‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 41 sur 663 · LA VISION DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

LA VISION DE SAINT PIERRE

9 Postera autem die, iter illis facientibus, et appropinquantibus civitati, ascendit Petrus in superiora ut oraret circahoram sextam. lo Et cum esuriret, volait gustare. Paraniibus autem illis, cecidit super eum mentis excessus ; ^"^ et vidit\ caeïum apertum, et descendens vas quoddam, velut linteum magnum, quatuor initiis submitti de caelo in terram, 12 in quo erant omnia quadrupedia, et serpentia terrae, et volatilia caeli. 13 Et facta est vox ad eum : Surge, Petre, occide, et manducà. i4 Ait autem Petrus : Absit, Domine, quia nunquam manducavi omne commune, et immundum. is Et vox iterum secundo ad eum : Quod Deus purificavit, tu commune ne dixeris. 16 Hoc autem factum est per ter : et statim receptum est vas in caelum. i7 Et dum intra se haesitaret Petrus quidnam esset visio, quam vidisset : ecce viri, qui missi erant a Cornelio, inquirentes domum Simonis, astiterunt ad januam. ^^ Et cum vocassent, interrogabant, si Simon, qui cognominatur Petrus, illic haberet hospitium. i9 Petro autem cogitante de visione, dixit Spiritus ei : Ecce viri très quaerunt te.. 20 Surge itaque, descende, et vade cum eis nihil dubitans r quia ego misi illos. 21 Descendens autem Petrus ad viros dixit : Ecce, ego sum, quem quaeritis : quae causa est, propter quam venistis ? 22 Qui dixerunt : Cornélius centurio, vir justus, et timens Deum, et testimonium habens ab universa gente Judaeorum, responsum accepit ab Angelo sancto accersire te in domum suam, et audire verba abs te. 23 Jntroducens: ergo eos, recepit hospitio.

Ayant ainsi parlé l'ange se retira. Corneille appela deux hommes de sa maison, et avec eux un soldat craignant Dieu, leur dit sa vision, les envoya à Joppé. Joppé est à une petite journée de marche de Césarée. Le lendemain, ils approchaient de la ville, lorsque Pierre étant monté, vers la sixième heure de la journée, sur la plate-forme de la maison pour prier, fut averti et préparé par une vision symbolique. C'était l'heure de midi, l'heure du premier repas : il ressentit la faim. Et pendant que le repas se préparait, il fut ravi en esprit, et l'extase sembla se nouer à ce désir de nourriture qu'il venait de ressentir. Il vit le ciel s'ouvrir devant lui, et de ses profondeurs, sortir un vaste récipient sous la forme d'un voile de lin, attaché par ses quatre angles, qui descendit sur la terre. Il contenait les animaux de la création, les quadrupèdes, les reptiles, les oiseaux du ciel. Une voix s'adressa à Pierre : « Lève-toi, tue et mange. » Pierre répondit : « Non, Seigneur ; jamais je n'ai mangé de viande souillée et impure.» La voix reprit : « N'appelle pas souillé ce que Dieiï a purifié. »

Cette distinction de viandes pures et impures est ancienne, nous la trouvons impliquée déjà dans le récit du déluge ; et peut-être, cette distinction première n'était-elle que relative aux sacrifices, avec le dessein de désigner les victirfies que l'on pouvait offrir à Dieu. Mais la loi du Lévitique (chap. XI) se rapporte aux viandes servies aux repas des Juifs : nous n'avons pas, à l'heure présente, le loisir de rechercher le motif soit de mortification, soit d'hygiène, ou l'élément symbolique impliqué dans ces prescriptions. Nous avons bien plutôt à écarter l'interprétation qui, dans les animaux purs, verrait les Juifs et, dans les animaux impurs, les Gentils. La vision donnée à saint Pierre a un sens plus étendu: il est avisé sous une forme symbolique que les distinctions anciennes sont. abrogées, et que la création tout entière est ramenée à ses conditions originelles, où Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et les trouva toutes excellemment bonnes. Au moment où saint Pierre allait entrer en contact

avec des Gentils, Dieu voulait d'abord amputer de soh âme tout scrupule judaïque, et le faire renoncer à cet esprit de séparation et d'isolement où il avait jusque-là maintenu son peuple. Les distinctions s'effacent, les divisions s'évanouissent, elles viennent du péché : la famille humaine revient à l'unité primitive. Toute la doctrine de saint Paul est en germe dans cette pensée. De peur que saint Pierre ne se crût le jouet d'un mirage, la vision se renouvela par trois fois, aprè^ quoi le voile de lin remonta au ciel d'où il était venu.

