CONCLUSIONS DIVERSES
près de vous. Que le Dieu de la paix soit avec vous tous ! Amen.
Ainsi se termine l'épître aux Romains.
Nous pouvions croire, et à bon droit, que l'épître se terminait avec le chapitre XV : la conclusion était peut-être moins étendue que dans d'autres épîtres ; mais elle était bien celle à laquelle on devait s'attendre, l'Apôtre écrivant ici à une Eglise qu'il n'a pas fondée, qu'il n'a pas vue, qu'il salue de loin. Aussi éprouvons-nous quelque surprise, lorsque nous abordons le chapitre XVI, d'y trouver un long post scriptum. Toute parole de l'Apôtre est la bienvenue ; et nous accueillons avec un respect infini tout ce qu'il nous a dit au nom de Dieu. Mais notre surprise demeure d'une conclusion après une autre conclusion.
Et ceiit surprise augmente à la lecture du chapitre XVI, lorsque nous l'analysons matériellement. Nous y distinguons, en effet, un premier ensemble comprenant les 16 premiers versets, et qui se termine aussi par une formule de conclusion nouvelle ; puis, c'est un deuxième ensemble, 17-20, avec une autre formule de conclusion ; puis encore un troisième en-' semble, 21-24, avec une formule de conclusion ; enfin un quatrième ensemble, 25-27, avec une doxologie, qui dans la circonstance ressemble encore à une conclusion. Si nous comptons bien, avec la formule sur laquelle se termine le chapitre XV cela fait, en tout, cinq conclusions pour une même épître. C'est beaucoup, et l'Apôtre ne nous a pas accoutumés à cette surabondance.
Devant ce phénomène,- car c'en est un, nous devons nous souvenir du caractère que nous avons reconnu, dès la première heure, k l'épître aux Romains. C'est une lettre doctrinale encyclique. Averti par ce qui s'est passé en Galatie et à
Corinthe, fatigué d'arriver second pour corriger les erreurs des judaïsants, saint Paul a voulu prémunir les communautés chrétiennes contre les retours offensifs du mosaïsme, et mettre au point de façon définitive la question de la justification, la controverse de la loi et de la grâce, l'ancienne justice et la nouvelle. Si nous voulons nous souvenir de ce caractère encyclique de la lettre, si nous voulons remarquer qu'il est des manuscrits qui, au chapitre I, 7, ne portent pas les mots qui sunt Romae, nous tenons la clef de l'explication ; le phénomène des cinq conclusions s'explique de lui-même. En effet, a priori, le dessein de l'Apôtre étant celui que nous venons de reconnaître, il a dû, dès février 58, envoyer à plusieurs Eglises des exemplaires de cette lettre, dite «aux Romains » et adressée à eux, mais communiquée à d'autres sociétés chrétiennes. On peut remarquer, encore a priori, que dans l'exemplaire adressé à telle ou telle Eglise particulière, l'Apôtre a dû ajouter telles recommandations, telles salutations individuelles qu'il jugeait opportunes. Une Eglise lui était plus connue, plus familière, Ephèse par exemple, o\x l'Apôtre avait séjourné trois ans. Les personnes lui étaient alors plus présentes, et une mention de détail était plus facile que lorsqu'il écrivait à une Eglise qu'il ne connaissait que de loin, sans l'avoir visitée.
Ces remarques une fois faites, serait-il téméraire, de supposer que les cinq conclusions que nous venons de rencontrer sont respectivement les conclusions finales données aux exemplaires adressés à telle ou telle Eglise particulière ; conclusions que les premières recensions des épîtres de saint Paul n'ont pas voulu perdre et qu'elles ont groupées toutes ensemble, en appendice à l'épître qu'elles accompagnèrent primitivement ? Peut-être la lecture de ces quatre fragments nous fournira-t-elle des éléments nouveaux qui appuieront ou éclaireront cette hypothèse.
