BÉNÉDICTIONS DIVINES
de nos lèvres et de nos cœurs, celui qui est Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-CIirist (3).
Et de quoi le bénirai-je ? Est-ce simplement, disons-le une fois encore, parce qu'il a créé sur terre une école philosophique et apporté une doctrine nouvelle, accompli une révolution considérable dans le monde religieux ? L'Apôtre, qui s'est établi au centre des choses pour mieux en apercevoir toute la réalité et toute la beauté, nous dit qu'il faut bénir Dieu parce qu'il nous a bénis le premier, et non en paroles, lui. Il ne fait que des choses réelles, et sincères, et profondes. C'a été une effusion complète, comme si sa tendresse avait voulu se dépenser et s'épancher tout entière ; une bénédiction spirituelle au lieu des promesses matérielles et terrestres proposées aux Juifs ; une bénédiction dans l'ordre des choses célestes, et appartenant dès lors au monde de l'éternité : l'Apôtre ne cessera de nous le redire (I, 3, 20 ; II, 6 ; III, 10). A partir de cette bénédiction, le ciel s'est incliné, et nous vivons comme des citoyens de l'éternité. Mais ce privilège commun aux fidèles de l'Asie Mineure et à tous les chrétiens ne leur est donné que dans le Christ ; non seulement par le Christ et moyennant sa médiation, mais en lui, par leur communion vivante à lui.
Ces bénédictions de la vie surnaturelle répandues sur le monde dans leur plénitude constituent sans doute un fait nouveau, une bienheureuse et complète révolution. Elles datent pour nous du Calvaire et de la Pentecôte. Pourtant tout s'est accompli conformément à un dessein de Dieu, concerté dans l'infini loisir dé son éternité. Il nous avait choisis dès avant la création du monde. Tout le plan de son œuvre a été éternellement devant lui. Nous avons commencé, nous : l'amour de Dieu et son élection gratuite n'ont pas eu de commencement. Nous avons été portés dans un berceau éternel, dans la pensée et l'amour de notre Dieu, et les bénédictions du temps ne sont venues qu'en exécution de cette élection première, II nous a choisis, le Père : il nous connaissait donc? Oui ; et non d'une connaissance platonique comme serait
celle d'êtres possibles ; mais chacun par son nom, d'une connaissance précise, avec tout l'ensemble des particularités individuelles qui font que chacun est lui ; et tels, il a disposé 'de nous, il a noué notre destinée : il nous a assignés à son Fils comme au premier-né de beaucoup de frères, afin qu'en lui et dans la charité qui nous unit à lui, nous fussions saints et sans tache devant Dieu. Lorsque les hommes choisissent, ils sont guidés par leur intérêt, et supputent la bonté, la convenance, et les avantages de ce qu'ils choisissent : l'amour humain demande, l'amour de Dieu donne ; il donne d'être saints et consacrés à Dieu, purs jusqu'à l'exclusion de tout ce qui pourrait déplaire à Dieu, constitués dans une sainteté réelle au regard de Dieu même. Les deux versets 3 et 4 sont ensemble dans un rapport étroit : la bénédiction surnaturelle est donnée dans le Christ au cours du temps, conformément à l'élection qui nous a, dans l'éternité, désignés, préférés, mis à part, assignés au Christ.
5 Qui praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum : secundum propositum voluntatis suae, 6 in laudem gloriae gratiae suae, in qua gratificavit nos in dilecto Filio suo. 7 In quo habemus redemptionem per sanguinem ejus, remissionem peccatorum secundum divitias gratiae ejus, s quae superabundavit in nobis-in omni sapientia, et prudèntia :
Les versets 5-14 définissent les éléments de la bénédiction spirituelle qui a été donnée en Jésus-Christ. On dirait que Dieu, pour nous l'assurer, s'y est, selon notre manière de parler, pris à deux fois : une première fois dans l'ordre d'intention et dès son éternité (v. 5 : Tcpoopto-a;), une seconde fois dans l'ordre d'exécution et au cours du temps (v. 9 lyvwpicTaç). Une fois pour toutes, il nous faut observer que ceux qui n'ignorent pas le grec seront toujours plus aidés dans l'analyse de la pensée de l'Apôtre par le texte original que par le texte latin de la Vulgate. Il est des notations de détail, des