‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 329 sur 663 · ATTENTE DE L'AMOOR DIVIN · texte numérisé non relu

ATTENTE DE L'AMOOR DIVIN

VOUS VOUS étonnez que Dieu, aujourd'hui encore, soit attentif à une élection qui remonte à plus de vingt siècles, c'est que vous ne savez pas le caractère de Dieu. L'Eglise le sait mieux, elle qui lui parle chaque jour du sacrifice d'Abel et qui implore pour les âmes la vie éternelle au nom de la promesse faite à Abraham. Dieu aime sans retour. Dire qu'il est fidèle, ah ! c'est trop peu dire : rien ne le décourage dans son amour. Les dons qui viennent de lui, il ne les retire pas ; la vocation gracieuse qui est le principe et le premier de ces dons, tout est donné sans réserve, sans repentance, sans retour. Les dons s'en vont d'eux-mêmes vers ceux qui héritent de l'esprit des premiers qui les reçurent. L'amour de Dieu ne se rebute pas, ne se fatigue pas ; il est simplement effrayant de penser que c'est lui encore qui se retrouve dans le châtiment : c'est un amour jaloux qui a fait le purgatoire, c'est l'amour méprisé qui a fait l'enfer. Vraiment cet amour explique tout et nous fait redire en tremblant la parole inscrite, d'après le poète, sur la porte de l'éternelle douleur :

Fecemi la Divina Potestate,

La Somma Sapienza e'I Primo Amore.

Il y a lieu pour nous â de fréquents repentirs et à des retours en arrière : nous avons succombé au mal ; ou bien nous avions mal calculé, et nous nous décourageons en heurtant des obstacles inattendus ; nous avons des surprises, nous essuyons des échecs. Mais l'intelligence de Dieu a tout mesuré, elle fait entrer l'inattendu dans ses calculs, sa volonté est infailliblement droite ; enfin le Seigneur ne connaît pas le découragement, il aime avec persévérance, sa tendresse ne sait pas retourner en arrière. Quand il feint de se retirer, c'est encore pour provoquer le regret par l'intolérable solitude ressentie là où il n'est plus. Alors même que nos-délais et nos indélicatesses ont été sans nombre, le jour où notre âme revient vers lui, il l'accueille et semble ne plus se souvenir de rien : Quasi diluculum praeparatus est egressus ejus. Alors

même que plusieurs s'éloignent, il demeure comme attaché à l'invincible fidélité de son amour. Une âme attentive s'arrêtera devant ce caractère de Dieu : la patience de son amour éternel, l'attente tranquille, l'attente « quand même », l'attente sans découragement, comme si, pour lui, attendre ne coûtait pas, comme si son amour lui faisait oublier sa dignité infinie, comme si, dans l'invincible patience de son amour, il ne se souvenait plus qu'il est Dieu. Parfois, il se prend à supplier, et donne des noms tendres à l'âme distraite et qui feint de n'entendre pas : Aperi mihi, soror mea, arnica mea, columba mea, immaculaîa mea, quia plénum est caput meum rore, et cincinni met guttts noctium. Et si l'âme consentait à regarder, elle verrait bien, au front de celui qui lui parle et aux boucles de sa chevelure, qu'il y a des gouttes de sang mêlées à la rosée de la nuit.

Il aime sans repentance et sans retour. Et dès lors on s'explique, puisque le Seigneur ne se retire pas, lui, que les Juifs comme nation, à la dernière heure du monde, retrouveront leur place de droit dans l'Eglise de Dieu. Toutes choses se passent, dans le système de la Providence, comme en une série d'oscillations grandioses qui vont d'un bout à l'autre de l'humanité. A l'origine. Dieu s'empare en Adam de l'humanité tout entière, comme dans sa source. Lorsque l'humanité se dérobe, il se tourne vers une famille, et s'attache Abraham comme l'Adam de la race nouvelle. Puis à l'époque de l'Incarnation et de l'Evangile, Dieu se tourne de nouveau vers l'humanité universelle, dont îî a pris la livrée ; mais le judaïsme hautain et jaloux se détourne de Dieu, irrité de voir se répandre sur un monde méprisé des privilèges qui n'avaient jusque là appartenu qu'à lui seul, A la faveur de cette opposition, la gentilité entre dans l'Eglise ; mais Dieu se réserve dans un effort dernier de recueillir les restes de son peuple, miraculeusement conservé parmi les nations, afin de jouir en son éternité de toute la moisson humaine née de son sang versé. Au moment où écrit l'Apôtre, l'humanité est témoin de l'un de ces grands mouvements de Providence :

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