SAINT PIERRE A LYDDA ET JOPPÉ
L'Eglise de Palestine (Judée, Galilée, Samarie), après avoir été un moment secouée par la persécution qui s'éleva au lendemain du martyre de saint Etienne, jouit maintenant de la paix. Cette période tranquille coïncide avec les années de retraite de saint Paul en Arabie ; peut-être les extravagances de Caligula rapportées par Josèphe {Ant. fud., lib. XVIII, cap. 8) ont-elles fait diversion à l'hostilité des Juifs. L'Eglise en profita pour s'étendre et s'affermir, sous l'influence de l'Esprit de Dieu. A la faveur de cette paix et sans dire encore adieu à Jérusalem, saint Pierre, l'Evêque universel, visitait les fidèles de son diocèse en Palestine. A Lydda, au nordouest de Jérusalem, à mi-chemin de Joppé et de la côte, il trouva un malade, nommé Enée, que la paralysie retenait depuis huit ans sur son grabat : « Enée, lui dit saint Pierre, Jésus, le Christ, vous donne la guérison. Levez-vous ; dorénavant vous n'aurez plus besoin d'être aidé par autrui. » Enée se leva. Les gens de Lydda et de la plaine de Saron, entre Joppé et Césarée, le virent, et se convertirent au Seigneur. De Lydda à Joppé la distance était d'environ trois lieues. Joppé avait déjà une communauté chrétienne ; elle comptait parmi ses membres une femme qui portait le nom araméen de Tabitha, la Gazelle, renommée sans doute pour sa beauté, mais plus encore pour la générosité de ses aumônes et ses bonnes œuvres. Elle tomba malade et mourut. On lava son corps, qui fut placé dans la chambre haute de sa maison. Les fidèles de Joppé, ayant appris que saint Pierre était à Lydda, lui envoyèrent deux des leurs avec ce message : « Ne refusez pas de venir vers nous. » Saint Pierre ne savait pas refuser, il se leva et les suivit. Arrivé à la maison, on le conduisit auprès de la morte ; la chambre était pleine des veuves autrefois secourues par Tabitha ; elles gémissaient et montraient à saint Pierre les tuniques et les vêtements qui leur venaient de la défunte. Saint Pierre fit sortir tout le monde, se mit à genoux, pria, et s'adressant à la morte, lui dit : « Tabitha, levez-vous. » Elle ouvrit les yeux, reconnut saint Pierre, se leva à demi. Saint Pierre lui prit la main, et
la mit debout. Puis il appela les fidèles et les veuves, et la remit vivante en leurs mains. Le fait fut connu dans toute la ville de Joppé ; beaucoup en furent touchés et se convertirent au Seigneur. Après cela, saint Pierre demeura quelque temps encore à Joppé, chez un certain Simon, corroyeur de son métier. Cette note dernière n'a peut-être été donnée par l'historien que pour montrer combien saint Pierre s'affranchissait dés préjugés des Juifs, qui regardaient comme une forme de souillure, la préparation des peaux de bêtes. Tanneurs et corroyeurs étaient par eux relégués dans un quartier séparé.