‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 394 sur 663 · PLAN DE DIEU · texte numérisé non relu

PLAN DE DIEU

précisions de sens, des divisions de la phrase qui cessent fatalement d'être visibles dans une traduction.

Voici donc comment nous a été assurée cette plénitude de bénédiction dont l'Apôtre veut rendre grâces à Dieu. Il y eut un moment éternel où Dieu nous a prédestinés ; car il ne nous a bénis dans le temps, que parce qu'il nous avait choisis dans son éternité. Cette prédestination éternelle implique connaissance, tendresse, préférence : nous le savons. Elle implique aussi un but final auquel nous rapporte l'intention divine, et, pour atteindre ce but, un ensemble de moyens appropriés, qui nous acheminent à ce but, s^ç a-jTÔv. Et voici maintenant quel a été le but, quelle fut l'intention éternelle de Dieu : faire de nous, en Notre-Seigneur Jésus-Christ, ses enfants : quos praescivit et praedestinavit conformes péri imaginis Fiîii sui, ut sif ipse primogenitus in multis fratribiis, nous a dit déjà l'Apôtre (Rom., VIII,- 29). Ce que Dieu a voulu, c'est se constituer un peuple de fils, les faire entrer dans sa race et sa famille, les faire communier à son sang, à sa vie, à sa noblesse : nous traduisons uloQecriav comme la Vulgate par adoptionem filiorum, mais si le mot était latin, il faudrait dire filietatem, l'état de fils de Dieu, la lignée authentique de Notre-Seigneur Jésus-Christ. On ne s'improvise pas des ancêtres, et on n'entre dans une race qu'à la condition d'y avoir ses titres. Je tiens mes titres de Notre- Seigneur Jésus-Christ et de mon union à lui. Car il est non seulement le médiateur de cette filiation, puisque ce n'est que par lui qu'elle est possible, mais aussi le trésor de cette filiation, puisqu'elle n'est possible qu'en lui : mais ne devançons pas l'exposé de l'Apôtre. Observons seulement que tout ne se fait qu'en lui : in Christo, nous a dit le verset 3 ; in ipso, nous redit le verset 4 ; le verset 5 nous dit in ipsum, de, atÎTÔv, parce que prédestiner c'est diriger, c'est ordonner vers un but ou un centre : prédestiner implique tendance et direction ; et prédestiner à la filiation divine, c'est prédestiner à la communion avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il n'y a qu'un

Fils de Dieu, et on ne devient réellement fils de Dieu que par une insertion vitale en lui.

Ce n'est pas tout encore. Cette prédestination, cette affectation à Notre-Seigneur Jésus-Christ a été résolue de Dieu selon le bon plaisir de sa volonté, selon le programme arrêté par sa tendresse, éternellement. Nous n'existions pas. Nous n'avions pas de charmes, et n'avions pas donné à Dieu de motif de nous aimer. Lorsqu'il a voulu rendre raison de tout l'ensemble de l'ordre surnaturel, saint Jean nous a dit : Et nos cognovimus, et credidimus charitatl, quatn habet Deus in nobis (I Joan., IV, 16). Il est vrai, et tout s'explique si Dieu aime : mais cet amour de Dieu qui est l'explication de tout, n'a pas, lui, d'explication. L'amour de Dieu ressemble à l'être de Dieu, il est calqué sur lui. Comme l'être de Dieu, l'amour de Dieu est de lui seul : a se. A le bien prendre, cela est infiniment doux. Cela nous fait aimer notre néant, notre être de créature, passionnément. Car aujourd'hui, si vous m'aimez, mon Dieu, c'est sans doute à raison de la beauté de votre Fils que vous m'avez donnée et que vous voyez en moi ; mais à cette heure de votre éternité et de votre vie sans heures où vous m'avez aimé, choisi, prédestiné, et, par votre pensée et votre vouloir, porté jusque dans la lignée et la vie de votre Fils ; à cette heure-là, mon Dieu, je n'avais ni charme, ni beauté, ni réalité d'aucune sorte. Rien de moi n'a pu ni motiver, ni justifier, ni solliciter votre amour. Dès lors vous me laisserez bien vous dire combien j'aime ce néant dont vous m'avez tiré, et qui demeure mon seul bien. S'il y avait eu en moi une beauté, un charme, une part d'être ou de réalité, votre amour eût moins ressemblé à ce que vous êtes : il eût été moins gracieux, moins indépendant, moins vous. Mais maintenant, je le sais par l'Apôtre, dans tout votre amour, il n'y a que vous : je ne suis la chose que de vous seul. Il n'y a que vous seul dans l'amour que vous avez pour moi, et votre amour demeure inexplicable. La tendresse et vous, c'est tout un ; c'est pour cela que votre tendresse n'est pas causée, c'est pour cela qu'elle est incompréhensible.

