‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 392 sur 663 · CHAPITRE I (suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE I (suite

Selon l'Apôtre le Seigneur n'est point venu dans le monde pour y faire apparaître un instant comme un météore éblouissant, ni simplement pour y apporter une doctrine inconnue, ni pour y constituer une religion nouvelle, ni même pour y construire une société nouvelle, encore que cette dernière précision approche davantage du dessein de Dieu : Le Fils de Dieu est venu, il a souffert pour créer une humanité nouvelle, née de son sang et en qui le second Adam prolonge et épanouit sa vie. Le Christ se développe et s'achève dans l'Eglise, l'humanité régénérée et nouvelle ; la société des enfants de Dieu est née de Notre-Seigneur Jésus-Christ et animée de sa vie même : c'est ainsi par la récapitulation de tous en Notre-Seigneur Jésus-Christ que s'accomplit le vaste programme d'unité dont nous venons de recueillir, des lèvres mêmes du Seigneur, l'admirable expression : l'unité en nous, l'unité entre nous, l'unité avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'unité avec Dieu. Tel est le dessein de Dieu, présent à la pensée de l'Apôtre, et dont il le bénit dans une phrase de douze versets qu'il nous faut analyser (3-14). C'est déjà de l'Eglise et de l'humanité nouvelle qu'il est question : mais son nom ne sera prononcé que plus tard (22).

ACTION DE GRÂCES

^Benedlctus Dëus et Pater Domini nostri Jesii Christi, qui benedixit nos in omni benedictioné spirituali in caelestibus in Christo, * sicut elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemas sancti et immaculati in conspectu ejus in ■charitate.

Les formules de la reconnaissance et de l'action de grâces sont familières à l'Apôtre, et se trouvent au commencement de toutes ses Epîtres, excepté à Tite et aux Hébreux. Mais soit au sortir d'une grande souffrance (II Cor., I, 3), soit, comme ici, en face d'un spectacle d'une divine et incomparable beauté, sa reconnaissance prend la forme d'une exclamation, et d'un hymne religieux, s'échappant d'un cœur trop plein pour se contenir. Il nous montre l'Eglise, ou mieux l'humanité nouvelle, naissant du Père, parce que c'est Lui de qui vient tout don parfait (3-6) — naissant du Fils (7-12) — naissant du Saint-Esprit (13 et 14). L'œuvre qui s'accomplit dans le temps est la réalisation d'un dessein éternel et mystérieux, concerté en Dieu (5, 9, 11) — dessein qui a pour fin suprême l'honneur de sa grâce, de sa gloire, de sa beauté (6, 12, 14) — enfin dessein que Dieu accomplit, fin obtenue par le moyen du Christ (3, 4, 5, 6, 7, 9, 10, H, 12, 13).

Ceci nettement reconnu, la pensée de l'Apôtre si embarrassée de sa propre richesse, peut être abordée. C'est l'acte de naissance de l'Eglise. Elle est née du Père (3-6). Même, la pensée du Père, comme source de la divinité, comme Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ s'étend sans interruption jusqu'à la fin de la doxologie (y. 14). La reconnaissance monte tout d'abord vers Lui, le Père des lumières : nous le bénissons, parce qu'il nous bénit. Mais quand nous le bénissons, nous, c'est avec des paroles de gratitude et de louange ; quand il bénit, lui, c'est au moyen de bénédictions réelles et par l'effusion en nous de la joie, de la vie. A la base première des choses, il y a une tendresse vivante, une tendresse infinie, une tendresse incréée. Le premier anneau de l'être est une charité infinie qui ne sait qu'aimer. Le Fils de Dieu lui dit : Père. Et l'Esprit de Dieu nous le fait dire ; il n'y a rien au monde qui soit aussi doux que de le constater. Je ne sais pas encore pourquoi je dois le bénir ; mais l'Apôtre, qui le sait, me dit qu'il est digne de la louange, de la bénédiction

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