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PROMESSES POUR L'AVENIR

version des Gentils. Interpréter ainsi le dessein de Dieu, ordonner, comme il vient de le faire, la conversion des Gentils à procurer le salut des juifs, ne pouvait avoir le résultat de rendre l'Apôtre suspect aux Gentils. Il le leur fait observer dans une confidence affectueuse.

C'est à vous maintenant que je parle, convertis de la gentilité. Mes paroles ne sauraient vous étonner. Je suis vôtre. C'est pour vous que je suis apôtre. Mais en demeurant fidèle à ma vocation, et en faisant honneur à mon rhinistère auprès de la gentilité, il est trop juste que j'entre dans les intentions de Dieu, que j'épouse sa pensée, et m'efforce de provoquer, moi aussi, la jalousie de mon peuple. Ainsi, en portant à la gentilité le message de tendresse que Dieu m'a confié pour les Gentils, j'ai encore le souci de ramener à Dieu, par un sentiment très humain, un peuple que Dieu a tant aimé, qu'il aime encore. C'est leur déchéance qui occasionnellement a ramené la réconciliation du monde ; que sera leur retour en masse et leur admission au sein du peuple des élus, si ce n'est une sorte de résurrection, une transformation du monde entier, quelque chose de semblable au spectacle tracé par Ezéchiel en son chapitre XXXVII ? Ce qui demeure encore énigmatique et indécis dans la promesse de l'Apôtre, se dessinera plus clairement dans la perspective prophétique du verset 25, que l'Apôtre amorce dès maintenant.

II est facile de reconnaître le dessein de l'Apôtre : tempérer chez les Gentils l'orgueil secret que leur inspire le fait d'avoir été préférés aux Juifs dès les premiers jours de l'Evangile, et aussi ouvrir leur esprit à la perspective du retour final des Juifs et de leur réadmission à tous les privilèges de la vie surnaturelle. Nous le savons bien, les premières communautés chrétiennes n'étaient pas à l'abri de ces rivalités de race et de sang que le baptême n'abolit pas toujours. En même temps que les Juifs, même convertis, se réclamaient de leur privilège ancien, de leur^ titre de peuple choisi, de cette prédilection providentielle qui les avait acheminés au christianisme, les Gentils faisaient sonner très haut leur do-

cilité à l'Evangile, et l'honneur d'avoir été substitués à la nation juive : « Voyez ce que nous avons été », disaient les uns. « Voyez ce que nous sommes », disaient les autres. Et sans aucun doute il y avait une part d'étonnement chez les Gentils à entendre leur Apôtre leur parler, même sous forme voilée, de la restitution future des Juifs.

Hé quoi ! pour cette masse réfractaire, incrédule, obstinée, persécutrice, il y aurait encore tout un avenir de réconciliation et d'honneur ? Et le Seigneur, oubliant le déicide, se retournerait une fois de plus vers ce peuple réprouvé ? A quel titre, et pour quel motif ? Le voici, dit saint Paul, et c'est là aussi ce qui enflamme mon ministère : c'est que si leur délaissement a donné le signal de la conversion du monde, leur retour sera la pleine effusion de la vie surnaturelle, ou peut-être l' avant-coureur de la résurrection finale. Vous me demanderez la raison de cette disposition divine, je vous répondrai encore : Si les prémices sont saintes, la pâte l'est donc aussi ; si la racine est sainte, les branches qui possèdent la même sève le sont également — Les prémices dont il est parlé ici ne sont pas les prémices de la moisson, mais les prémices de la cuisson, selon la prescription du livre des Nombres (XV, 18, 19) : Cum veneritis in terram quam dabo vobis, et comederitis de panibus regionis ilUus, separabitis primitias Domino de cibis vestris : sicut de areis primitias separatis, ita et de pulmentis dabitis primitiva Domino. Les prémices, la racine, ce sont les Patriarches que le Seigneur a prélevés comme une fleur et une portion choisie. En eux, c'était leur race qui fut prédestinée ; et le titre du peuple juif à redevenir l'objet de l'affection divine, c'est que Dieu n'a pas cessé de voir en eux la postérité d'Abraham. Il y a là un point de vue qu'il ne faut ni exagérer, ni méconnaître. Les Juifs l'exagéraient, et se dispensaient de vertu personnelle, sous le bénéfice de cette conviction que tout leur était dû puisqu'ils étaient de la lignée charnelle d'Abraham. Inversement les Gentils étaient portés à le méconnaître. Pourtant, Dieu est réaliste ; les groupements de famille charnelle^

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