SOUMISSION A L'AUTORITÉ
On ne saurait épuiser le contenu de cette doctrine. Le pouvoir est de Dieu comme origine ; hors de lui il n'existe pas. C'est là ce qui fait la dignité et la fierté de l'obéissance. Nous n'obéissons qu'à Dieu, quasi servi Dei, nous dit saint Pierre. Et le pouvoir pour être réel doit venir de Dieu : le titre, pour l'un à commander, pour les autres à obéir, c'est toujours Dieu. L'Apôtre nous parle des pouvoirs établis (quae sunt, al outrai ) et de la soumission qui leur est due, mais dans le dessein de rattacher le pouvoir à son origine divine, et tantôt sous une forme négative : Non est potestas nisi a Deo, tantôt sous une forme positive : Quae sunt, a Deo ordinatae sunt. En même temps qu'elle fonde le devoir et la dignité de l'obéissance, cette doctrine définit dans ses lignes générales la fin, les droits, le champ, les limites du pouvoir civil. Là où la Vulgate nous dit : Non est potestas nisi a Deo ; quae autem sunt, a Deo ordinatae sunt, rappelant que le pouvoir émane de Dieu, le texte original, à deux reprises, indique avec l'origine, la subordination du pouvoir à cette volonté divine, à cette loi éternelle dont il tient son être : où yàp è'^-i-v £^0U(7ia et {XT, dTîô Osod, al os oùaat. Ùtûo Ssoû TSTavaéva'. sîffiv. Le pouvoir, selon que l'Apôtre le dira plus loin, est auprès de nous le lieutenant de Dieu.
En marquant ainsi d'un trait ferme l'origine du pouvoir, le moraliste inspiré déterminait implicitement les limites de ce pouvoir politique ; il ne peut rien contre Dieu, et dès qu'il se laisse entraîner hors de ces limites définies par la loi naturelle ou surnaturelle, son titre à commander s'évanouit, parce qu'il cesse d'être de Dieu. En définissant les conditions de ce pouvoir, délégué de Dieu et tenu à s'exercer dans les vues de Dieu même, l'Apôtre déterminait aussi la fin de ce pouvoir, ordonné au bien et à la paix de la société civile, comme nous le dira la Première à Timothée, II, 2 : Ut quietam et tranquillam vitam agamus in omni pietate et castitate..
La conclusion est rigoureuse. S'il n'y a de pouvoir réel, que de Dieu, si les pouvoirs politiques ont été établis par lui,, résister au pouvoir, c'est s'opposer à un. ordre établi de Dieu.
Dieu ne laissera pas impunie la rébellion contre une autorité qui est la sienne et qui vient de lui. Il y a un devoir de conscience de rendre à César ce qui est à César ; non pas sans doute que le pouvoir civil s'adresse directement à la conscience;, ni même souvent qu'il en ait le souci : il ne lui appartient pas de prescrire des actes intérieurs ; mais les lois justes qui émanent de lui obligent en conscience à raison de leur rapport avec la loi éternelle (Summa Theol., 1^-2" quaest. XCIII, art, 3). Le pouvoir étant établi par Dieu, l'adversaire du pouvoir est l'adversaire de l'ordre établi par Dieu. Aussi bien, ajoute l'Apôtre plaidant auprès de tous les chrétiens et surtout auprès des Juifs la cause du pouvoir civil, ce qui fait la légitimité de ce pouvoir, c'est non seulement qu'il vient de Dieu ; c'est aussi que la tendance et l'intention générale de ce même pouvoir sont ordonnées vers le bien. En effet, l'Etat, comme nous disons aujourd'hui, c'est-à-dire les détenteurs du pouvoir social n'ont d'autre dessein que de décourager et de punir le mal : c'est donc trahir sa propre immoralité que de s'élever contre lui, c'est prendre le parti du mal.
