L'UNION DE TOUS EN JÉSUS-CHRIST
11 Pr Opter quod memores estote, quod aliquando vos Gentes in carne, qui dicimini praeputium ab ea, qaae dicitur circumcisio in carne, manu fada : 12 quia erafis illo in tem~ pore sine Christo, alienati a conversatione Israël, et kospites testamentorum, promissionis spem non habentes, et sine Deo in hoc mundo. is Nunc autem in Christo Jesu vos, qui aliquando eratis longe, facti estis prope in sanguine Christi. 14 Ipse enim est pax nostra, qui fecit utraque unum, et médium parietem maceriae solvens, inimicitias in carne sua : is legem mandatorum decretis evacuans, ut duos condat in semetipso in unum novum hominem, faciens pacem, 16 et reconciliet ambos in uno corpore, Deo per crucem, interficiens inimicitias in semetipso. i7 Et veniens evangelizavit pacem vobis, qui longe fuistis, et pacem lis, qui prope : is quoniam per ipsum habemus accessum ambo in uno spiritu ad Patrem.
Le peuple juif dans l'ancien monde et devant Dieu était le peuple privilégié, l'aristocratie religieuse du genre humain. Il le savait, peut-être même le savait-il trop. Depuis des siècles, les scribes et les docteurs de la loi avaient créé autour de ce peuple un cloisonnement orgueilleux où il se maintenait avec quelque hauteur. Même quand il consentait à traiter avec des nations voisines, il laissait percer quelque chose de son dédain : Nos, cum nullo horum indigeremus, habentes solatio sanctos libros, qui sunt in manibus nostris, écrivait Jonathas aux gens de Sparte (I Mach., XII, 9). Toute la vie de l'Apôtre, ses luttes, sa prédication, ont eu pour dessein de substituer à cette division profonde entre Juifs et Gentils l'unité parfaite, corollaire de la Rédemption : toute la famille humaine ne faisant plus qu'un dans le Christ.
Les communautés chrétiennes à qui s'adresse saint Paul sont en grande partie formées de Gentils convertis. Afin de vous encourager au bien, afin de mesurer en vous-mêmes l'étendue de l'œuvre divine, vous vous rappellerez, leur dit-il,
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ce que vous étiez et ce que vous êtes aujourd'hui. Hier, vous étiez la nation impure ; et de l'autre côté de la muraille, la race qui portait en sa chair la circoncision matérielle et faite de main d'homme, vous regardait comme souillure, comme une sorte de bétail humain. Alors n'appartenant pas au Christ, étrangers à la condition religieuse du peuple juif, et au régime de leur théocratie, forclos de l'alliance et de la promesse qui en était le fruit, vous étiez sans Dieu dans le présent, sans espérance dans l'avenir. On le voit, l'Apôtre reprend une fois de plus les deux termes extrêmes qui mesurent dans leur opposition l'étendue de l'œuvre divine. Isaïe avait placé sur les lèvres du Seigneur cette antique promesse : Creavi fructum labiorum pacem, ei qui longe est, et qui prope, dicit Dominus, et sanavi eum (Isai., LVII, 19). Elle va être commentée par l'Apôtre et appliquée à la situation présente.
Maintenant, poursuit-il, dans le Seigneur, c'est-à-dire grâce à son intervention, et grâce à la communion avec lui, vous qui étiez loin, étrangers, maintenus hors du temple et à distance de Dieu par les interdictions et les barrières, vous êtes devenus les proches, les amis, les intimes de Dieu, et ce, par le sang du Christ.
Les rivalités nationales sont jalouses et profondes ; les rivalités religieuses le sont bien plus encore, et là où il y avait une frontière, créent un abîme. Les âmes ne se rejoignent plus : elles s'éloignent les unes des autres par le seul point qui les puisse réunir et maintenir dans l'unité. C'est l'effrayant péril créé par l'hérésie. Il y aura un cercle de l'enfer pour ceux qui déchirent l'unité, et séparent les âmes. Le péché a isolé l'homme d'avec Dieu : c'a été son œuvre première ; puis l'humanité n'étant plus gouvernée que par l'égoïsme, s'est divisée contre elle-même, et l'homme est devenu l'ennemi de l'homme. Ensuite les égoïsmes se sont associés : on s'est mis à haïr en commun, et les nations sont devenues les ennemies des nations. La marche est fatale. Toutes les barbaries, tous les despotismes, toutes les servitudes sont nés de là. Aux jours de la Rédemption et en dépit de l'opposition juive, l'unité hu-
maine fut restituée par le Seigneur, par son sang. L'Apôtre en a si vivement conscience qu'il le dit deux fois en ce seul verset 13 : in Christo Jesa, in sanguine Christi. Telle a été l'efficacité du sang du Christ. L'Ancien Testament l'avait pressentie : le sang de l'Agneau pascal défendait contre l'ange exterminateur (Exod., XII, 13) ; le sang de la victime était aux mains du Pontife lorsqu'il entrait dans le saint des saints (Lev., XVI, 15 ; Hebr., IX, 7, 13), et, outre les sacrifices pro peccato, le sang était versé lorsqu'une alliance était conclue (Gen., XV, 17 ; Exod., XXIV, 8 ; Hebr., IX, 15-24). Tout traité en effet était scellé par un sacrifice, et le Nouveau Testament ne se dérobe pas à cette loi : hic calix novum testamentum est in meo sanguine (I Cor., XI, 25).