LA QRÂCE DIVINE 79

J'aime mon néant premier, parce que je vous aime... II y a là une région de doctrine où se plairont à jamais les âmes bien faites.

L'œuvre de Dieu est ordonnée à une fin, elle a une intention. Dieu ne peut agir que pour sa gloire, et tout ce qu'il fait a pour dessein de le révéler à sa créature, de provoquer une louange et un hommage reconnaissant. C'est déjà le dessein de la création : Quod notum est Dei, manifestum est in mis ; Deus enim illis manifestavit (Rom., I, 19). Mais la création ne participe pas à la vie de Dieu ; et les perfections invisibles de Dieu traduites par elle, c'est surtout sa puissance éternelle et sa souveraineté. Aussi Dieu, qui est Amour, a-t-il voulu surajouter à cette manifestation première, une épopée surnaturelle qui fît éclater la splendeur de sa bonté, qui fût toute à l'honneur et à la louange de sa grâce : création nouvelle où l'amour qui se traduit dans son Fils uniquement aimé, nous a rendus à notre tour fils, et aimés. Détours lents et pénibles auxquels nous sommes réduits pour rendre faiblement la divine vigueur de la pensée de saint Paul. Du moins voyons-nous clairement que toute l'œuvre surnaturelle est sortie du bon plaisir de Dieu, qu'elle est ordonnée à faire éclater la magnificence de sa grâce, et la beauté des âmes fidèles au jour où il viendra se glorifier dans ses saints : citm venerit glorificari in sanctis suis, et admirabilis fieri in omnibus qui crediderunt (II Thess., I, 10).

Mais, nous le voyons déjà, cette grâce et cette beauté, fruit de la bienveillance divine, n'est pas anonyme. C'est la beauté et la grâce de quelqu'un ; elle n'a pas surgi de nous comme une efflorescence intérieure , de notre vie, elle n'est nôtre que parce que nous-mêmes nous sommes à Notre- Seigneur Jésus-Christ : même, à proprement parler, nous ne recevons pas de lui, nous ne puisons pas en lui ; mais c'est en lui, comme portés dans son mystère, comme plongés dans sa plénitude que nous sommes fils et agréés de Dieu : in dilecfo Filio suo, in quo habemus redemptionem. Saint Paul est insatiable de cette affirmation.

De l'ordre d'intention divine, où il s'est jusqu'ici maintenu, et même avant le verset 9, l'Apôtre glisse à l'ordre d'exécution pour nous dire comment la bienveillance de Dieu nous a été acquise. (gratificav if) en son Fils. Que Dieu maintenant nous aime, cela s'explique bien. C'est qu'en son Fils et par son sang versé, nous avons été rachetés, nos fautes effacées, et toutes les richesses de sa grâce répandues en nos cœurs. Ainsi comme la prédestination (praedestinavit) emporte avec elle la série de tous les éléments qui en assurent le succès, la filiation surnaturelle (gratifîcavit) implique le faisceau de tous les bienfaits qui la constituent en nous : la rédemption ( (X7to>iÛTpw(yt.v), c'est-à-dire notre délivrance par le sang du Christ, et l'émancipation qui nous fait échapper à la vie et au péché d'Adam, l'effacement de nos fautes, l'effusion large de sa grâce que le Seigneur a fait surabonder et déborder en quelque sorte en sa traduction extérieure, la sagesse de la pensée et la sagesse de la vie. L'èTcepiffcsufrev du verset 8 semble, selon un procédé grammatical fréquent chez l'Apôtre, avoir le sens causal, celui de Vhiphil hébreu : « Dieu a fait surabonder ». Nous devons nous borner à regret, non sans avoir invité le lecteur à ne rien négliger de ces formules si pleines : elles sont riches de la plus saine et de la plus haute théologie ; la vie surnaturelle nous y est décrite comme ramenée toute à notre communion à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Etre chrétien, pour l'Apôtre, c'est par le baptême et la grâce de la filiation divine, être au Fils de Dieu, communier à sa pensée, à ses vouloirs, à ses affections, à son activité : penser comme lui, vouloir comme lui, aimer comme lui, agir selon lui.

