‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 368 sur 663 · RÉCIT DE LA CONVERSION · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LA CONVERSION

lui, au lieu de s'appliquer à se défendre contre les charges actuelles. Si important que soit pour l'Apôtre l'événement dont il nous donne le récit, si décisii qu'il ait été dans sa vie, ne semble-t-il pas tout d'abord que le plaidoyer est étranger à la cause ? On échappera à cette impression, si on se souvient que la majorité de ceux qui écoutent sont des Juifs, et que les questions de vocation et de mission divine leur sont rendues familières par l'histoire de leurs prophètes. Il est naturel que l'Apôtre abrite toute sa vie de la vocation qui lui a été donnée de Dieu, et qu'il rappelle sa conversion comme un fait à lui seul suffisant pour établir la crédibilité de sa doctrine. Les trois récits que le livre des Actes nous fournit de cette conversion miraculeuse ne font que reproduire les mêmes lignes ; il ne sera pas difficile pourtant de reconnaître que, s'adressant à des Juifs, l'Apôtre s'arrête de préférence à ce qui devait entraîner leur conviction. Il y avait là, mêlés aux gens du peuple, des membres du Sanhédrin, des compagnons d'autrefois, à qui l'Apôtre pouvait en appeler de la vérité de ses souvenirs personnels. Peut-être saint Paul put-ils les apercevoir, car ses premières paroles sont empreintes de déférence : Mes frères et mes pères, dit-il, veuillez écouter ma défense. — Il parlait en araméen, c'était une autre déférence pour le public à qui il s'adressait ; le silence redoubla, la foule se tint tranquille. — Je suis juif, disait l'Apôtre, né à Tarse, en Cilicie. Mon éducation religieuse s'est faite ici même à Jérusalem, aux pieds de Gamaliel (les deux fils de Gamaliel faisaient partie du Sanhédrin) ; j'ai été élevé dans l'amour et l'observance exacte de notre antique loi, rempli de zèle pour Dieu comme vous l'êtes aujourd'hui. De ce zèle j'ai donné des gages. J'ai poursuivi la secte des chrétiens, j'ai chargé de chaînes, emprisonné, mis à mort hommes et femmes, comme en peut témoigner le grand-prêtre et tout le Sanhédrin. Je me rendais à Damas avec les lettres de pouvoir obtenues de la Synagogue auprès dé' nos frères de cette ville, pour rechercher les chrétiens et leis emmener captifs à Jérusalem. J'étais près de Damas, vers.

midi, lorsqu'une vive lumière venant du ciel m'enveloppa ; je tombai de cheval sur le sol et j'entendis une voix qui me disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? Je répondis : Qui êtes-vous, Seigneur ? Il me fut répondu : Je suis Jésus de Nazareth que vous persécutez. Ceux qui m'accompagnaient virent la lumière, mais n'entendirent pas la voix qui me parlait.

Je demandai à la voix : Que dois-je faire, Seigneur ? Le Seigneur me répondit : Levez-vous, entrez à Damas ; là on vous dira tout ce que vous devez faire. — La soudaineté de cette conversion était de nature à impressionner les Juifs, Il n'est que Dieu qui tienne à ce point les cœurs en sa main.

L'Apôtre poursuivit : L'éclat de cette lumière m'avait aveuglé, je ne voyais plus et c'est guidé à la main par mes compagnons que j'entrai à Damas. Il y avait là un homme pieux, observateur de la loi, d'un bon renom auprès des Juifs de la ville, qui vint à moi et me dit : Saul, mon frère, je viens vous rendre la vue. Et à l'heure même je recouvrai la vue et le regardai. Il me dit : Le Dieu de nos pères vous a désigné pour recevoir l'expression de sa volonté, pour connaître le Juste, pour entendre sa voix ; car vous serez devant tous les hommes le témoin de ce que vous avez vu, de ce <{ue vous avez entendu. Qu'est-il besoin de tarder ? levezvous, recevez le baptême, vos péchés vous seront remis en invoquant son nom (Rom., X, 13). .

Lors de mon retour à Jérusalem, je me rendis au Temple pour prier. Je vis le Seigneur et il me dit : Hâtez-vous de sortir de Jérusalem, car vos frères n'accueilleront pas le témoignage que vous leur rendrez de moi. Je me surpris à contester avec lui : Seigneur, lui disais-je, comment pourraient-ils écarter mon témoignage ? Ils savent bien l'ardeur que j^aî mise à emprisonner et à faire souffrir ceux qui croyaient en vous. Ils savent aussi que durant le martyre de votre serviteur Etienne je prenais ma part du crime, et gardais les vêtements de ses meurtriers. Le Seigneur renouvela

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