Rien d'ailleurs n'est plus simple, pour n'avoir rien à redouter du pouvoir, que de faire le bien qu'il prescrit et de s'abstenir du mal qu'il défend. Là est notre intérêt. Car non seulement le pouvoir vient de Dieu, mais il est un ami ; il est le lieutenant de Dieu auprès de nous pour le bien. C'est lui qui maintient la paix, la sécurité, l'intégrité de nos biens, la jouissance de nos droits, le loisir et la tranquillité de notre prière. Le pouvoir social en bonnes mains est un supplément donné à la conscience, une garantie tutélaire assurée au bien: il réprime les tendances violentes et anarchiques ; à défaut de la crainte de Dieu, chez les méchants la crainte du châtiment est le commencement de la sagesse. Car si nous faisons le mal, prenons garde ! Ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive. Ce même pouvoir qui est ministre et lieutenant de Dieu pour le bien, pour notre bien si nous faisons le bien, est aussi le ministre et le lieutenant de Dieu, l'exécuteur de
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sa justice vengeresse sur celui qui fait le mal. L'Apôtre nous montre dans les expressions du verset 4 qu'il n'est pas l'adversaire du droit de punir, et, puisqu'il parle du glaive, du droit de punir même par la peine de mort. Il n'est pas difficile de reconnaître dans ces paroles, avec l'expression du devoir envers l'autorité, la formule du devoir de l'autorité ellemême. Elle vient de Dieu, elle le sait ; sa fin, ses limites, ses procédés lui sont déterminés par cela seul.
Une légère différence de lecture au verset 5 obscurcit la conclusion de l'Apôtre ; le sens est ; Il y a donc obligation d'obéir, et pour un double motif : motif de prudence, pour éviter les sévérités du pouvoir ; motif de conscience, puisque le pouvoir est institué de Dieu. Ainsi sont résumées toutes les généralités qui précèdent.
Saint Paul aborde maintenant un cas particulier qui, nous le savons déjà, créait pour les Juifs une difficulté. Payer le tribut, c'était reconnaître qu'on ne possédait plus l'indépendance nationale, qu'Israël n'était plus sous le régime de Dieu, mais sous le régime romain ; c'était même collaborer à l'œuvre d'un pouvoir détesté et reconnaître sa légitimité. Mais l'Apôtre, comme le Seigneur, échappe à l'état d'esprit des Juifs, et remarque que payer l'impôt ou Je tribut découle du même principe et de la même situation que le devoir même de l'obéissance. Chez le peuple qui s'appartient et qui jouit de sa liberté, la contribution de chacun aux charges sociales^s'appelle l'impôt ; chez le peuple vaincu, cela s'appelle le tribut, quelle que soit la forme selon laquelle il est prélevé. Mais le principe est le même, et la Syrie étant devenue province romaine, la redevance des Juifs pouvait prendre l'un ou l'autre caractère. « C'est donc pour obéir à Dieu, dont les dépositaires du pouvoir sont les ministres, c'est pour contribuer au maintien de la paix sociale, c'est pour aider les serviteurs de Dieu à accomplir leur fonction, que vous payez l'impôt, comme une dette, rendant à chacun ce que vous lui devez : l'impôt à qui est dû l'impôt, le péage à qui est dû le péage, le respect à qui est dû le respect comme
dépositaire de l'autorité, l'honneur à qui est dû l'honneur comme revêtu d'une dignité spéciale. » Les rapports du chrétien avec l'autorité politique sont définis sous la forme d'échange de services : le pouvoir assurant la paix et la sécurité de la vie sociale, le chrétien, le citoyen baptisé aidant par le moyen de l'impôt à l'accomplissement d'un service public. Malgré le caractère nécessairement agressif du christianisme, une telle attitude aurait pu lui concilier l'estime de ceux qui détenaient le pouvoir. Sans doute le christianisme n'était pas une religion, mais la religion : son Dieu éliminait tous les autres dieux. Sur le terrain religieux, il était fatalement révolutionnaire parce qu'il était exclusif, et il était exclusif parce qu'il est la vérité. Il avait la prétention de constituer sur terre le royaume de Dieu, et de retirer au pouvoir civil le domaine des choses religieuses, qui jusque là lui avait appartenu. Du moins, on ne pouvait procéder avec plus de mesure à une opération si délicate. Et la parole de l'Apôtre fut comprise. II ne faut pour s'en assurer que lire le XXX^ chapitre de L'Apologétique de TertuIIien. Au chapitre XLII, il fait même remarquer que la fidélité scrupuleuse des chrétiens à acquitter l'impôt était, au point de vue économique, une compensation à toutes les folles dépenses qui leur étaient interdites par leur conscience religieuse : Cetera vectigalia, dit-il, gratias agent christianis ex fide dependentibus debitum, qua alieno fraudando abstinemus ; ut si ineatur quantum vectigalibus pereat fraude et mendacio vestrarum professionum, facile ratio haberi possit, unius speciei querela compensata pro commodo ceterarum rationum. Plus la conscience chrétienne se soumettait aisément à ces exigences d'ordre matériel et extérieur, plus elle se donnait titre et autorité pour réclamer la liberté religieuse et soustraire les âmes au joug politique : c'est paganisme, en effet, que l'Etat prétende gouverner les âmes, régir leur foi, et fixer la discipline.
