‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 378 sur 663 · ARRIVÉE D'AGRIPPA · texte numérisé non relu

ARRIVÉE D'AGRIPPA

Quelques jours s'écoulèrent. Festus reçut à Césarée la visite d'Hérode Agrippa II, roi de Judée, frère de Drusilla, qui venait par déférence polie et par politique saluer le nouveau procurateur. Hérode Agrippa était accompagné de sa sœur Bérénice, de qui la réputation n'avait rien à envier à celle de Drusilla, sa sœur. Après avoir épousé son oncle Hérode, prince de Chalcis, devenue veuve, elle vécut auprès de son frère Hérode Agrippa II dans une liaison suspecte, dit Josèphe, puis épousa Polémon, roi de Cilicie, revint à son frère, fut successivement la favorite de Vespasien, puis de Titus. Le frère et la sœur étaient tous deux très attachés à la fortune des Romains. Durant leur séjour auprès du procurateur il fut entre eux question de saint Paul : Mon prédécesseur Félix, disait Festus, m'a laissé entre les mains un prisonnier, du nom de Paul. Lorsque je me rendis à Jérusalem, princes des prêtres et anciens voulurent obtenir de moi que Paul fût livré à leur merci. Je refusai en disant : L'équité romaine ne permet pas de livrer un accusé à ses ennemis sans qu'il ait été d'abord confronté avec ses accusateurs, sans qu'il les ait vus en face et reconnus, sans qu'il ait eu le loisir de se justifier. (Cette réponse d'un païen, dit Lewin, mériterait d'être gravée en lettres d'or). Les Juifs vinrent à Césarée, et sans tarder je fis comparaître leur accusé. Ils l'entourèrent aussitôt, mais ne relevèrent contre lui aucune des charges criminelles que je supposais : ce n'était que questions concernant leur loi religieuse et contestations au sujet d'un certain Jésus, mis à mort, et que Paul affirme être vivant et ressuscité. Ne comprenant pas grand'chose à cette controverse, je demandai à l'accusé s'il consentait à se rendre à Jérusalem, et là, à comparaître de nouveau devant le Conseil des Juifs. Paul refusa, interjeta appel, et demanda que sa cause fût portée à la connaissance de l'empereur. Je le garde à Césarée, en attendant l'heure de l'envoyer à Rome.

On voit bien la droiture de Festus et son désir de s'éclairer auprès d'Hérode et de. sa sœur qui, en leur qualité de Juifs, et ayant peut-être entendu prononcer le nom de

i' Apôtre, pouvaient fixer son indécision. La curiosité d'Hérode Agrippa fut éveillée par le récit de Festus : « Je voudrais, dit-il, entendre cet homme-là. » — « Rien de plus simple, dit Festus ; prenons jour : demain. »

23 Altéra autem die cum venisset Agrippa, et Bernice cum multa ambitione, et introissent in auditorium cum tribunis, et viris principalibus civitatis, jubente Festo, addactus est Paulus. 24 Et dicit Festus : Agrippa rex, et omnes, qui simuf adestis nobiscum viri, videtis hune, de quo omnis multitudo Judaeorum interpellavit me Jerosolymis, petentes et acclamantes non oportere eum vivere amplius. 25 Ego vero comperi nihil dignum morte eum admisisse. Ipso autem hoc appellante ad Augustum judicavi mittere. 26 De quo quid certum scribam domino, non habeo. Propter quod produxi eum ad vos, et maxime ad te, rex Agrippa, ut interrogatione fada, habeam quid scribam. 27 Sine ratione enim mihi videtur mittere vinctum, et causas ejus non significare.

Le jour suivant Agrippa et Bérénice vinrent en grande pompe. La salle d'audience se remplit des tribuns et des premiers personnages de Césarée. Sur un ordre de Festus, Paul fut introduit. Le procurateur le présenta : Roi Agrippa et vous tous qui m'entendez, voici devant vous cet homme que la multitude des Juifs à Jérusalem a réclamé de moi avec instance, en protestant qu'il était indigne de vivre. Pour moi, j'avoue n'avoir trouvé en lui rien qui mérite la mort. II en a appelé à César, et j'ai résolu de l'envoyer à Rome. Mais je reconnais n'avoir rien de précis à communiquer à l'empereur à son sujet. C'est pour cela que j'ai voulu l'amener devant l'assemblée et en particulier devant vous, roi Agrippa, afin que votre examen me suggère ce que je dois dire à l'empereur, car il me semble peu raisonnable d'envoyer un prisonnier sans rien dire des causes qui l'ont privé de sa liberté.

