‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 324 sur 663 · LA DÉCHÉANCE N'EST QUE PARTIELLE · texte numérisé non relu

LA DÉCHÉANCE N'EST QUE PARTIELLE

prophète Elie lui-même lorsqu'il se lamentait devant Dieu et se plaignait de sa solitude. Le passage se trouve au ÏII* Livre des Rois, XIX, 10. (Lorsque les anciens, qui n'avaient pas la division matérielle des chapitres, renvoyaient à un passage de l'Ecriture, ils ne pouvaient le faire que d'une façon approchée, soit en désignant un personnage bien connu de ceux qui lisaient la Bible : ils disaient : in Elia, c'est-àdire là oij il est question d'Elie ; ou bien même en rappelant une circonstance du récit dont la mémoire était facile : secus rubum, kià -r-Tiç Bâ-ro-j c'est-à-dire là o\x il est parlé du buisson : Luc, XX, 37 ; Ex., III, 7). Elie est traqué par Jézabel. Il s'est retiré, dans sa fuite, à la montagne de l'Horeb ; il se plaint à Dieu et dénonce Israël à la colère du Tout-puissant : « Vos ennemis n'ont rien laissé subsister de ce qui est à vous : vos prophètes sont massacrés, vos autels détruits de fond en comble. Il n'y a plus que moi, moi tout seul, et bientôt il n'y aura plus personne, car les émissaires de Jézabel me cherchent partout. Et vous. Seigneur, vous semblez n'en avoir pas de souci ! » C'est un réquisitoire contre Dieu même.

Elie est prophète, il est bien homme aussi. Pour lui tout est perdu dès que les événements de l'heure présente semblent se tourner contre lui et conspirent contre sa paix. Mais le Seigneur rassure son prophète : Non, tout n'est pas perdu. Non, Elie, vous n'êtes pas seul. Je me suis réservé une élite de sept mille hommes de cœur qui n'ont point fléchi le genou devant Baal... Toujours le même procédé divin de réserve, reliquiae.

A l'heure du prophète Elie, l'apostasie n'était donc pas complète, il restait encore un parti de Dieu. Et comme le Seigneur à l'exagération d'Elie dans sa plainte, l'Apôtre de son côté répond à l'exagération pareille de ses contemporains qui dénoncent la déchéance du peuple juif. La déchéance de la majorité, oui ; la déchéance de ,1a Synagogue et du personnel religieux, oui encore. Mais enfin, ce n'est pas toute la nation, cela. Il reste une élite, une minorité que Dieu a prélevée sur ce qu'il a abandonné à la mort, et qu'il

s'est assurée par l'élection gracieuse de son amour, par sa prédilection victorieuse. En effet, remarquons-le attentivement, les sept mille hommes qui n'ont point fléchi le genou devant Baal n'ont pas été soustraits à la corruption corn-' mune au titre de leurs œuvres ni de leurs mérites personnels; ils n'ont pas à s'enorgueillir. C'est le Seigneur qui, par une disposition de miséricorde et de tendresse, se les est réservés à lui-même : reliqui mihi, xaTÉXiTcov éjjiauTu. Et c'est exactement de la même façon, qu'a été réservée et préservée, -à l'heure présente, la minorité d'Israël convertie au christianisme. Dès lors, leur salut ne vient pas d'eux, mais de Dieu et de sa gracieuse bonté : c'est pure grâce, ils ne sauraient donc se glorifier ni devant leurs frères délaissés, ni devant la gentilité elle-même.

Rien en tout cela qui ne soit conforme à toute l'histoire juive. Et que pouvons-nous, si ce n'est redire qu'Israël, en masse (IX, 30, 31), en cherchant la justice, mais sur une fausse piste et avec une direction personnelle, n'a point trouvé ce qu'il cherchait ; tandis que seule, l'élection, c'està-dire au sens objectif, la minorité élue, êxXoyYi, l'a trouvé. Le reste s'est aveuglé, Dieu ne l'a point tiré de son aveuglement. Dieu n'est point le serviteur de ses ennemis ; il n'est pas tenu d'incliner sa gloire devant leur déloyauté. Après qu'il lui a plu, dans sa miséricorde souveraine, d'arracher à la perte commune l'éHte de son peuple, il a pu, dans sa justice, abandonner les autres à leur ivresse lourde, à leur stupeur épaisse et à leur engourdissement. N'est-ce pas la malédiction prédite par le Deutéronome (XXIX, 3), et par Isaïe (XXIX, 10), sous le nom de decimatio, et qui demeure aujourd'hui encore étendue sur le peuple ? N'est-ce pas la malédiction décrite par David (Ps. LXVIII, 23, 24) : « Là où d'autres trouvent l'aliment et la vie, ils ne trouveront, eux, que piège et perdition ; la pierre d'angle leur sera une pierre de scandale et l'occasion d'une chute trop méritée. Désormais leurs yeux seront frappés de trouble et ne verront plus ; ils seront pour jamais réduits à la condition de l'esclave ».

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