8 Nemlnl quidquam debeatis : nisi ut invicem diligatis ; qui enim diligit proximum, legem implevit. 9 Nam : Non adulierabis : Non occides : Non furaberis : Non falsum testimonium dites : Non concupisces : et si quod est aliud mandatum, in hoc verbo instauratur : Diliges proximum tuum sicut teipsum. lo Dilectio proximi malum non operatur. Plenitudo ergo le gis est dilectio. ^^ Et hoc scie nies tempus : quia hora est jam nos de somno surgere. Nunc enim propior est nostra salus, quam cum credidimus. '^^ Nox praecessit, dies autem appropinquavit. Abjiciamus ergo opéra tenebrarum, et induamur arma lucis. is Sicut in die honeste ambulemus : non in comessationibus, et ebrietatibus, non in cubilibus, et impudicitiis, non in contentione, et aemulatione : i4 sed induimini Dominum Jesum Christum, et carnis curam ne feceritis in desideriis.
De la dette sociale l'Apôtre passe naturellement à la dette individuelle, celle qui est définie par la justice commutative, mais pour élever aussitôt le devoir des chrétiens à sa hauteur : Acquittez toute dette, nous dit-il, afin qu'il ne nous en reste plus qu'une seule, la dette de la charité, celle que nous n'éteignons jamais, que nous devons toujours. — Ces quelques mots résument la doctrine d'Origène sur ce point, recueillie par saint Augustin et Bossuet. Semper debeo charitatem, dit l'évêque d'Hippone, quae sola, etiam reddita, detinet^ semper debitorem (Ep. 192, ad Caelestinum).
Ne conserver d'autre dette que celle de la charité, que nous acquittons sans pouvoir l'éteindre, et que nous acquittons sans nous appauvrir ! C'est la seule dette du chrétien : c'est le seul commandement de la loi nouvelle. Adieu les multiples prescriptions, adieu la casuistique compliquée et menue du judaïsme ; nous n'avons plus aujourd'hui qu'un seul précepte, un seul devoir, une seule œuvje à accomplir : il n'est qu'une seule question sur laquelle nous serons jugés. Le Seigneur ne réclamera pas de nous autre chose. Et il se trouve que cette chose unique, en qui se résume tout devoir,
est en même temps la chose la plus simple et la plus douce, la plus aisée et la plus spontanée qui soit au monde. Nous l'avons toujours sue, on nous l'a apprise dès notre berceau. Le Seigneur qui voulait ramasser dans cet unique devoir tout l'ensemble de notre vie morale, nous en a., dès la première heure, enseigné l'accomplissement. Comme il savait bien, lui, qu'aimer c'est toute la loi, il nous apprit à aimer dès avant l'éveil de notre raison. Ah ! la douce chose ! Il a disposé auprès de nous, à l'aurore de notre vie, de la tendresse et de la bonté, afin que notre cœur commençât tout ensemble à battre et à aimer. Et ce faisant^ Dieu pensait à lui-même, il créait en nous les habitudes dont il voulait bénéficier à son heure. Il nous enseignait à aimer, pour être aimé. Il semait dans notre cœur, afin de recueillir pour lui-même. Et c'est ainsi que toute la vie morale se réduit au plus facile de tous les devoirs. Toute difficulté et toute souffrance ne viennent que de n'aimer pas. Aimer suffit, aimer Dieu sous toutes les formes où il s'offre à moi. Car, dans son dessein d'être aimé, Dieu a formé de lui toutes les avenues de ma vie ; dans la personne même du prochain, c'est encore Dieu qui se présente à moi, comme si l'Eucharistie s'était répandue sur le monde. Et je n'ai d'autre dette et d'autre devoir que d'aimer une beauté qui n'est jamais absente : pulchritudinis stitdium habentes.
