LA DÉCHÉANCE N'EST PAS ABSOLUE
de ses explications, il semble que l'Apôtre se ravise. Il n'est pas exact que la déchéance du peuple juif soit ni si absolue, ni si totale qu'il a laissé supposer jusqu'ici ; et entrant plus profondément dans le conseil de Dieu sur l'humanité, il s'emploie' à montrer, au cours du chapitre XI, que cette déchéance n'est pas universelle (1-10), ni sans une large compensation (11-24), ni définitive (25-32). Une conclusion sous forme de doxologie (33-36) termine la discussion.
1 Dico ergo : Numquid Deus repulit populum suum ? Absit. Nam et ego Israelita sum ex semine Abraham, de tribu Benjamin : 2 non repulit Deus plebem suam, quam praescivit. An nescitis in Elia quid dicit Scriptura : quemadmodum interpellât Deum adversum Israël ? s Domine, Propketas tuos occiderunt, altaria tua suffoderunt : et ego relictus sum solus, et quaerunt animam meam. ^Sed quid dicit illi divinum responsum ? Reliqui mihi septem millia virorum, qui non curvaverunt genua ante Baal. s Sic ergo et in hoc tempore reliquiae secundum electionem gratiae salvae factae sunt. 6 Si autem gratia, jam non ex operibus : alioquin gratia jam non est gratia. ^ Quid ergo ? quod qaaerebat Israël, hoc non est consecutus : electio autem consecuta est : ceteri vero excaecati sunt : s sicut scriptum est : Dédit illis Deus spiritum compunctionis : oculos ut non videant, et aures ut non audiant, usque in hodiernum diem. 9 Et David dicit : Fiat mensa eorum in laqueum, et in captionem, et in scandalum, et in retributionem illis. 10 Obscurentur oculi eorum ne videant r et dorsum eorum semper incurva.
Est-ce donc, se demande l'Apôtre, que Dieu ait réprouvé en bloc tout son peuple ? Aucunement. Il y a une portion choisie qui a échappé à la déchéance : le Seigneur l'a exceptée du malheur commun, dans un sentiment de tendresse et par un effort de son amour victorieux. J'en suis la preuve, dit l'Apôtre, sans aller la chercher plus loin. Je suis Israélite, fils d'Abraham, de la tribu de Benjamin. — Nul ne pensera.
qu'en se montrant ainsi préservé de la décliéance de son peuple, saint Paul ne songe qu'à lui seul, ni surtout qu'il se console, dans la joie de son élection, de la déchéance de tout un peuple, lui qui aurait voulu être anathème pour sa nation. Ce n'est pas non plus^ et peut-être moins encore, qu'il se regarde auprès de Dieu comme le dédommagement de la chute d'un si grand nombre ; simplement il veut laisser entendre que là où le loup ravisseur, lupus rapax, le persécuteur, le blasphémateur à la bouche remplie d'outrages, persecutor, blasphemus, contumeliosus, là où Saul a été par le Seigneur soustrait à la déchéance, il y a au-dessus de lui place pour bien d'autres moins pécheurs que lui : les autres apôtres, une portion de la Synagogue, les chrétiens que l'Eglise recueillit au sein du peuple juif et qui formèrent l'Eglise de Jérusalem, etc. L'Apôtre ne parle que de lui parce que son élection était, plus que toute autre, expressive de la miséricorde de Dieu. Les autres exceptions étaient trop connues, d'ailleurs, puisqu'elles formaient la majorité de la communauté romaine. Dès lors, on pouvait sans doute parler de déchéance, mais non de déchéance absolue et universelle, là où se rencontrait le procédé familier à Dieu, un cas de cette sélection providentielle dont il a été parlé : le Seigneur exerçant tout à la fois et sa miséricorde et sa justice : sa justice, en laissant la masse s'en aller à la mort ; sa miséricorde, en sauvant du désastre une élite choisie, une minorité fidèle, qui formait la réserve de l'avenir. C'est la théorie apostolique du résidu, reliquiae, de la semence, semen, exposée plus haut (IX, 27-30). Comme en bien d'autres époques de la vie historique de son peuple, Dieu^a laissé s'en aller à la mort ce qui voulait aller à la mort ; et il a sauvé victorieusement la portion que son amour se réservait au milieu de la défection générale. Il n'est donc pas exact de dire que Dieu a délaissé son peuple, et une mise au point est ici nécessaire.
Ceux qui parlent de déchéance, qui s'en scandalisent aujourd'hui et s'en découragent, sont aussi exagérés que le