Avoir une vision, c'est peu : ce qui importe, c'est d'en avoir le sens. Le Pharaon n'eût rien tiré du songe qui lui avait montré des vaches grasses et des vaches maigres, si Joseph ne l'y eût aidé. Saint Pierre se demandait aussi ce que signifiaient le voile et les animaux présentés à sa vue, lorsque les événements lui en fournirent l'explication. En effet, à ce moment-là même, les envoyés de Corneille, qui s'étaient enquis de la maison de Simon, arrivés à la porte, s'annonçaient et demandaient si c'était bien là que demeurait Simon, surnommé Pierre. Pierre demeurait toujours occupé de sa vision, lorsque l'Esprit lui dit : « Il y a là des hommes qui vous demandent. Levez-vous, descendez et allez sans scrupule, car c'est moi qui vous les envoie. » Pierre descendit, se présenta : « Je suis, leur dit-il, l'homme que vous demandez : qu'est-ce qui vous amène » ? Et ils répondirent : «Corneille, le centurion, un homme juste et craignant Dieu, estimé de tous les Juifs, a été averti par un bon ange de vous prendre, de vous amener en sa maison, et d'entendre votre parole. » Saint Pierre comprit sur l'heure, les accueillit, leur fit donner le vivre et le couvert : l'ange lui avait recommandé de ne faire nulle difficulté de vivre et de manger avec des Gentils.

Sequenti autem die surgens profectus est cum illis : et quidam ex frafribus ab foppe comitati sunt eum. 2é Altéra autem die introivit Caesaream. Cornélius vero expectabat illos, convocatis cognatis suis, et necessariis amicis. 25 Et factum est cum introisset Petrus, obvias venit ei Cornélius, et proci-

ne ACTES. — CHAPITRE X

dens ad pedes ejus adoravit. '^^ Petrus vero elevavit eum, dicens ': Surge, et ego ipse homo sum. 27 Et loquens cum illo intravit, et invertit multos, qui convenerant ; 28 dixitque ad illos : Vos scitis quomodo abominatum sit viro Judaeo conjungi, aitt accedere ad alienigenam : sed mihi ostendit Deus, neminem communem aut immundum dicere hominem. 29 Propter quod sine dubitatione veni accersitus. Interroge ergo, quam ob causant accersistis me ? 30 Et Cornélius ait : A nudiusquarta die usque ad hanc Horam, orans eram fiora nona in domo mea, et ecce vir stetit ante me in veste candida, et ait : si Corneli, exaudita est oratio tua, et eleemosynae tuae commemoratae sunt in conspectu Dei. 32 Mitte ergo in Joppen et accersi Simonem, qui cognominatur Petrus : hic hospitatur in domo Simonis coriarii juxta mare. 33 Confestim ergo misi ad te : et tu bene fecisti veniendo. Nunc ergo omnes nos in conspectu tuo adsumus audire omnia quaecumque tibi praecepta sunt a Domino.

Le lendemain Pierre prit avec ses visiteurs le chemin de Césarée. Emus par la nouvelle, un certain nombre de fidèles l'accompagnèrent : c'était une petite caravane. Le surlendemain on entrait à Césarée. Corneille avait calculé les distances, compté les jours, et les attendait, ses proches et ses amis intimes groupés autour de lui. '

Il est impossible de méconnaître dans cette variété de détails menus le récit d'un témoin oculaire et intéressé.

A l'arrivée de Pierre, Corneille alla à sa rencontre et tombant à genoux, se prosterna devant lui : saint Pierre le releva : « Levez-vous, lui dit-il, je ne suis qu'un homme comme vous. »