Celui qui aime, dit l'Apôtre, a, par ce fait seul, accompli toute la loi. Il a rempli toute la loi. Par la charité il a fait verser la mesure de la justice. La loi est froide et guindée, l'ensemble de ses prescriptions est compliqué et multiple ; elle se présente toute hérissée de défenses et d'interdictions ; on dirait un maître d'école menaçant de sa férule des écoliers mutins et rebelles : « Ne faites pas ! ne faites pas ! » C'est à peine, au milieu de ces prohibitions, si l'on me dit positivement ce qu'il faut faire, l'essentiel de ce qu'il faut être. La loi ne se suffit pas ; elle ne remplit pas son contenant : celuilà seul remplit la loi qui la fait déborder par le positif de la charité. Est-ce que cela n'est pas évident ? Est-ce que tous
les préceptes de justice ne sont pas accomplis par celui qui aime ? Celui qui aime fait ce qu'il veut. Est-ce que la charité peut faire le mal ? Est-ce que d'aimer le prochain ne suffit pas pour observer, et au delà, toute justice et toute équité envers lui ? Est-ce que la charité n'est pas tout le positif de la loi ? Est-ce que le morcellement de la loi en ses prescriptions variées est autre chose que l'application à des cas particuliers de la loi unique de la charité ? Est-ce que la seule charité n'est pas la plénitude, l'achèvement, l'accomplissement dernier de toute la loi ? Aimer Dieu en lui-même et dans le prochain, n'est-i;e point toute la vie morale ?
Les derniers versets n'ont d'autre motif, dans la pensée de l'Apôtre, que d'accentuer son exhortation et d'aviver au cœur des chrétiens leur empressement à la dignité morale parfaite, impliquée dans leur jusiiiication. Ajoutez ceci, dit-il en substance, que nous savons l'heure où s'écoule notre vie. Il nous faut faire avec intelligence la distinction des temps. Hier c'était la nuit, et la lumière ne s'était pas levée sur le monde ; aujourd'hui c'est la lumière déjà, c'est l'aurore, puisque le Seigneur est venu : demain ce sera le salut et la pleine splendeur de l'éternité. L'heure présente est celle où l'on ne dort plus, — mot à mot, c'est l'heure d'être sortis du sommeil (lyepQv^vac). Nous sommes aujourd'hui plus près dé Dieu, plus près de l'éternelle lumière que lorsque nous avons commencé à croire. Pour nous la nuit est finie, l'aurore s'est levée, et le plein jour approche, le jour de l'éternité.
Le jour dont il est parlé ici n'est ni le jour de notre mort, ni le jour de l'avènement dernier du Seigneur. L'Apôtre n'a en vue que les conditions morales exigées par les deux époques qu'il appelle la nuit et le jour. Les baptisés sont des êtres de lumière, encore que le plein jour de l'éternité ne soit pas arrivé: ils sont des éclairés (çwt-.^ÔjU.svo'.). Dès lors, comme le disait sainte Cécile à ses compagnons, puisque la nuit est passée, puisque la lumière de la foi s'est levée sur nous, puisque le plein jour approche, renonçons aux œuvres des ténèbres et de la nuit. Revêtons les armes de la lumière.
puisque nous sommes de la lumière. — Cette armure de la lumière, cette armure du chrétien est analysée ailleurs (I Thess., V, 4-10 ; Eph., VI, 11-18). C'est là qu'il en faut voir le détail ; ici l'Apôtre n'y fait qu'une rapide allusion, suffisante à son dessein. Nous sommes dans la lumière ; sans doute ce n'est encore que celle de l'aurore : lucernae lucenti in caliginoso loco, donec dies elucescat. Pourtant notre lumière est de même nature que celle qui resplendira dans l'éternité. Les réalités sont les mêmes, voilées ici, là révélées. S'il en est ainsi, nous vivrons comme ceux qui sont dans la lumière, avec la dignité décente qu'elle réclame de nous. La nuit, c'est l'heure des excès et de l'ivresse, de la débauche et de l'impureté, des jalousies et des querelles. Mais maintenant c'est le jour, c'est donc l'heure de nous montrer vêtus du Seigneur, comme d'une forme et d'une influence vivante qui enveloppe, pénètre toute notre vie, et nous fait adopter les habitudes, les goûts, les mœurs, les préférences, les dispositions du Seigneur. Cette union à lui, cette vie du Christ qui remplace la nôtre ne nous laissera même pas le loisir de songer à la vie sensuelle, à la vie inférieure et à ses convoitises. Ah t que c'est bien fini de tout cela !