1 Commendo autem vobis Phoeben sororem nostram, quae est in ministerio Ecclesiae, quae est in Cenchris : 2 ut
eam suscîpiatis in Domino digne sanctis : et assistatis ei in quocumque negotio vestri indiguerit : etenim ipsa quoque astitit multis, et mihi ipsi. s Salutate Priscam, et Aquilam adjutores mecs in Christo Jesu ; 4 (qui pro anima mea suas cervices supposuerunt : quibus non solus ego gratias ago, sed et cunctae ecdesiae Gentium), s et domesticam Ecclesiam eorum. Salutate Epaenetum dilectum mihi, qui est primitivus Asiae in Christo. ^ Salutate Mariam, quae multum laboravit in vobis. 7 Salutate Andronicum, et Janiam cognatos, et concaptivos meos^- qui sunt nobiles in Apostolis, qui et ante me fuerunt in Christo. s Salutate Ampliatum diledissimum mihi in Domino. 9 Salutate Urbanum adjutorem nostrum in Christo Jesu, et Stachyn dilectum meum. lo Salutate Apellen probum in Christo. n Salutate eos, qui sunt ex Aristoboli domo. Salutate Herodionem cognatum meum. Salutate eos, qui sunt ex Narcissi domo, qui sunt in Domino. 12 Salutate Tryphaenam, et Tryphosam : quae laborant in Domino. Salutate Persidem charissimam, quae multum laboravit in Domino, is Salutate Rufum electum in Domino, et matrem ejus, et meam. i* Salutate Asyncritum, Phlegontem, Hermam, Patrobam, Hermen : et qui cum eis sunt, patres. 15 Salutate Philologum, et Juliam, Nereum, et sororem ejus, et Olympiadem, et omnes, qui cum eis sunt, sanctos. ^^ Salutate invicem in osculo sancto. Salutant vos omnes Ecdesiae Christi.
L'Apôtre commence par accréditer, sous une forme û'epistola commendatitia, la diaconesse Phébé, attachée à l'Eglise de Cenchrées, sur la mer Egée. (Il est probable que Corinthe avait plusieurs groupes chrétiens : celui dont Phébé faisait partie était sur le port oriental de la ville ; l'autre port s'appelait Léché, vers l'ouest). Les destinataires de cette conclusion devront traiter Phébé comme il convient aux saints, et l'aider en toutes choses comme elle-même a aidé l'Apôtre et beaucoup de chrétiens. — Le ton ne manque pas d'autorité : saint Paul semble avoir des droits sur l'Eglise à qui il parle.
Avec le verset 3, nous entrons dans un ensemble de quatorze versets relatifs à des personnes énumérées par l'Apôtre, et qu'il salue. Elles sont au nombre de vingt-six. Elles appartiennent à cinq Eglises ou petites communautés. On peut comparer ces salutations finales à celles que nous avons trouvées déjà : I Thess., V, 26 ; I Cor., XVI, 20 ; II Cor., XIII, 12 (cf. PhiL, IV, 22). Mais ici, nous allons le voir, le cas est très particulier ; et les personnes sont désignées par leur nom et des notes individuelles.
On a observé parfois, et avec justesse, que la plupart de ces noms ont une forme hellénique. C'est peu de chose. Mais on peut légitimement se demander comment l'Apôtre avait de si nombreuses connaissances dans une Eglise qu'il n'avait jamais visitée, et comment il les pouvait désigner par des notes si familières. Prisca et Aquila étaient à Rome avant 51. L'édit de Claude les en fit sortir. Ils étaient à Corinthe un peu plus tard (Act., XVIII, 2). Après avoir reçu chez eux l'hospitalité, l'Apôtre les entraîne avec lui à Ephèse (Act., ibid., 18, 19, 26). C'est de chez eux qu'est écrite la première épître aux Corinthiens (I Cor., XVI, 19). C'est à Ephèse que nous les retrouverons quelques années plus tard (II Tim., IV, 19), avec une égHse dans leur maison. Est-il naturel de supposer qu'ils sont retournés à Rome vers 58, à seule fin d'y recevoir le salut de l'Apôtre ; et n'est-il pas plus plausible de regarder les seize premiers versets de ce XVP chapitre comme annexés à l'exemplaire adressé à Ephèse ? Ainsi tout s'explique, la variété des personnes connues par l'Apôtre, la précision des détails ; hors de là^ tout demeure inexplicable.
Les autres noms cités nous sont inconnus, et nous ne pouvons les suivre dans leurs déplacements, mais ils nous fourniront pourtant leurs indices. Epaenetus est connu, très connu de saint Paul, qui n'est jamais allé à Rome. Epaenetus est la prémice chrétienne de l'Asie ; et c'est Ephèse qui est la capitale de l'Asie proconsulaire. Marie s'est donné beaucoup de peine pour l'Apôtre. Andronic et Junia, avec Hérodion (verset II), des parents de l'Apôtre, qui l'ont de-