais de cette justice offerte à tous, est-ce que tous ont entendu l'intimation qui leur était adressée ? Oui, dit l'Apôtre, cette proposition universelle d'une justice universelle est parvenue aux oreilles de tous : l'Orient, l'Occident, le monde romain et les pays situés au-delà de ses frontières ont été avisés, et la voix des apôtres comme la voix des cieux s'est fait entendre à tous les peuples et dans toutes les langues.

Soit. Mais cette promulgation universelle a-t-elle été donnée à Israël, et la déchéance du peuple ne s'expliqueraitelle pas par la négligence de Dieu ? — Aucune évangélisation ne lui a manqué. Il a même été privilégié sur ce point. Israël a entendu comme le reste du monde la prédication apostolique ; même, ce n'est qu'après avoir séjourné à Jérusalem de longues années, que les apôtres sont allés porter à la gentilité le bienfait repoussé par la Synagogue. Et au dehors c'est encore aux Juifs de la dispersion qu'ils s'adressaient tout d'abord. De plus, Jérusalem et la Synagogue avaient été directement évangélisées par le Seigneur lui -même, et lorsqu'on

compare aux évangiles des synoptiques l'évangile de saint Jean, il est facile de remarquer que le disciple bien-aimé n'a été soucieux que de rapporter le ministère judéen du Seigneur, et de souligner les avances faites par lui à Jérusalem. Mais de ces deux évangélisations l'Apôtre saint Paul ne dit rien, se bornant à relever les avertissements prophétiques qui ont été donnés à Israël, et dès la première heure, par Moïse, puis, au cours de son histoire, par Osée et Isaïe. Au chapitre XXXII du Deutéronome, en son dernier cantique, Moïse annonce au peuple que, pour répondre à son idolâtrie, Dieu provoquera la jalousie de son peuple en donnant son amour à un peuple de rien, qu'il excitera le dépit d'Israël en s'attachant à son tour à un peuple insensé, et tenu pour tel par Israël. N'est-ce pas le sort des Juifs et celui des Gentils dessinés en quelques mots ?

Mais Isaïe va plus loin et précise : il songe à la gentilité et dit au nom de Dieu même : « Ceux-là m'ont trouvé qui ne me cherchaient pas ! Je me suis montré à ceux qui ne me désiraient pas ». Puis, au sujet d'Israël, il ajoute aussitôt avec un sentiment de douleur à la pensée de son amour méprisé : « Je ne me suis pas refusé à Israël, non. Loin de là, je n'ai cessé de l'inviter ; tout le jour, j'ai tendu mes bras vers un peuple incrédule et rebelle ». Jérusalem, Jérusalem, quoties volui congregare filios tuos quemadmodum gallina congregat pullos suos sub alas, et noluisti !

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