Tout en devisant ensemble, on entra, et Pierre se trouva au milieu de la réunion. La glace fut brisée aussitôt, et par Pierre lui-même. « Vous le savez, leur dit-il, il est irrégulier pour un Juif de se lier à un Gentil et de se mettre en rapport avec lui. Mais le Seigneur m'a enseigné à ne considérer aucun homme comme impur ni souillé. C'est pour cela que

je me suis rendu, sans objection, à votre invitation. Pourquoi in'avez-vous fait venir ? » C'est Corneille qui répondit : « Il y a quatre jours, j'étais en prière, chez moi, à la neuvième heure du jour ; un homme se tint devant moi dans une tunique éclatante et me dit ; « Corneille, vos prières sont entendues, et vos. aumônes ont mérité le regard de Dieu.Envoyez à Joppé, demandez. Simon, qui est appelé Pierre. Il demeure près de la mer, dans la maison de Simon le corroyeur. » J'ai obéi sur-le-champ ; j'ai dépêché vers vous : que vous êtes bon d'être venu ! Vous nous voyez tous tant que nous sommes ici, réunis devant Dieu et prêts à entendre tout ce qui vous a été confié de Dieu. »

34 Aperiens autem Petras os suum, dixit : In veritate comperi quia non est personarum accepter Deus, 3^ sed in omni gente qui timet eum, et operatur justitiam, acceptas est un. 36 Verbum misit Deus filiis Israël, annuncians pacem pèr Jesum Christum : (hic est omrtium Dominas)^ 37 Vos scitis qaod factum est verbum per universam Judaeam : incipiens enim a Galilaea posf baptismum quod prqedicavit foannes, 88 Jesum a Nazareth : qaomodo unxit eum Deus Spiritu sancto, et virtute, qui pertransiit benefaciendo, et sanando omnes oppressas a diabolo, quoniam Deus erat eum illo. 39 Et nos testes sumus omnium, quae fecit in regione fudaeorum, et Jérusalem, quem occiderunt suspendentes in ligno. 4o Hune Deus suscitavit tertia die, et dédit eum manifestum fieri, ^^ non omni populo, sed testibus praeordinatis a Deo, nobis, gui manducavimus, et bibimus eum illo postquam resurrexit a mortuis. 42 Et praecepit nobis praedicare populo, et testijicari quia ipse est, qui constitutus est a Deo judex vivorum, et mortuorum. 43 Huic omnes Prophetae testimonium perhibent remissionem peccatorum accipere per nomen ejus omnes, qui credunt in eum.

Averti par sa vision, par l'invitation de l'ange, et en face de la droiture de ces âmes, Pierre vit clairement la pensée

de Dieu : « En vérité, dit-il, je comprends qu'il n'y a pas chez Dieu acception de personnes, et que, dans toute la famille humaine, tout homme qui craint Dieu et pratique la justice est assuré de trouver accès auprès de lui. Je comprends toute l'étendue de la parole que Dieu a fait parvenir aux enfants d'Israël, lorsqu'il leur a annoncé la paix par Jésus-Christ, la paix avec Dieu, la paix entre les hommes, la famille humaine groupée tout entière sous un seul roi : car Jésus-Christ est le roi de tous. »

C'est la doctrine de saint Paul avant que saint Paul ne la révèle solennellement aux Ephésiens. Les versets 34 à 36 ont visiblement le caractère d'une réflexion que saint Pierre formule pour lui-même, en reconnaissant l'universalité du dessein de Dieu. A proprement parler la prédication commence avec le verset 37.

« Vous n'ignorez pas, dit-il à ce groupe de Gentils au cœur droit, ce qu'a été Jésus de Nazareth, et comment à dater du baptême de Jean, sa doctrine s'est répandue de la Galilée dans toute la Judée. Dieu l'a revêtu de sa force, et oint de son Esprit. Il a passé parmi nous faisant le bien, guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable ; car Dieu était avec lui. Nous rendons témoignage auprès de vous, à tout ce qu'il a fait en Judée et à Jérusalem. On l'a crucifié et mis à mort. Mais Dieu l'a ramené à la vie le troisième jour, et l'a montré vivant, non à tout le peuple, mais à des témoins choisis de Dieu ; à nous, qui avons mangé et bu avec lui, après qu'il fut ressuscité d'entre les morts, lï nous a prescrit de le dire au peuple, et de témoigner qu'il est, de par la volonté de Dieu, le juge des vivants et des morts. C'est de lui que nous ont parlé tous les prophètes, lorsqu'ils nous ont assuré que tout homme qui croira en lui obtiendra le pardon de ses péchés. »

Est-il besoin d'appeler l'attention sur ces paroles si denses et si pleines, sur la mission apostolique définie par le témoignage rendu à Jésus-Christ, sur le procédé de justification offert aux hommes par la foi en Notré-Seigneur Jésus-

Christ ? A chaque pas, nous voyons la parole de saint Pierre devancer la doctrine de saint Paul.