9 Ut notam faceret nobis sacramentum voluntatis suae, secundum beneplacitum ejus, quod proposait in eo, lo in dispensatione plenitudinis temporum, instaurare omnia in Christo, quae in caelis, et quae in terra sunt, in ipso : n In quo etiam et nos sorte vocati sumus praedestinati secundum propositum ejus, qui operatur omnia secundum consilium vo-

l'universelle rénovation 81

luntatis suae : 12 ut simus in laudem gloriae ejus nos, qui ante speravimus in Christo : is in quo et vos, cum aadissetis verbum veritatis, (Évangelium salutis vestrae) in quo et credentes signati estis Spiritu promissionis sancto, i4 qui est pignus hereditatis nostrae, in redemptionem acquisitionis, in laudem gloriae ipsius.

De 5 jusqu'à 9 l'Apôtre nous a montré l'ordre de l'intention divine et comment nous avons été bénis dès l'éternité. A partir de 9, nous voyons la disposition éternelle s'exécuter dans le temps. Dans l'épître aux Romains, (chap. VIII, 30), des cinq actes en qui se résume la providence surnaturelle, deux, l'élection et la prédestination, appartiennent à l'éternité; deux au temps, la vocation et la justification ; le cinquième appartient, comme fruit du temps, à l'éternité. La même pensée règne ici. Dieu qui, dès l'éternité, nous a prédestinés en son Fils, nous a fait connaître, dans le temps, le dessein tout gracieux de sa volonté, dessein caché jusque là ; sans cette révélation, l'Incarnation, la venue du Seigneur et sa mission, le Calvaire, tout cela ne nous eût été qu'un météore incompris, la lueur d'un instant. Ce dessein de Dieu, tout entier concerté dans sa bienveillance, inspiré par la complaisance éternelle qu'il prend en son Fils (év auxù désigne îe Christ), c'est le même dessein dont le Seigneur lui-même, au chapitre XVII de saint Jean, demande à son Père qu'il s'accomplisse. Dieu s'est promis, dans la succession des temps, de recueillir et de renouveler dans le Christ toutes choses, celles qui sont sur la terre, celles qui sont au. ciel.

Nous devons nous arrêter pendant quelques instants devant cette parole, qui nous dessine toute la pensée de Dieu. Ce dessein est éternel, il est bienveillant, il est essentiellement gracieux, il est ordonné à la gloire de Dieu, à l'honneur de son Fils. Il n'a pas été révélé tout d'abord : Dieu sait attendre les heures et les opportunités ; mais ce secret devait être connu enfin. Lorsque Dieu ordonne un être intelligent à une fin que cet être doit obtenir par des actes venant de lui, il

faut bien que celui-ci connaisse et cette fin même, et les moyens d'y parvenir. De plus nous sommes en Adam sans l'avoir voulu, nous n'entrons en Notre-Seigneur Jésus-Christ <]|ue par un acte de volonté. Dieu nous demande : « Voulezvous appartenir à mon Fils ? » Il faut dès lors que le mystère du Christ nous soit révélé, pour nous rendre possible l'acte de foi primitif qui nous attache à lui. A qui Dieu a-t-il révélé ce mystère ? Sans doute à tous les chrétiens, mais premièrement pour qu'il y eût des chrétiens, aux Apôtres, à l'Apôtre saint Paul plus qu'à tout autre (III, 8).

