COMPARAISON DE LA GREFFE
et surtout spirituelle, constituent une entité, un faisceau vivant, un individu à une puissance plus haute, dont les éléments sont devant lui réunis par un lien de communion vitale plus étroite. Dès lors, les Juifs possèdent dans leur continuité avec une masse sainte, dans leur unité avec une racine bénie, un titre à ce retour d'affection divine dont il nous sera parlé dans un instant (verset 25). Au moment présent, ce que veut l'Apôtre, c'est réprimer le sentiment d'orgueil qui gonflait la'gentilité convertie, à la pensée qu'elle avait été accueillie là où les Juifs avaient été exclus.
Mais saint Paul délaisse la comparaison empruntée à la pâte pour commenter celle empruntée à la racine. Sans doute, dit-il aux Gentils, certaines des branches premières ont été brisées, arrachées du cep ; et en leur place, vous avez été insérés, vous les Gentils convertis, , dans l'arbre béni. Vous étiez pourtant de l'olivier sauvage, vous : vous n'apparteniez qu'à Adam, et voici que vous êtes entés et entrés en Jésus- Christ, vous avez remplacé les branches brisées, et pris leur place dans l'olivier franc, de qui la sève et la vie maintenant sont devenues votre sève et votre vie.
Ne nous arrêtons pas à la critique menue, lorsque gravement elle observe que le procédé de substitution dont nous parle l'Apôtre est inusité en arboriculture, et que le système de la greffe n'est aucunement identique au mode décrit par saint Paul. En effet, le monde végétal ne nous offre nulle part l'équivalent absolu de l'insertion en Notre-Seigneiir Jésus-Christ de la gentilité, et l'Apôtre a dû se contenter de la simple analogie. Mais l'essentiel du procédé est le même de part et d'autre ; et dans le monde surnaturel comme dans le monde végétal, il s'agit toujours de la transformation d'un être inférieur et sauvage par l'infusion d'une sève franche et d'une vie supérieure à la sienne. Cela suffit à re:?cactitude de la pensée, sans qu'il y ait nécessité d'un décalque rigoureux dans le procédé (1). La condition de la gentilité est celle que
(1) W. Ramsay, dans son livre Pauline and other studies, chapitre IX, parle pourtant de l'insertion décrite par l'ApBtre, comme d'un procédé actuellement encore en usage pour rajeunir la sève vieilliede l'olivier.
nous venons de lire ; elle doit donc se garder de la hauteur et de relèvement. Il ne lui convient pas de s'enorgueillir. Triompher, s'élever, mépriser, ce serait oublier que notre grandeur surnaturelle ne vient pas de nous ; ce serait méconnaître cette vérité élémentaire que le cep nous porte, et non pas nous le cep. Il est de mauvais goût de se faire valoir, au détriment de ceux-là mêmes de qui nous vient le bienfait.
La réflexion des Gentils est trop naturelle : Mais Dieu lui-même nous a donné sur eux la préférence. Il a brisé les rejetons juifs, afin de nous enter, nous ! Il est vrai, dit l'Apôtre, leur incrédulité leur a valu d'être exclus. Mais vous qui ne tenez à Dieu que par la foi, c'est-à-dire par une disposition surnaturelle, gardez-vous de la présomption, de la vaine gloire, de l'esprit propre : c'est ainsi qu'on se fait exclure, et que l'on perd le fruit de la prédilection de Dieu. Il n'a pas épargné les branches naturelles, alors que la sève plaidait pour elles ; prenez garde qu'il ne vous châtie de même. Il n'y a de sécurité qu'à s'appuyer sur Dieu. Au lieu donc de ne voir, dans les conduites de sa Providence, que l'avantage personnel qu'elles vous donnent sur ceux que vous regardez comme des rivaux, les Juifs ; soyez attentifs, dans une pensée désintéressée et plus haute, à la bonté de Dieu pour vous, à la sévérité de Dieu envers ceux qui sont tombés. Ce n'est qu'à la seule condition de persévérer dans la foi et dans le bien que nous continuerons à appartenir au cep divin. Sans cela, nous serons exclus, nous aussi. Et eux-mêmes, ces Juifs aux dépens de qui nous nous élevons et dont la chute fait notre triomphe, s'ils se tournent vers Dieu par la foi, ils seront entés et insérés en Dieu de nouveau. Ce ne sera qu'un jeu pour lui de les ramener à l'arbre à qui ils ont autrefois appartenu.
Voyez, poursuit l'Apôtre, (et nulle réflexion n'était plus capable de tempérer l'orgueil de la gentilité), vous. Gentils, vous apparteniez par nature à l'olivier sauvage ; et c'est en dépit de la nature, au prix d'une sorte de violence, que vous êtes entrés dans l'olivier franc, dont la sève vous était étran-