DISCOURS DE l'apôtre DEVANT AGRIPPA

1 Agrippa vero ad Paulum ait : Permittitar tibi loqui pro temetipso. Tune Paulus extenta manu coepit rationem reddere. ^ De omnibus quibus accusor a Judaeis, rex Agrippa, aestimo me beatum, apud te cum sim defensurus me hodie, ^maxime te sciente omnia, et quae apud Judaeos sunt consuetudines, et quaestiones : propter quod obsecro patienter me audias. 4 Et quidem vitam meam a javentute, quae ab initia fuit in gente mea in Jerosolymis, noverunt omnes Judaei : ^ praescientes me ab initia (si velint testimonium perhibere) quoniam secundum certissimam sectam nostrae religionis vixi Pharisaeus. ^ Et nunc in spe, quae ad patres nostros repromissionis facta est a Dec, sto judicio subjectus : 7 in quam duodecim tribus nostrae nocfe ac die deservientes sperant devenire. De qua spe accusor a Judaeis, rex. 8 Quid incredibile judicatur apud vos, si Deus mortuos suscitât? ^Et ego quidem existimaveram, me adversus nomen Jesu Nazareni debere multa contraria agere. lo Quod et feci Jerosolymis, et multos sanctorum ego in carceribus inclusi, a principibus sacerdotum potestate accepta : et cum occiderentur detuli sententiam. '^^ Et per omnes synagogas fréquenter puniens eos, compellebam blasphemare : et amplius insaniens in eos, persequebar usque in exteras civitates. ^^ In quibus dum irem Damascum cum potestate, et permissu principum sacerdotum,

13 die média in via, vidi, rex, de caelo supra splendorem solis circumfulsisse me lumen, et eos, qui mecum simul erant.

14 Omnesque nos cum decidissemus in terram, audivi vocem loquentem mihi Hebraica lingua : Saule, Saule, quid me persequeris ? durum est tibi contra stimulum calcitrare. is Ego autem dixi : Quis es Domine ? Dominus autem dixit : Ego sum Jésus, quem tu persequeris. ^^ Sed exsurge, et sta super pedes tuos : ad hoc enim apparui tibi, ut constituam te ministrum, et testem eorum, quae vidisti, et eorum, quibus ap-

parebo tibi, i^ eripiens te de populo, et gentibus, in quas nutic ego mitto te, is aperire oculos eorum, ut convertantur a tenebris ad lucem, et de potestate satanae ad Deum, ut accipiant remissionem peccatorum, et sortem inter sanctos per fidem, quae est in me.

Le roi Agrippa devenait ainsi par l'invitation courtoise de Festus le véritable président de l'assemblée. II donna la parole à saint Paul ; c'est le plaidoyer de l'Apôtre et l'appréciation du roi qui fourniront à Festus la matière de son information.

L'Apôtre demanda le silence d'un geste de sa main alourdie par la chaîne. Il commença ; pour la troisième fois le livre des Actes nous^ donne le récit de sa vocation. C'était l'anneau premier auquel était attachée sa vie religieuse tout entière ; le roi Agrippa et les Juifs de l'assemblée se souvenaient que les prophètes justifiaient et autorisaient leur parole par la mission qu'ils avaient reçue de Dieu :

Ce m'est une joie, roi Agrippa, dit l'Apôtre, d'avoir à m'expliquer devant vous au sujet de tout ce qui m'est reproché par les Juifs. Vous n'ignorez rien, vous, des coutumes de ce peuple et des questions qui le divisent. Alors même que je serais long, je vous demande de m'écouter avec bienveillance. Ma vie est fort connue de mes compatriotes. Ma jeunesse s'est passée tout entière au milieu des miens, puis à Jérusalem. Tous savent fort bien, et s'ils le voulaient ils pourraient en apporter ici le témoignage, que j'ai vécu longtemps parmi eux selon les règles de la secte la plus austère, celle des Pharisiens. Aujourd'hui même si je suis traduit en jugement par les Juifs, c'est à raison de notre espérance commune de la promesse qui a été faite par Dieu à nos pères, de cet avenir attendu par les douze tribus dans le culte qu'elles rendent à Dieu jour et nuit. C'est cette espérance qui fait mon crime. Et pourtant, demande l'Apôtre, accentuant la question qui divise Sadducéens et Pharisiens, est-ce chose incroyable pour nous que Dieu puisse ressusciter les morts ? A la première

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