Ce mystère du Christ consiste en une édition nouvelle des personnes et des choses, où Dieu veut résumer, récapituler, ramener à son principe, à l'unité, à la paix toute la première création, disjointe et déconcertée par la faute d'origine. L'z/zs/awrar^ omnia in Christo ne rend qu'incomplètement l'expression extraordinaire de l'original : âvaxetBaAauôffairOa!. Ta TîàvTa év tw XpiorTcô. La création tout entière, suivant son chef, s'en est allée loin de Dieu, Dieu veut la ramener toute à lui, et dans ce dessein, il la ramasse et la recueille en un second Adam. Comme toutes les prétentions jalouses et étroites du mosaïsme, -comme toutes les conceptions prétendument religieuses de l'heure présente sont donc loin de ce point de vue de l'Apôtre, la véritable philosophie divine de l'histoire !

Oui, c'est la création tout entière qui est comprise dans le dessein de Dieu. L'Eglise nous dit en la veille de Noël : Mundum volens adventu sua consecrare. Saint Jean nous a appris qu'il y aura un jour l'achèvement de l'œuvre surnaturelle, une rénovation et une vraie rédemption de la création matérielle elle-même (Apoc, XXI, 1), et celle-ci ne l'ignore pas (Rom., VIII, 19-22). Les Anges se ressentiront aussi de cette révolution : ils auront pour chef un homme- Dieu, et c'est par lui qu'ils loueront Dieu. Les vides de leurs rangs seront comblés. Néanmoins c'est la famille humaine qui ressentira la première et le plus largement le bénéfice de la pensée divine. Après avoir été, par la continuité de la génération charnelle, recueillie et comme condensée en Adam, elle

l'œuvre de dieu dans les âmes 83

aura désormais pour chef et pour auteur de sa vie nouvelle le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Car c'est en lui, poursuit l'admirable doxologie, v. 11, que nous, les apôtres, nous avons été mis à part et assignés à lui ( éxXr.pwQTîusv ), comme vous les Gentils dans la suite (in quo et vos, 13). Quand se divisait un héritage chez les Juifs, on commençait par créer des portions, des lots ; après quoi le sort désignait ceux à qui ils devaient échoir. Il ne faut, dans l'expression grecque, et en dépit de la traduction latine, voir ici que l'idée de mise à part, en écartant la désignation faite par le sort et à l'aveugle. C'est en effet par la volonté clairvoyante de Dieu que les apôtres ont été assignés au Christ par une prédestination et un conseil tout gracieux. Et ne me dites pas que cette appartenance au Christ, soit des apôtres, soit des chrétiens, n'est dès lors qu'une fiction juridique, une simple dénomination extérieure, un rapport tout idéal. Ce serait tout méconnaître. La pensée et la volonté de Dieu font la réalité des choses et la réalité de leurs relations ; cela seul est, à quoi Dieu donne l'être, puisqu'il est la cause universelle ; et les événements eux-mêmes qui dans le temps insèrent notre vie dans la vie du Seigneur, ne sont que les effets de cette causalité éminente, la réalisation dans le temps, l'accomplissement docile du dessein de Dieu. Aussi saint Paul, au souvenir peut-être du chemin de Damas et de l'action souveraine qu'il a subie, reconnaît-il que les apôtres et lui-même ont été mis à part, en conformité avec le programme de celui qui accomplit toute chose selon le dessein de sa volonté.

Le mystère du Christ est dessiné par l'Apôtre saint Paul dans les deux premiers chapitres de la lettre aux Ephésiens comme l'expression la plus haute de la puissance de Dieu. La création semble en comparaison peu de chose : le néant est si docile ! Les rédemptions variées qui se sont accomplies au cours de l'histoire ancienne, in manu forti, in brachio extento, in signis atque portentis, ne sont pas non plus à la taille de cette rédemption nouvelle. Dans le monde matériel Dieu ne rencontre nulle résistance avec qui il doive compter ;

