‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 341 sur 663 · CONDESCENDANCE MUTUELLE · texte numérisé non relu

CONDESCENDANCE MUTUELLE

La division n'est que matérielle entre le chapitre XIV et le chapitre XV : la pensée de l'Apôtre ne cesse pas d'exhorter à la condescendance et à la charité. La force, dit-il, n'est donnée aux uns que pour soutenir et aider les faibles ; les faibles sont les créanciers des forts. Au lieu de se complaire en luimême, de ne songer qu'à lui seul et à ses droits, chacun, dans la société fraternelle des chrétiens, est tenu de ménager la faiblesse d'autrui, de rechercher le bien et l'édification du prochain. C'est à cetie disposition affectueuse que nous invite l'Esprit que nous portons en nous. Le Seigneur aurait pu ne prendre conscience que de lui, écarter de lui tout autre souci que lui-même, éloigner toute souffrance personnelle, et en face du châtiment mérité par nos fautes, se dire : «Cela m'est étranger, cela ne me regarde pas ». Au lieu de se retrancher dans ce froid désintéressement, il a pris sur lui la responsabilité de notre péché et le châtiment mérité par les blasphémateurs. Or, il n'est pas possible que le Seigneur ait un autre tempérament, et en lui, et en moi.

Le verset 10 du Psaume LXVIII cité ici implique l'unité du Christ avec son Père : ce qui lui fait ressentir comme personnels à lui les outrages adressés à son Père. L'Apôtre fait allusion, lui, et avec le même texte, à la solidarité du Christ avec les hommes. Mais il est facile de voir que les paroles du Psaume se prêtent à l'une et à l'autre acception : ce sont en effet les mêmes fautes qui, comme offenses, 'atteignaient le Christ dans son unité avec son Père, et qui, dans l'expiation, ont atteint le Christ à raison de la miséricordieuse solidarité qu'il lui a plu de contracter avec nous. Ceux qui sont forts dans la foi sont aussi, dans la société chrétienne, ceux qui ont le plus de part à l'Esprit du Seigneur : comment ne verrait-on pas se reproduire en eux les œuvres, la charité et les condescendances infinies du Seigneur ?

On dirait que, soit pour justifier la citation qu'il vient d'emprunter à l'Ancien Testament, soit surtout afin de préparer et de procurer l'unanimité fraternelle qui régnera entre les deux portions de la société chrétienne, l'Apôtre veuille

rappeler qu'elles ont, toutes deux, les mêmes archives, que les deux Testaments n'en font qu'un, et que l'Eglise hérite de l'Ecriture ancienne comme de son bien. C'est là que nous devons puiser tous, Juifs et Gentils, et tout ce que contient la loi a été écrit pour notre enseignement.Même hier,c'est à nous, chrétiens, que le Seigneur s'adressait déjà, afin d'affermir notre espérance par la persévérance et l'encouragement qu'il nous préparait dans la sainte Ecriture. En l'unité de son inspiration, en l'unité de son intention, l'Ecriture impliquait l'unité de l'Eglise : les deux portions du peuple chrétien étant entre elles comme les livres mêmes dont elles se réclamaient ensemble. C'était, d'avance, écarter le conflit des deux Testaments, tant rêvé par les gnostiques, les marcionites et les manichéens, c'était grouper dans une même espérance, dans une même éducation et une même pensée, les deux portions de la société chrétienne, malgré leurs menues rivalités. On le voit bien lorsque l'Apôtre ajoute en reprenant les termes dont il vient de se servir : Que le Dieu de qui nous vient, par la sainte Ecriture, le courage et l'encouragement ( UTtofAovTÏç xal TtapaxXTÎo-ewç ), VOUS accorde de n'avoir tous ensemble qu'une seule pensée, afin d'honorer d'un seul cœur et d'une même voix le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Mais l'Apôtre ne croit jamais avoir assez plaidé la cause de la charité, ni assez complètement ruiné la muraille qui jusqu'au jour de la Rédemption avait divisé le judaïsme et la gentilité. Aussi reprend-il le thème et jusqu'aux termes de l'exhortation commencée au chapitre XIV, en rappelant le dessein du Seigneur et l'accueil qui nous a été fait par lui à tous, mais particulièrement aux Gentils. Le verbe upoo-T^apLêâveo-Oe entraîne, avec la signification d'accueillir, celle aussi d'aider, d'appuyer, de soutenir. Pour procurer la gloire de Dieu, accueillons-nous mutuellement, Juifs et Gentils : comme le Seigneur, pour la gloire de son Père et pour les amener tous deux à lui, a accueilli en l'unité de sa filiation les deux peuples dont se compose aujourd'hui la communauté chrétienne.

Tout ce qui suit n'a d'autre but que de mettre en lu-

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