En effet, dit l'Apôtre en poursuivant le commentaire des paroles d'Isaïe, citées plus haut, le Christ est notre paix. Son sang est auteur de réconciliation avec Dieu, et dès lors, par voie de conséquence, auteur d'union et de réconciliation entre les deux portions de l'humanité, divisées jusque là. Il a rejoint ensemble les deux tronçons, il les a ramenés à leur unité originelle. Le Temple de Jérusalem était un emblème. Autour de l'enceinte sacrée régnait une muraille solide, barrière infranchissable à la gentilité. Ce n'est pas que Dieu fût contenu dans le Temple, puisque Dieu est infini ; mais le Temple était le seul lieu au monde où se manifestât sa présence, sa puissance, sa bonté. Ni la gentilité n'allait à Dieu,, ni Dieu ne se répandait sur la gentilité. En même temps que le Temple était emblème des conditions de Fhumanité, il était aussi un symbole expressif du Seigneur luir-même, qui en saint Jean (II, 21) a parlé de son corps comme du vrai Temple. La muraille de séparation était une barrière : elle était une digue aussi. Dès que cette muraille fut renversée par le Seigneur, le Temple ébranlé, le voile du Temple déchiré du haut en bas ; la barrière qui séparait les deux peuples tomba d'elle-même, et les trésors de sainteté qui étaient contenus dans le Temple se répandirent sur le monde quasi aquae maris operientes. Les deux peuples sont groupés maintenant
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dans l'étreinte d'une même vie divine, car avec le sang du Christ, c'est sa vie qui coule sur le monde. Désormais, plus de barrières, plus de divisions, plus de haines ; la seule charité, plénitude de la loi, règne à la place de la loi mosaïque, toute conçue en préceptes et en interdictions sévères, et aujourd'hui annulée. Des deux portions disjointes de l'humanité le Seigneur n'a fait en lui qu'un seul peuple, disons mieux un seul homme, le nouvel Adam, n'ayant qu'une seule vie, la vie nouvelle qui lui vient des sources du Sauveur, recueilli tout entier dans la paix et dans l'unité d'un même esprit. Les bras de la croix étendus à droite et à gauche appellent dans un même embrassement divin les nations du monde entier, réconciliées entre elles parce que réconciliées avec Dieu. Ainsi la pensée divine s'achève dans l'effacement de toute division, en l'unité des peuples dans le Christ ; le dessein de Dieu arrive à son terme prédestiné : que dans le Christ et pour le Christ, qui est Dieu, Dieu soit tout en tous.
Encore fallait-il que cette nouvelle fût portée au monde, puisque l'humanité appelée à entrer dans la famille de Dieu devait accueillir cet honneur, et y conformer sa vie. Alors il est venu, soit en sa personne, soit en la personne de ses Apôtres apporter ce message de la paix divine à vous les Gentils, qui étiez loin : à ceux aussi qui étaient proches et que leur histoire nationale et religieuse préparait à cette révélation : à savoir que c'est par lui, et dans l'unité de son Esprit que nous avons tous, Juifs et Gentils, accès auprès du Père céleste et qu'aujourd'hui le saint des saints est ouvert à toute l'humanité.
19 Ergo jam non estis hospites, et advenae : sed estis cives sanctorum et domestici Dei : 20 superaedificati super fundamentum Apostoloriim, et Prophetarum, ipso summo angulari lapide Christo Jesu : 21 in quo omnis aedificatio constructa crescit in templum sanctum in Domino, 22 in quo et vos coaedificamini in habitaculum Dei in Spiritu.
Les quatre derniers versets contiennent la conclusion de tout ce premier ensemble de l'épître, I-II. L'Apôtre relève, aux yeux des Gentils à qui il s'adresse de préférence, la grandeur de leur vocation. Ils sont maintenant, non seulement le peuple de Dieu, mais le peuple des fils de Dieu ; car en Notre-Seigneur Jésus-Christ ils sont désormais de la famille de Dieu même. Autrefois ils ne pouvaient se réclamer de personne, ils étaient vraiment sans Dieu en ce monde. Aujourd'hui ils ne sont plus les étrangers que Ton tient à distance, ou qui n'ont dans le pays qu'un séjour de fait, sans en posséder les privilèges et les droits ; ils ne sont point des hôtes à qui on ne donne au foyer de la famille qu'un accès et un accueil d'un instant ; ils sont les concitoyens des saints, ou mieux encore, ils sont ensemble les citoyens d'un sanctuaire céleste (Tactyia), ils sont les familiers et les proches de Dieu, ils ont dans leurs veines le sang de son Fils.
Il est dit dans l'Apocalypse (XXI, 22) que dans le ciel il n'y a pas de temple, parce que le temple c'est Dieu même et l'Agneau. Il faut donc qu'il y ait entre Dieu et nous, entre nous et Dieu, une sorte d'inhabitation et d'inexistence mutuelle comme celle des Personnes divines entre elles ; car si Dieu est notre temple, il se trouve aussi que nous sommes le temple de Dieu, où s'offre à Dieu ce qu'il aime, l'adoration en- esprit et en vérité. Le fondement de ce temple, ce sont les Apôtres et les Prophètes, les prédicateurs authentiques de la doctrine évangélique, de qui nous avons reçu la vérité surnaturelle accueillie par nous. La pierre d'angle, autrefois écartée par les architectes, mais que le Seigneur a posée souverainement en Sion, non seulement pour soutenir l'édifice tout entier, mais pour réunir, en sa qualité de pierre d'angle les deux ailes de l'humanité, l'Ancien et le Nouveau Testament, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. Il n'y aurait pas de temple sans lui. C'est sur lui seul que s'établit, que grandit, que repose le temple où Dieu est adoré. L'Apôtre ne se rassasie pas d'y marquer la place du Seigneur : in quo, in Domino, in quo. C'est un temple formé de pierres vivantes.