‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 40 sur 663 · LA CONVERSION DU CENTURION CORNEILLE · texte numérisé non relu

LA CONVERSION DU CENTURION CORNEILLE

1 Vir aatem quidam erat in Caesarea, nomine Cornélius, centurio cohortis, quae dicitar Italica, 2 religiosus, ac timehs Deum cum omni domo sua, faciens eleemosynas mulias plebi, et deprecans Deum semper : s is vidit in visu manifeste quasi hora diei nona, Angelum Dei introeuntem ad se, et dicentem sibi : Corneli. * Ai ille intuens eum, timoré correptus, dixit : Quid est, Domine ? Dixit autem illi : Orationes tuae, et eleemosynae fuae ascenderunt in memoriam in conspectu Dei s Et nunc mitte viros in Joppen, et accersi Simonem quemdam, qui cognominatur Petrus : ^ hic hospiiatur apud Simonem quemdam coriarium, cujus est domus juxta mare : hic dicet tibi- quid te oporteat facere. 7 Et cum discessisset Angélus, qui loquebatur illi, vocavit duos domesticos suos, et militem metuentem Dominum ex his, qui illi parebant. « Quibus cum narrasset omnia, misit illos in Joppen.

Le Seigneur avait donné à ses Apôtres la mission d'être ses témoins à Jérusalem, dans la Judée et la Samarie, et

jusqu'aux confins de la terre (Act., I, 8) . A l'heure même où nous sommes parvenus, celui qui doit, plus que les autres, s'employer à cette diffusion universelle a été déjà désigné par Dieu. Ananie sait bien quelles sont les lèvres qui porteront le nom du Seigneur aux Juifs et aux Gentils, aux peuples et aux rois. Même, lorsque Saul, dès son premier voyage à Jérusalem au sortir de Damas, a voulu apporter aux Juifs de Jérusalem, afin de désavouer la part prise jadis au martyre de saint Etienne, un témoignage que nul d'entre eux ne pouvait suspecter ni contredire, le Seigneur l'a écarté ; comme s'il le réservait pour un autre dessein : « Non, lui dit-il, sortez de Jérusalem ; ma pensée est de vous envoyer au loin vers les nations » (Act. XXII, 21).

Mais à l'heure où nous sommes, cette pensée divine n'est pas entrée encore en voie d'exécution. L'Eglise semble toujours attachée à Jérusalem et comme greffée sur la Synagogue. Le nom du Seigneur n'a encore été porté qu'aux Juifs, Hébreux ou Hellénistes, aux synagogues, aux provinces de la Judée, de la Samarie, de la Galilée, aux régions soumises à l'influence juive. Le seigneur éthiopien baptisé par le diacre saint Philippe ne fait pas exception : car il appartenait au mosaïsme comme prosélyte ; et l'Eglise avait le droit d'accueillir aussi largement que le mosaïsme lui-même.

Il resté un pas de plus à faire pour dépasser le mosaïsme, pour se tourner vers les Gentils, ramener toute la famille humaine à l'unité et revenir à l'universalité première (Eph., II, 13-22).

Nous arrivons avec le chap. X et le chap. XI des Actes à l'une des heures les plus solennelles qui aient jamais sonné pour le monde : le passage résolu et définitif de la Synagogue à l'Eglise. De cette démarche décisive, d'où naîtront dans la suite des problèmes de toute nature. Dieu a voulu que l'initiative revînt non à saint Paul, non à saint Barnabe, mais à saint Pierre lui-miême. L'entrée dans l'Eglise du centurion Corneille n'a point seulement, nous le pressentons, le caractère d'une conversion individuelle : elle constitue le moment

précis d'une évolution considérable dans l'Eglise, son premier pas vers l'universalité.

Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, officier romain, centurion de la cohorte Italique. Il n'existait pas encore de « légion » Italique : la première légion de ce nom date du règne de Néron, la deuxième et la troisième Italique furent créées sous Marc-Aurèle. Mais il n'était pas rare que dans les provinces, à côté des légions régulières et sans y être incorporées, des cohortes de volontaires recrutés principalement en Italie, fussent à la disposition du gouverneur. Le nom de Corneille nous rappelle la gens romaine à qui avaient appartenu Scipion, Sylla et la mère des Gracques. Le centurion romain était pieux, il craignait Dieu, et toute sa maison partageait ses sentiments religieux. N'en concluons pas qu'il fût prosélyte, ni de la justice, ni même de la porte. Le titre de timens Deum n'implique cette signification spéciale que dans rénumération ordinaire des groupements du peuple de Dieu : Domus Israël, domus Aaron, donms Levi, timentes Dominum (Ps. CXXXIV, 19, 20). Les contestations qui s'élevèrent ensuite contre la conduite de saint Pierre (XI, 2) et la vision préliminaire donnée à l'Apôtre nous montrent assez que Corneille était purement un Gentil. En donnant cette signification à la conversion de Corneille, nous ne prétendons pas pourtant qu'il fût le premier converti de la Gentilité. Il peut se faire que d'autres Gentils l'aient précédé (XI, 20) ; les indications chronologiques ne sont pas décisives ; mais la conversion de Corneille a ceci de particulier qu'elle se fait et par le moyen de saint Pierre et sous la garantie de son autorité.

Comme le centurion dont il est parlé en saint Luc (VII, 4, 5), Corneille était de nature généreuse et bienfaisante. Il priait Dieu et sans doute lui demandait de le guider. Peut-être le judaïsme le sollicitait-il : peut-être avait-il entendu parler de la doctrine nouvelle, peut-être aussi se demandait-il hésitant, en quelle direction s'engagerait sa vie. Quoi qu'il en soit, un jour, à la neuvième heure, heure de la prière, il vit clairement, et non sans effroi, un ange qui lui

dit : « Vos prières, Corneille, et vos aumônes sont montées à Dieu et l'ont incliné vers. vous. Vous êtes exaucé. Celui qui vous éclairera est près de vous, à Joppé. Il s'appelle Simon, on lui donne aussi le nom de Pierre. Il demeure chez Simon le corroyeur, dans une maison voisine de la mer. » (La ressemblance de situation a fait ajouter ici ce que nous lisons au ch. IX, et ibi dicetur tibi quid oporteat facere).

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