^^ Adhuc loquente Petro verba haec, cecidit Spiritus sanctus super omnes, qui audiebant verbum. 45 Et obstupuerunt ex circumcisione fidèles, qui vénérant cum Petro : quia et in nationes gratia Spiritus sancti effusa est. '^Q Audiebant enim illos toquent es linguis, et magnificantes Deum. Tune respondit Petrus : 47 Numquid aquam quis prohibere potest ut non baptizentur hi, qui Spiritum sanctum acceperunt sicut et nos ? '^s Et jussit eos baptizari in nomine Domini fesu Christi. Tune rogaverunt eum ut maneret apud eos aliquot diebus.

A part cette différence que la parole de saint Pierre se faisait entendre, on eût dit que la scène de Gésarée reproduisait celle de la Pentecôte ; la réunion était moins nombreuse, mais elle était également recueillie et docile. Une allusion venait d'être faite à la rémission des péchés. Par un acte gracieux et souverain, le Seigneur voulut montrer, comme au jour de la Pentecôte, que la grâce pouvait être conférée en dehors du sacrement, avant lui, mais — nous allons le voir — sans dispenser néanmoins du sacrement. Pierre parlait encore, lorsque l'effusion de la Pentecôte se renouvela, confirmant ainsi la démarche de l'Apôtre, et consacrant, par une sanction divine, les voies nouvelles où entrait l'Eglise. L'Esprit de Dieu s'empara soudain de toute cette réunion de Gentils, attentive à la parole de saint Pierre et l'accueillant d'une âme docile. Ils reçurent le don des langues, ils louèrent Dieu dans la prière extatique; ce fut une réédition de la scène du Cénacle.

Ceux des Juifs convertis qui de Joppé avaient accompagné saint Pierre et regardaient la vie surnaturelle comme l'apanage exclusif de leur race, seule élue de Dieu, éprouvèrent une grande surprise, de voir les dons de l'Esprit se répandre sur. les Gentils : Dieu passait outre aux exigences^

et aux prétentions du mosaïsme. Peut-être à leur surprise se mélangeait-il un élément de dépit : une disposition divine effaçait leurs privilèges, plaçait les Gentils" à côté d'eux, et promenait le niveau de Dieu sur tout l'ensemble des distinctions dont ils avaient bénéficié jusque-là. Après avoir laissé les nations s'en aller dans leurs voies, après avoir semblé concentrer sa providence et son affection sur les Juifs, voici que Dieu retournait à l'universalité originelle de la famille humaine.

Mais la surprise des Juifs n'arrêta pas saint Pierre. Dieu l'avait averti, Dieu lui avait expliqué sa vision, Dieu venait d'autoriser sa démarche par une effusion de l'Esprit d'autant plus remarquable qu'elle devançait le baptême. D'après la parole du Seigneur à Nicodème, la naissance surnaturelle était attachée au baptême dans l'eau et dans l'Esprit. Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei (Joan., III, 5). Ces Gentils venaient de recevoir, par une glorieuse anticipation, l'effusion de l'Esprit, ils étaient purs, ils étaient circoncis de cœur ; qui pouvait leur refuser le sacrement et l'eau sainte ?

Il ne semble pas que le baptême ait été administré par saint Pierre lui-même. Le texte sacré dit qu'il ordonna que Corneille et sa maison fussent baptisés au nom du Seigneur. Ce n'est donc pas le baptême de Jean, mais le baptême au nom de la Très Sainte Trinité. On n'entre dans la famille de Dieu que par l'insertion vitale en Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Sur la prière des nouveaux baptisés, saint Pierre demeura quelques jours en la maison du centurion. Il est à l'aise ici : plus tard, à Antioche, il se croira obligé à plus de ménagements, et saint Paul lui en fera un grief (Gai., II, 11-16).

L'initiative divine inspirée à saint Pierre a réellement brisé le lien qui attachait encore l'Eglise naissante au mosaïsme. Jusqu'alors la synagogue des Galiléens ou des Nazaréens, comme elle est parfois désignée dans les Actes, a vécu attachée à la Synagogue de Jérusalem. Il a été loisible au peuple juif d'être le premier accueilli dans l'Église, et d'en devenir même le prédicateur ; mais infidèle une fois de plus, après avoir, crucifié le Messie, il a écarté les apôtres, et l'heure est venue où s'accomplit la séparation définitive, la lumière de la grâce ne devant pas être placée sous le boisseau de la Loi. C'est une des plus grandes révolutions qui se soient jamais accomplies.

