FUSION DANS LE CHRIST
4 Deus autem, qui dives est in misericordia, propter nimiam charitatem suam, qua dilexit nos, s et cum essemus mortiii peccatis, convivificavit nos In Christo, (cujus gratta estis salvati) 6 et conresuscitavit, et consedere fecit in caelestibus in Christo Jesu : 7 ut ostenderet in saeculis supervenieniïbus abundantes divitias gratiae suae in bonitate super nos in Christo Jesu. s Gratia enim estis salvati per fidem, et hoc non ex vobis : Dei enim donum est, 9 non ex operibus, ut ne quis glorietur. lo Ipsius enim sumus factura, creati in CHristo Jesu in operibus bonis, quae praeparavit Deus ut in illis ambulemus.
Dieu qui est riche en miséricorde nous a aimés avec excès. L'Eglise lui parle ainsi : Deus, qui omnipoteniiani tuam parcendo maxime et miserando manifestas ! Il est trop vrai, nous l'avons remarqué déjà, que si la propriété caractéristique du Seigneur est l'indépendance absolue et, comme disent les théologiens, l'aséité ; la miséricorde qui aime parce qu'elle veut aimer, et sans motif dans l'aimé, n'est encore que l'aséité de la tendresse, puisqu'elle s'incline sans autre motif qu'ellemême. Nous sommes vraiment dans un monde divin, et Dieu est à ce point riche de tendresse qu'il cherche où elle peut le mieux déborder.
Nous étions morts, mais Dieu, en sa prédestination, nous a attribués à son Fils et faits un avec lui, et avec lui dès lors il nous a ressuscites, par un vouloir tout gracieux ; avec lui il nous a réveillés du sein des morts ; avec lui et en lui il nous a fait asseoir au plus haut des cieux. C'est la constante doctrine de l'Apôtre que les mystères de Notre-Seigneur ne concernent pas que lui ; que le Verbe Incarné n'est point mort, ressuscité, monté aux cieux pour son compte seulement ; que sa mort, sa résurrection, son ascension se reproduisent en nous et que, à raison de notre union à lui, toute sa vie retentit en nous.
Nous avons vu au chapitre XV de la Première aux Corinthiens à quel point il y a cause commune entre lui et nous.
Nous sommes en lui virtuellement morts, virtuellement ressuscites, virtuellement placés auprès de Dieu : nostra conversatio in caelis est. Nous ne tarderons pas à voir dans le cha» pitre III de l'épître aux Colossiens combien cette pensée est constante chez l'Apôtre: même, pour lui, c'est chose faite: l'expression des verbes est au passé ; les actes de ces verbes impliquant notre union au Seigneur, convivificavit, conresuscitavit, consedere fecit, estis salvati, appartiennent à un ordre de faits accomplis dès maintenant. Ah ! sans doute, ce bienfait n'est pas inamissible, et nous vivons sur terre avec cette misérable faculté d'y renoncer : il reste néanmoins que, dans la pensée de l'Apôtre, le trésor du salut est, dès l'heure présente, constitué en nous, que la substance de la vie éternelle nous a été donnée, que nous avons à la cultiver et à la garder, non à la conquérir. Des affirmations antérieures nous ont préparés à cette doctrine : elle est tout entière déjà dans l'épître aux Romains" et s'exprime dans la glorieuse formule : Qui enim mortui sumus peccato, quomodo adhuc vivemus in illo ? (Rom., VI, 2). Saint Jean nous dira de son côté : Omnis qui natus est ex Deo, non peccat, quoniam semen ipsius in eo manet ; et non potest peccare, quoniam ex Deo natus est (I Joan., III, 9).
Une fois de plus il nous est montré que Dieu, en tout ce mystère du Christ, travaille pour sa gloire et après avoir traduit sa puissance dans la création, ne veut, en cette création nouvelle, que le triomphe de sa bonté. Dieu n'agit que pour se traduire et se montrer. Au fond, la création et le temps, l'Incarnation, la Rédemption, l'éternité ne sont que théophanies. Dieu s'est complu dans ses œuvres. Mais tout le mystère du Christ, noué dans le temps, et qui se consommera dans l'éternité, n'a été concerté de Dieu que pour montrer aux siècles futurs, aux siècles de l'éternité, les trésors de tendresse que sa bonté infinie a versés sur l'humanité dans le Christ Jésus. Notre oraison de l'éternité aura cette matière inépuisable : la bonté et l'amour de notre Dieu. Car Dieu y a mis une sorte d'affectation jalouse ; il n'y a que lui partout dans
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cette vie surnaturelle que nous puisons aux sources du Christ. Ah ! comme le mosaïsme est loin ! Ce ne sont pas nos œuvres, qui nous ont valu notre grâce d'aujourd'hui : tout nous est de lui : le premier moment de la foi, le dernier moment de la persévérance, et entre les deux toutes les heures de fidélité, qui ne sont telles que parce qu'elles sont docilité et souplesse, parce que notre activité est toute baignée et guidée par l'influence de l'Esprit.
On voit le sens emphatique de VIpsias au commencement du v. 10. Nous ne sommes, en cet ordre, l'œuvre que de Dieu seul : il n'y a eu de notre côté, ni titre, ni raison, ni motif de cette grandeur surnaturelle où nous sommes élevés ; nos œuvres d'autrefois ne la méritaient pas, elles l'excluaient plutôt. Cherchez bien ; il n'y a en tout ceci que grâce, que bonté, que bienveillance, qu'excès de charité, que tendresse sans autre motif que la tendresse même. Comme il a été dit déjà en l'épître aux Galates (VI, 15), nous avons été créés une seconde fois en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et en quelquesorte réédités en lui ; non à raison de nos œuvres, mais afin de produire désormais les œuvres nouvelles que Dieu attend de nous, auxquelles il nous incline, et qui sont en nous le fruit de cette vie du Seigneur qu'il nous a donnée.
Reprenons tout ce grand ensemble. L'Apôtre a souhaité à nos cœurs des yeux éclairés et attentifs (I, 18), afin de reconnaître à l'œuvre l'amour souverain de notre Dieu. Cet amour s'est exercé premièrement dans la nature humaine du Christ qu'il a retirée de la mort pour l'élever jusqu'à son trône, au-dessus de tout ; — il s'est exercé ensuite dans l'humanité pécheresse qu'il a retirée de la mort du péché, animée de la vie du Christ, ramenée à son unité première, et renouvelée à ce point que toutes les divisions et distinctions d'autrefois sont abolies aujourd'hui (Gai., III, 27, 28. Col., III, 11). Depuis II, 11, jusqu'à III, l'Apôtre maintient la pensée des fidèles, Ephésiens et autres, attentive à cette restitution surnaturelle de l'unité humaine en Notre-Seigneur Jésus-Christ.