LES BIENS DE LA VOCATION CHRÉTIENNE
15 Propterea et ego audiens fidem vestram, quae est in Domino Jesu, et dilectionem in omnes sanctos, i6 non cesso gratiâs agens pro vobis, memoriam vestri faciens in orationibus meis : ^"^ ut Deus, Domini nostri Jesu Christi Pater gloriae, det vobis spiritum sapientiae et revelationis, in agnitione ejus : 18 illuminatos oculos cordis vestri, ut sciatis quae sit spes vocationis ejus, et quae divitiae gloriae hereditatis ejus in sanctis ; i9 et quae sit supereminens magnitudo virtutis ejus in nos, qui credimus secundum operationem potentiae virtutis ejus, 20 quam operatus est in Christo, suscitons illum a mortuis, et constituens ad dexteram suam in caelestibus : 21 supra omnem principatum et potestatem, et virtutem, et dominationem, et omne nomen, quod nominatur non solum in hoc saeculo, sed etiam in futuro. 22 Et omnia subjecit sub pedibus ejus : et ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam, 23 quae est corpus ipsius, et plenitudo ejus, qui omnia in omnibus adimpletur.
Un ensemble de pensées nouveau comprend depuis I, 15, jusqu'à II, 10. Il est vrai, nous l'avons vu, que le mystère du Christ a une portée universelle, qu'il embrasse toute la création et que le Verbe de Dieu s'est par son Incarnation placé au centre des choses, afin de rayonner sur tout l'ensemble. Il est devenu le chef et la tête de toute la création renouvelée et, en lui, ramenée à son principe ; pourtant la situation de la famille humaine est privilégiée : Nusquam enim Angelos apprehendit, sed semen Abrahae apprehendit (Hebr., II, 16), et déjà on nous a dit comment le fruit du dessein éternel de Dieu a été d'amener à lui les premiers trophées de la souveraineté de Dieu, les apôtres ; puis, à leur suite, grâce à la prédication et à la foi, tout le reste de l'Israël de Dieu.
Il reste néanmoins quelque chose à faire, et dans la pensée de l'Apôtre ce quelque chose à créer au cœur des fidèles, c'est une conscience éclairée de ce qu'est le chrétien et du
milieu vivant où l'a porté la main de Dieu. Une conviction forte le garantira tout à la fois et de l'invasion des doctrines rivales, et du retour des anciennes faiblesses. J'ai appris votre foi dans le Christ Jésus, dit l'Apôtre ; (ce qui implique bien que l'épître ne s'adresse pas aux seuls Ephésiens : ce n'est pas sur des ouï-dire qu'il eût parlé d'une Eglise qu'il avait formée lui-même, et quittée depuis peu de temps). Ainsi avant même d'avoir reçu le grand enseignement que contient l'épître, les fidèles en réalisent déjà la pensée, par la charité qu'ils nourrissent pour tous leurs frères. Déjà ils se sentent un en Jésus-Christ. Aussi à ce premier tribut de reconnaissance donné à Dieu dans la doxologie que nous venons de lire (I, 3-15), l'Apôtre ajoute une expression nouvelle de gratitude : elle lui est inspirée par la foi et la charité des fidèles dont le témoignage est venu jusqu'à lui.
Nous l'avons dit, pour achever l'œuvre commencée, pour' défendre l'âme contre toute infiltration de doctrine humaine, rien n'est aussi efficace que de connaître bien la pensée divine qui se réalise en nous. La doctrine est souveraine, dit Platon ; elle n'a qu'un tort, c'est d'être ignorée. Et la prière de l'Apôtre s'élève sans cesse vers Dieu, afin que les fidèles, Ephésiens et autres, sachent bien ce qu'ils sont. Il implore pour eux auprès du Dieu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, (non plus seulement du Dieu d'Abraham), auprès du Dieu de la gloire, du Père, tel que le Fils nous l'a révélé, l'achèvement de leur illumination surnaturelle et la pleine conscience de leur foi. La doctrine de l'Evangile porte en elle-même son autorité : elle vient de Dieu ; son efficacité : elle sème partout le bien, la vertu, la paix ; mais aussi sa beauté : ceux qui l'ont bien reconnue ne s'en détournent plus jamais. Elle est souveraine dès lors. Et saint Paul ne demande à Dieu, pour conduire les fidèles à la plénitude de la vie surnaturelle, que la grâce de bien voir, et l'effusion en eux de l'Esprit de sagesse qui les fera pénétrer le mystère de Dieu, la lumière inondant les yeux de leur cœur. Mais pourquoi l'Apôtre réclame-t-il si impérieusement l'exercice de notre intelligence surnaturelle,.
sinon parce qu'il veut que par l'assiduité de la pensée et du regard, la foi prenne en nous un caractère souverain, victorieux, expérimental : revelata facie gloriam Domini spéculantes, in eamdem imaginem transformamur (II Cor., III, 18). Et que nous enseignera cette contemplation assidue de l'œuvre divine ? Elle nous fera bien connaître Dieu ; non pas comme la froide conclusion d'un bon raisonnement, mais d'une façon intime, et affectueuse. Mais encore ? Elle nous révélera à quelle espérance nous sommes appelés par la vocation qui nous vient de lui ; elle nous apprendra quelle est la lichesse unique de l'héritage que, grâce à lui, nous partagerons dans l'éternité avec les saints ; elle nous fera mesurer l'incomparable grandeur de la puissance déployée par lui, er de la souveraineté qu'il a exercée en nous tous qui croyons. On le voit, c'est l'idée du Père céleste qui est toujours dominante ; et c'est de la source incréée et première qu'il est surtout parlé. On le voit aussi, les indications de l'Apôtrs demeurent générales et abstraites, parce qu'il se réserve de s'expliquer ensuite davantage. Car on pourrait lui dire : Toutes vos assertions, toutes vos admirations sont relatives à des éléments invisibles ou futurs : notre espérance, notre héritage, la souveraineté de Dieu, tout cela est d'ordre inaperçu ; il n'y a rien à quoi notre pensée puisse se prendre et s'attacher. — Non, répond l'Apôtre, non : tout ce que Dieu nous promet n'appartient pas à l'invisible, et nous avons dans le Christ un emblème vivant, la garantie et l'exemplaire de ce que Dieu veut faire en chacun de nous. Cette même puissance souveraine qui s'emploie dans le temps à nous appeler, à nous procurer l'héritage éternel, nous a donné premièrement sa mesure dans le Christ. Voyez à quelle profondeur elle est allée le prendre lui, homme comme nous : du tombeau, où il était renfermé, elle l'a fait monter et s'asseoir sur le trône de Dieu, au plus haut du Ciel, au-dessus de toute puissance, de toute domination, de tout pouvoir, de toute seigneurie, au-dessus de tout ce qui a un nom dans le siècle j)résent, de tout ce qui aura un nom dans le siècle futur. Il ne