Lorsqu'elle voit ainsi le sceptre passer à d'autres mains, lorsqu'elle se sent dessaisie, de la doctrine, de la loi, du culte,, de tout le pouvoir religieux, la Synagogue s'irrite et se défend. Il est naturel de ne pas vouloir mourir. La résistance vient tout d'abord des non-convertis : ils sont irréconciliables.. Les Eglises de Judée ont à souffrir de ceux qui, après avoir crucifié le Seigneur et mis à mort les prophètes, poursuivent les apôtres, se font les ennemis de tous les hommes, en s'eftorçant d'arrêter la prédication chrétienne, et mettent ainsi le comble à leurs iniquités (I Thess., II, 14, 15, 16). Mais les Juifs convertis eux-mêmes ont conservé l'attachement à la Loi, et résistent, eux aussi, à l'abrogation. La doctrine nouvelle avait jusque-là usé de déférence et de mesure envers la Synagogue. De leur côté, les Juifs d'hier, baptisés aujourd'hui, avaient gardé' au cœur l'amour de cette Loi qui leur venait de Dieu, l'attachement à des prescriptions rituelles qui étaient l'honneur de l'ancien peuple et se confondaient pour lui avec la justice. La circoncision, l'abstinence des viandes souillées ou offertes aux idoles, l'éloignement pour les Gentils réputés impurs, leur semblaient la condition e$.-

sentielle de la sainteté de la vie : de telles lois ne leur paraissaient pas abrogeables ; elles étaient, leur semblait-il, éternelles comme la piété et la vertu, et cette conviction avait en eux survécu au baptême. Le mosaïsme était pour eux un catéchuménat, un noviciat rigoureusement requis, donnant accès au christianisme. Nous devons attentivement reconnaître cette situation d'esprit, si nous voulons que l'histoire de la prédication apostolique nous soit intelligible. La conviction des Juifs s'est diversement traduite : les uns, comme les fidèles qui de Joppé sont venus à Césarée avec saint Pierre, regardent les non-Juifs comme souillés, et les prescriptions rituelles du mosaïsme comme devant leur être imposées à titre de condition préalable au baptême : leur problème sera résolu au Concile de Jérusalem. (Act., XV). D'autres regardent le christianisme comme incomplet s'il n'adopte aussi les lois mosaïques et la circoncision : c'est le point de vue impliqué dans l'épître aux Galates. D'autres enfin regardent le Judaïsme comme un degré inférieur, sans doute, au christianisme, mais tel pourtant que celui qui y a été porté a par là-même un titre de privilège et comme un droit à la vie surnaturelle : cette question sera étudiée par l'Apôtre dans son épître aux Romains (II, III, IV, et IX, X, XI). Les épîtresde la captivité elles-mêmes se ressentent de cette même controverse (Philip., III, 2-8 ; Col., II, 16, 17). L'Ebionitisme et les hérésies judaïques n'ont fait qu'en prolonger le retentissement.

Cette disposition une fois reconnue explique tout le chapitre XI des Actes.

1 Audierunt autem Apostoli, et fratres, qui erant in Jadaea, quoniam et Gentes receperunt verbum Dei. 2 Cum autem ascendisset Petrus Jerosolymam, disceptabant adversus illum, qui erant ex circumcisione, 3 dicentes : Quare in~ iroisti ad viros praeputium habentes, et manducasti cum mis ? 4 Incipiens autem Petrus exponebat illis ordinem, dicens : 5 Ego eram in civitate Joppe orans, et vidi in excessu

