BON USAGE DES CHARISMES
rite ? Il sera facile de voir que le thème qui se poursuit jusqu'à la fin du chapitre ne nous parle que de paix, de charité, d'harmonie entre les âmes.
L'Apôtre commence par établir le principe général qui règle l'usage des dons charismatiques (3-5) ; l'application de ce principe viendra ensuite (6-8). Le conseil ou la prescription de l'Apôtre sont donnés sous une forme agréable, et avec des assonances que le latin n'a pu reproduire : p-Tj uitep^ppovEîTv Tcap'o hs^ (çpoveîy, a/Xb. aipoveîv efç to aw^povscv, ne pas vouloir dépasser sa sagesse, mais en user avec prudence et discrétion, et dans la mesure de la foi et de la grâce qui lui ont été départies de Dieu. A chacun de ceux qui par le baptême entraient dans la vie du Seigneur, l'Esprit de Dieu conférait telle ou telle grâce extraordinaire, dividens singu- Us prouf vult (I Cor., XII, 11 ; cf. I Pétri, IV, 8-11). Encore chacun devait-il se réduire et se limiter exactement à l'usage de ce qui lui avait été donné dans la foi, se contenir dans sa grâce propre, sans se gonfler, sans empiéter, sans dépasser sa mesure. Le bon ordre des communautés était à ce prix.
En effet, dit l'Apôtre, tous les chrétiens ensemble ne font qu'un seul corps, mystique et réel tout à la fois, le corps de Jésus-Christ, animé de son esprit, vivant de sa sève divine : une sorte de fédération organique, qui peut être comparée à notre corps lui-même. Or notre corps, dans son unité et dans l'intérêt de son unité, se compose d'organes divers ayant chacun sa fonction propre et l'exerçant chacun sans usurpation : l'œil, la langue, la main, l'oreille, les pieds accomplissent chacun l'œuvre spéciale qui leur est assignée et s'y contiennent. Il en est de même dans l'unité du corps du Christ formé par tous les chrétiens : nous sommes plusieurs, et pourtant nous sommes un seul et même corps, parce qu'il y a unité d'Esprit, parce qu'il y a unité de vie, consensus organique de tous les membres qui collaborent à un même dessein. Mais cette unité même, chacun le voit, requiert impérieusement comme condition que les membres demeurent attachés à leur fonction, l'exerçant dans l'unité du corps
lui-même et sans intrusion dans le travail d'autrui, sans usurpation sur la fonction des autres organes, dans une grande subordination au principe de la vie, même, dans une sage coordination avec tous les membres du même corps. — Cette assimilation de l'Eglise à l'unité vivante du corps humain a été chère à l'Apôtre : déjà nous la connaissons par la Première aux Corinthiens, chapitre XII, 12, 13 ; nous la retrouverons dans l'épître aux Ephésiens, chapitre IV, 3, 4.
Du principe qui vient d'être établi découle naturellement la loi pratique pour les membres de ne pas usurper sur la fonction l'un de l'autre et d'assurer ainsi l'harmonie vivante de l'ensemble. Le bien absolu dans l'Eglise, c'est la paix, l'unité, la charité ; et devant cette exigence supérieure devront s'incliner même les dons charismatiques ; à bien plus forte raison les tendances individuelles et les égoïsmes. Dans la distribution qui se fait en l'Eglise du travail intérieur, chacun comprendra qu'il ne peut concourir à l'édification du corps auquel il appartient qu'à la condition d'accomplir son œuvre, sans entreprendre sur les fonctions d'autrui. Puisque la grâce de Dieu a créé parmi nous des offices variés, des fonctions multiples, des organes différents les uns des autres, (la phrase de l'Apôtre, sans rien perdre de sa clarté, devient elliptique, et il faut, après l'énoncé de chaque fonction, sousentendre : « usez-en » ; même, à partir de la seconde moitié du verset 7, l'Apôtre entraîné par l'énumération oublie la construction grammaticale par laquelle il a commencé, pour éhràdôptèr une autréy: celui qui a reçu de Dieu le don de prophétie et la connaissance des mystères surnaturels en usera selon la mesure de la foi, secundum rationem fidei. — Serait-ce simplement en conformité avec la foi de l'Eglise, et au sens où parle l'Apôtre aux Ephésiens, IV, 13 ? Ne seraitce pas plutôt dans la mesure de sa foi, et de sa connaissance surnaturelle ? Au verset 3, saint Paul, afin de se donner autorité, parle au nom de la grâce qui lui a été donnée ; en ce même verset, il recommande à chacun de se maintenir dans la mesure de sa foi. Il nous semble que Vanalogia fidei dont il