la création n'est que souplesse en ses mains : Ordinatione tua persévérât dies, quoniam omnia serviunt tibi. Seule l'âme est rebelle, l'homme conteste, résiste, se défend. Dieu doit faire le siège des volontés, traiter avec leurs inerties, leurs mobilités, leurs délais, leurs atermoiements, leurs révoltes, leurs indélicatesses : triompher d'une âme est chose ardue, que sera-ce, mon Dieu, lorsqu'il vous faudra grouper dans une même loi, dans une même vie, toute cette masse incohérente et divisée qui s'appelle l'humanité ? L'œuvre ne semble pas effrayer l'Apôtre : il dit de Dieu qu'il accomplit toutes choses selon le dessein de sa volonté, avec une souveraineté glorieuse et par l'usage des moyens qui sont à lui, sans consentir même, nous le savons déjà (I Cor., I, 26-30), à solliciter l'aide et l'appui d'aucune force humaine, sagesse, éloquence, ou pouvoir. C'est aussi par l'exercice de cette puissance souveraine, pour qui rien n'est obstacle, qu'ont été acquis à Dieu, à son dessein et à la louange de sa gloire, ses premiers trophées, les Apôtres, les premiers-nés de l'Eglise, ceux qui les premiers ont cru et espéré dans le Christ ; comme c'est dans le même Christ et par le même moyen tout-puissant que vous tous, fidèles de l'Asie Mineure, avez été acquis à Dieu à votre tour.

L'Apôtre leur rappelle toute la genèse de leur conversion. 11 n'a pas été besoin, pour les ranger à l'obéissance du Rof nouveau, ni de contrainte, ni de bataille sanglante, ni de violence : ces procédés ne sont en usage que dans les royaumes d'ici-bas ; il leur a suffi, à eux, d'entendre la voix de îa vérité, la parole évangélique qui est la vertu de Dieu s'employant pour leur salut (Rom., I, 16) ; ils ont cru et ont été dans le Christ marqués du sceau de l'Esprit de Dieu.

L'Esprit de Dieu est deux fois l'Esprit du Verbe : parce qu'il procède de lui, et parce que la vie du Verbe incarné a été toute guidée par lui (Isai., XI, 1-3 ; Matth., IV, 1 ; XII, 18). C'est dans le Seigneur que nous recevons l'Esprit de Dieu, le sceau de l'Esprit de Dieu, le sceau de l'Esprit sur notre âme : doctrine familière à l'Apôtre (I Cor., VI, 19; II Cor., I, 21, 22; V, 5 ; Rom., VIII, 23-28). L'Esprit de Dieu que nous rece-

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vons dans le Christ, en qui il a habité en sa plénitude, est fidèle à sa fonction hypostatique, et fait en nous quelque chose d'analogue à ce qu'il fait dans la Trinité : car, s'il est sceau, et s'il est gage, il est aussi lien.

Il est sceau : et la nature individuelle marquée de lui est dès lors déclarée appartenir à Dieu, soustraite à l'ordre profane, intérieurement consacrée, réservée à Dieu.

Il est gage, et un titre à la possession de Dieu, L' âppaSwv était, dans les transactions juives, grecques, ou latines, une sorte d'à-compte sur le paiement total futur, une garantie contre toute chance de dédit, une soulte dont le montant était perdu pour celui qui retirait sa parole ; l'Esprit de Dieu est ainsi en nous notre titre à Dieu, l'assurance intérieure que nous sommes fils et héritiers : Ipse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro quod sumus filii Dei (Rom., VIII, 16).

Il est lien, comme dans la Trinité : il est le nexus qui nous unit à Notre-Seigneur Jésus-Christ, poursuivant entre le Seigneur et nous la même fonction personnelle qu'il remplit dans la Trinité entre le Père et le Fils ; assurant ainsi avec la louange rendue à Dieu pour sa gloire, le salut de tout ce que Dieu a acheté au prix de son sang. La phrase qui s'achève avec le v. 14 contient toute la pensée de l'épître, et nous montre intéressés à l'œuvre divine le Père à qui revient le conseil et dessein premier, le Fils qui est le moyen, le Saint- Esprit qui est le sceau de notre union à Notre-Seigneur Jésus- Christ et le moteur de notre vie surnaturelle.

Malgré quelques allusions inévitables au créé, l'Eglise, dont le nom n'est pas prononcé encore, cette humanité nouvelle n'a été décrite jusqu'ici que dans ses relations avec le Père et son conseil éternel et gracieux ; avec le Fils, qui est le moyen de Dieu ; avec l'Esprit, qui est le terme de l'œuvre divine : Quicumque enim Spiritu Dei aguntur ii sunt filii Dei (Rom., VIII, 14).

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