mentis visianem, descendens vas quoddam velut linfeum magnum, quatuor init'ds submitti de caelo, et venit asqae ad me. ^ In quod intuens considerabam, et vidi quadrupedla terrae, et bestias et reptilia et volatilia caeli. 7 Audivi autem et vocem dicentem mihi : Surge, Petre, occide, et mandaca. 8 Dixi autem : Nequaquam, Domine : quia commune aut immundum nunquam introivit in os meum. 9 Respondit autem vox secundo de caelo : Quae Deus mundavit, tu ne commune dixeris. ^^ Hoc autem factum est per ter : et recepta sunt omnia rursum in caelum. n Et ecce viri très confestim adstiterunt in domo, in qua eram, missi a Caesarea ad me. 12 Dixit autem Spiritus mihi ut irem cum illis, nihil haesitans. Venerunt autem mecum et sex fratres isti, et ingressi sumus in domum viri. i3 Narravit autem nobis, quomodo vidisset Angelum in domo sua, stantem et dicentem sibi : Mitte in joppen, et accer^i Simonem, qui cognominatur Petrus, ^^ qui loquetur tibi verba, in quibus salvus eris tu, et universa domus tua. 15 Cum autem coepissem loqui, cecidit Spiritus sanctus super eos, sicut et in nos in initia. i6 Recordatus sum autem verbi Domini, sicut dicebat : Joannes quidem baptizavit aqua, vos autem baptizabimini Spiritu sancto. i7 Si ergo eamdem gratiam dédit illis Deus, sicut et nobis, qui credidimus in Dominum Jcsum Christum : ego quis eram qui pbssem prohibere Deum ? is His auditis, tacuerunt : et glorificaverunt Deum, dicentes : Ergo et gentibus poenitentiani dédit Deus ad vitam.

Les apôtres étaient encore à Jérusalem, au sein d'une communauté entièrement juive d'origine. C'était là surtout que devait causer profonde surprise la nouvelle que les nations elles-mêmes, c'est-à-dire les Gentils, ceux qui n'appartenaient d'aucune façon à la race élue, avaient reçu, eux aussi, la parole de Dieu. La faute en était à celui qui la leur avait portée. Aussi, rentré à Jérusalem, Pierre se vît-il en butte aux murmures des uns, aux contestations et à l'éloignemént des autres : « Pourquoi être allé vers des hommes in-

circoncis, et avoir mangé avec eux ? » Ce reproche de détail dissimulait mal le dépit de voir le bien de la vie surnaturelle étendu sans distinction à toute la famille humaine. C'est alors que saint Pierre, usant de grande déférence, et, en présence de ces mêmes frères qui, au nombre de six, l'avaient accompagné de Joppé à Césarée, leur livre le récit complet (5-15) de tout ce que nous savons déjà par le chapitre précédent (X, 9-44) : sa prière, sa vision, ses résistances premières, les instances de Dieu, la vision de Corneille, l'ordre reçu de Dieu de recevoir ses envoyés, l'effusion du Saint Esprit et les manifestations surnaturelles qui l'ont accompagnée. Cela s'est passé, ajouta saint Pierre, alors que je commençais seulement à leur parler, comme si, par la grâce de Dieu, leurs dispositions étaient telles déjà que ma parole fût superflue. Je me suis alors souvenu de la parole du Seigneur avant son départ pour le ciel : « Jean a baptisé dans l'eau, mais vous recevrez, vous, le baptême de l'Esprit. » Je n'ai fait qu'obéir à Dieu. Lorsque Dieu donne à ces Gentils la même foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, le même Esprit que nous avons reçu, qui suis-je, moi, pour contester avec lui ?

L'apoiogie de saint Pierre était complète ; on ne pouvait insister sans mettre en cause Dieu même, ce qui eût été le comble de l'insolence et de l'impiété. La communauté se calma. On rendit grâces à Dieu : c'est donc, dirent-ils non sans surprise, que les Gentils eux-mêmes sont appelés de Dieu à la conversion et à la vie nouvelle, et ce, sans passer par le mosaïsme. Telle était, en effet, la conclusion obligée du récit de saint Pierre. Les Juifs ne pouvaient ignorer que toutes les nations entreraient dans le royaume de Dieu, et seraient ramenées à l'unité : ce qui leur était nouveau, c'était l'accession directe des Gentils au christianisme.

Déjà il nous a été dit (VIII, 1, 4) qu'après la mort de saint Etienne et la persécution qui suivit, la dispersion des ouvriers évangéliques avait porté la foi dans les contrées qui avoisinent la Judée. C'est à cette même dispersion que le livre des Actes rapporte l'évangélisation de la Syrie et la création de l'Eglise d'Antioche.