Depuis le commencement de ce chapitre jusqu'à la conclusion de tout l'enseignement moral de l'épître, XV, 13, c'est une question de casuistique qui tiendra l'Apôtre en souci. Mais jusque dans le détail, nous apercevrons encore et l'effort de réaction contre le judaïsme, et une intimation nouvelle du principe de la charité. La question nous est connue : nous l'avons rencontrée déjà (Act, XV, 28, 29 ; I Cor., X, 27 ; Gai., II, 12). Il s'agit une fois de plus de concilier
la liberté chrétienne avec les prescriptions légales que nous lisons au chapitre XI du Lévitique, relatives aux viandes, à la chair étouffée, à tous les aliments interdits ou souillés. Les Gentils convertis n'avaient sur ce point aucun scrupule, ils n'avaient pas passé par le judaïsme ; ils mangeaient de toute viande, usant de la liberté chrétienne ; même ils ne se faisaient pas faute de railler les inquiétudes des Juifs convertis. La condition de ces derniers était tout autre : ils avaient eu une loi et en connaissaient les prescriptions. Ils avaient des habitudes. On s'était toujours abstenu, on avait vu s'abstenir ; on n'avait cessé de regarder cette abstinence comme une marque extérieure à laquelle se reconnaissaient les enfants de Dieu. Elle avait eu ses martyrs ; comment la loi nouvelle pouvait-elle la négliger ?
Sans doute, un moindre souvenir du mosaïsme, un attachement plus complet à Notre-Seigneur Jésus-Christ (Matth., XV, 1-21), une dose de foi plus large eussent fait comprendre que ces prescriptions étaient périmées aujourd'hui, qu'elles concernaient un état de préparation et d'enfance religieuse qui avait pris fin, que les conditions de la vie religieuse étaient renouvelées, enfin qu'il n'y avait plus à instituer les anciennes distinctions entre les personnes et entre les choses. Mais il faut compter avec les habitudes : il y a des faibles partout, et un pli du cerveau ne s'efface pas. en un jour. Dans cette divergence pratique du judaïsme converti et de la gentilité convertie se trouvait en même temps un germe de division, un prétexte à scandale, un vestige de mosaïsme non éliminé. L'Apôtre aborde le problème avec une fermeté habile et avec charité. Nous le verrons, la solution qu'il donne ici au cas de conscience proposé est notablement plus radicale que celle qui avait été concertée huit ans auparavant au concile de Jérusalem. Crut-il qu'il y avait pour le christianisme un intérêt réel à s'affranchir prpgressivement du provisoire stipulé par le concile ? S'était-il persuadé que, surtout dans les communautés lointaines, le moyen terme avait assez duré, et qu'il fallait aider au mosaïsme à.
disparaître ? L'obstination des Juifs à le maintenir provoqua-t-elle chez l'Apôtre un effort en sens contraire, dans le dessein d'épargner à l'avenir des motifs de division ? Quoi qu'il en soit, après avoir fait bon marché, dès la première heure, de toutes prescriptions légales qui eussent entravé sa prédication, il compose de moins en moins avec les impressions, les scrupules, les habitudes du mosaïsme ; sans pourtant donner raison, il sera facile de le reconnaître, à la gentilité convertie, qui se moquait, qui bravait, qui discutait, poussant à bout les droits de la liberté chrétienne.
I Infirmum auteni in fide assumite, non in disceptationibus cogîtatîomim. 2 AUus enim crédit se manducare omnia : qui autem infirmas est, olus manducet. 3 /s, qui manducat, non manducantem non spernat : et qui non manducat, manducantem non judicet : Deus enim illum assumpsit. 4 Tu quis es, qui judicas alienum servum ? Domino suo stat, aut cadit : stabit autem : potens est enim Deus statuere illum. s Nam alius judicat diem inter diem : alias autem judicat omnem diem ; unusquisque in suo sensu abundet. 6 Qui sapit diem, Domino sapit : et qui manducat. Domino manducat : gratias enim agit Deo. Et qui non manducat, Domino non manducat, et gratias agit Deo. "^ Nemo enim nostrum sibi vivit, et nemo sibi moritur. s Sive enim vivimus. Domino vivimus ; sive morimur, Domino morimur. Sive ergo vivimus, sive morimur, Domini sumus. 9 In hoc enim Christus mortuus est, et resurrexit : ut et mortuorum et vivorum dominetur. 10 Tu autem quid judicas fratrem tmim ? aut tu, quare spèrnis fratrem tuum ? Omnes enim stabimus ante tribunal Christi.
11 Scriptum est enim : Vivo ego, dicit Dominus, quoniam mihi flectetur omne genu : et omnis lingua confitebitur Deo.
12 Itaque unusquisque nostrum pro se rationem reddet Deo.
II y a sans doute une secrète malice dans le premier mot, A raison de son attachement suranné à Moïse, le juif était un faible, un anémique dans la foi. Il n'avait pas assez con-