‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 369 sur 663 · HÉSITATIONS DU TRIBUN · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DU TRIBUN

son ordre premier : Non, partez ; je vous ai choisi pour a/Ier au loin évangéliser les nations.

22 Audiebant autem eum usque ad hoc verbum, et levaverunf vocem suam dicentes : Toile de terra hujusmodi : non enim fas est eum vivere. 23 Vociferantibus autem eis, et projicientibus vestimenta sua, et pulverem jactantibus in aerem, 2^ jussit tribunus induci eum in castra, et flagellis caedi, et torqueri eum, ut sciret propter quam causam sic acclamarent ei. ^^ Et eum astrinxissent eum loris, dicit astanti sibi Centurioni Paulus : Si hominem Romanum et indemnatum licet vobis flagellare ? 26 Quo audito, Centurio accessit ad iribunum, et nuntiavit ei, dicens : Quid acturus es ? hic enim Homo civis Romanus est. 27 Accedens autem tribunus, dixit illi ; Die mihi si tu Romanus es ? At ille dixit : Etiam. 28 Et respondit tribunus : Ego multa summa civilitatem hanc consecutus sum. Et Paulus ait : Ego autem et natus sum. 29 Protinus ergo discesserunt ab illo, qui eum torturi erant. Tribunus quoque timuit postquam rescivit, quia civis Romanus esset, et.. quia alligasset eum. ^^ Postera autem die volens scire diligentius qua ex causa accusaretur a Judaeis, solvit eum, et jussit sacer dotes convenir e, et omne concilium, et producens Paulum, statuit infer illos.

La foule des Juifs qui avait écouté jusque là, poussa une exclamation de fureur à ces dernières paroles. La jalousie ' religieuse fit explosion. Comment ? Les Gentils, cette race souillée et impure, auraient part à la bénédiction, à la justice, en même temps que le peuple élu de Dieu 1 C'était plus que n'en pouvaient supporter les oreilles juives. Et les cris re-r prirent : « A mort, à mort, il ne mérite pas de vivre ! » Il est infiniment probable que les meneurs étaient pour beaucoup dans cet orage soudain. Ils criaient, se voilaient de leurs vêtements, jetaient de la poussière, soit pour simuler une lapidation, soit pour obscurcir et pour convertir en nuit le jour où venait d'être prononcé un blasphème. Le tribun eut:

regret d'avoir autorisé un discours qui tournait si mal ; ii donna l'ordre de faire entrer saint Paul dans l'enceinte du prétoire et de le soumettre aux verges, toute enquête étant rendue impossible, afin d'obtenir de lui un aveu. Quel méfait pouvait avoir commis cet homme pour soulever contre lui la haine d'un peuple ? L'ordre fut exécuté. On attacha saint Paul à la colonne et les légionnaires commençaient à serrer les courroies qui devaient l'y maintenir pendant la flagellation, lorsque l'Apôtre adressa la parole au centurion : « Estil donc permis, demanda-t-il, de soumettre au châtiment des verges un citoyen romain non jugé, non condamné ? »

La question était d'une gravité extrême et posée avec une grande précision. La loi romaine se montrait sur ce point, et depuis plusieurs siècles, d'une grande sévérité. En disant de lui au chapitre précédent (v. 39) qu'il était né à Tarse, l'Apôtre affirmait déjà implicitement sa dignité de citoyen romain. Tarse n'était pas comme Philippes une « colonie » ; elle avait été honorée par Auguste du titre de civitas libéra. Mais sans doute Claudius Lysias ignorait la condition privilégiée de la ville de Tarse ; la lumière ne se fit dans son esprit que lorsque le centurion, ému par la question de l'Apôtre, s'en vint avertir le tribun que le cas était grave : « Prenez garde, lui dit-il, cet homme est citoyen romain. » La loi romaine avait été violée déjà par la double chaîne imposée à l'Apôtre. Inquiet le tribun se rendit aussitôt vers le prisonnier. « Est-il vrai, lui demanda-t-il, que vous êtes citoyen romain ?» — « Oui », répondit saint Paul, Le tribun s'inclina avec un peu d'embarras devant ce titre qu'il venait de méconnaître dans soji prisonnier : peut-être voulut-il néanmoins s'assurer indirectement de la véracité de l'assertion : « Moi, dit-il, j'ai dépensé pas mal d'argent pour obtenir ce titre. » C'était de façon implicite demander à saint Paul comment il l'avait obtenu, lui, « Moi, dit l'Apôtre, je suis citoyen romain de naissance. » Peut-être prononça-t-il de nouveau le nom de la ville de Tarse, sa patrie libre. Les tortionnaires s'éloignèrent de lui. Même le tribun était mal à l'aise, sous

PROCÈS DE l'apôtre 27

le méfait d'avoir chargé de chaînes un citoyen romain. Il remit toute l'affaire au lendemain. Et comme le délit reproché à l'Apôtre semblait consister tout entier dans une infraction à la loi mosaïque, après l'avoir délivré de ses chaînes, Claudius convoqua les princes des prêtres et tout le Sanhédrin pour le jour suivant. Depuis un quart de siècle les séances du Sanhédrin avaient cessé d'avoir lieu dans le Temple même ; cette circonstance permettait au tribun et à ses soldats d'y assister. Le lendemain l'Apôtre comparut libre devant l'assemblée au grand complet.

Page 1