19 Et un quidem, qui dispersi f aérant a tribulatione, quae fada fuerat sub Stephano, perambulaverunt usque Phoenicen, et Cyprum, et Antiochiam, nemini loquentes verbum nisi solis Judaeis. ^o Erant autem quidam ex eis viri Cyprii, et Cyrenaei, qui cum introissent Antiochiam, loquebantur et ad Graecos, annuntiantes Dominum Jesum. 21 Et erat manus Domini cum eis : multusque numerus credentium conversas est ad Dominum. 22 Pervenit autem sermo ad aures ecclesiae, quae erat Jerosolymis super istis : et miserunt Barnabam usque ad Antiochiam. 23 Qui cum pervenisset, et vidisset gratiam Dei, gavisus est : et hortabatur omnes in proposito cordis permanere in Domino : 24 quia erat vir bonus, et pienus Spiritu sancto, et fide. Et apposita est multa turba Domino. 25 Profectus est autem Barnabas Tarsum, ut quaereret Saulum : quem cum invenisset, perduxit Antiochiam. 26 Et annum totum conversati sunt ibi in ecclesia : et docuerunt turbam multam, ita ut cognominarentur primum Antiochiae discipuli, Christiarïi. 27 Jn his autem diebus supervenerunt ab Jerosolymis prophetae Antiochiam : ^^ et sur gens unus ex eis no mine Agabus, significabat per spiritum famem magnam futuram in universo orbe terrarum, quae facta est sub Claudio.

29 Discipuli autem, prout quis habebat, proposuerunt singuli in ministerium mitiere habitantibus in Judaea fratribus :

30 quod et fecerunt, mittentes ad seniores per manus Barnabae et Sauli.

Chassés de Jérusalem par la persécution, des fidèles s'étaient retirés vers le nord dans la direction de la. Phénicie, de l'île de Chypre, et d'Antioche de Syrie. Ils semaient la doctrine au cours de leurs déplacements. Le plus grand nombre pourtant ne s'adressaient qu'aux seuls Juifs, aux Hellénistes, aux prosélytes et dans l'intérieur des synagogues, déférant en cela à la coutume observée dans l'Eglise de Jérusalem. Il y eut néanmoins quelques-uns de ces expulsés, originaires de l'île de Chypre et de la Cyrénaïque, qui, remplis de l'esprit d'Etienne et persuadés avec lui que la vie

surnaturelle était pour tous, vinrent à Antioche, et s'adressèrent aux Grecs, c'est-à-dire à ceux-là même qui n'étaient aucunement du ressort religieux de la Synagogue. Ils prêchaient à tous la doctrine du Seigneur ; et Dieu autorisait leur initiative par des miracles qui justifiaient leur prédication. Le nombre des fidèles croissait de jour en jour. Ainsi se constituait, dans cette métropole de l'Orient, ancienne capitale de la Syrie, la ville la plus populeuse de l'empire romain après Rome et Alexandrie, sans intervention directe de la hiérarchie apostolique, une grande communauté chrétienne, composée en grande partie de Gentils entrés dans l'Eglise sans avoir passé par la Synagogue. Ce que saint Pierre avait fait en petit, à Césarée, s'était accompli ou s'accomplissait, à Antioche, sur une plus grande étendue.

La nouvelle en vint à l'Eglise de Jérusalem qui, pour se rendre un compte exact, envoya Barnabe à Antioche. On ne pouvait faire un meilleur choix. Déjà par sa conduite envers Saul, Barnabe avait témoigné de sa largeur l'esprit et de sa bienveillance pour l'apostolat universel dont il savait que Saul avait reçu la mission. Barnabe vint à Antioche, reconnut avec joie la grâce de Dieu au nombre des conversions, à la ferveur des convertis, et sans doute aussi aux manifestations spirituelles ordinaires. Tout ce que nous savons de Barnabe nous le montre d'humeur généreuse et bienveillante. Sa mission fut facile, il ne songea aucunement à décourager les Gentils, ni à leur imposer la fardeau de la Loi, encore moins à les exclure : tout son rôle fut d'exhorter Juifs et Gentils à s'attacher de tout leur cœur à Jésus-Christ. Cette approbation donnée par un homme investi d'autorité par Jérusalem augmenta encore le nombre des' conversions.

Après avoir été ainsi le trait d'union entre l'Eglise de Jérusalem et la communauté d'Antioche, Barnabe se souvint de Saul que nous avons laissé à Tarse (IX, 30) depuis son départ forcé de Jérusalem. La distance est grande, de Jérusalem à Antioche, beaucoup moindre d'Antioche à Tarse : une amitié commencée et la connaissance qu'il avait de la

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