‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 411 sur 663 · VITALITÉ DU CORPS DU CHRIST · texte numérisé non relu

VITALITÉ DU CORPS DU CHRIST

nière et intelligente qui ne laisse subsister en nous que la pensée même du Seigneur. L'activité intérieure de l'Eglise, nous le savons par ce que l'Apôtre nous dit de lui-même, tend à former le Christ dans nos âmes : Christum habitare per fidem in cordibus vestris (Eph., III, 17), et aux Galates (IV, 19) : Filioli mei, quos iterum parturio donec formetur Christus in vobis.

Il s'agit en effet de former le Christ. C'est la parole de la Genèse qui revient sur les lèvres de Dieu : Faciamus hominem : seulement ici c'est l'homme parfait, in virum perfectum ; c'est le second Adam. Sans cesser de demeurer une grâce unique et singulière l'union hyposta tique se répand, se prolonge, s'épanouit. Voyez, elle embrasse tous ceux de l'humanité qui consentent à se laisser envelopper dans ses replis, elle se répète et se reproduit en chacun, christianus, alter Christus ; les termes audacieux de la promesse diabolique sont dépassés par la bienveillance divine : Eritis sicut DU, scientes bonum et malam. (Gen., III, 5). Ainsi au cours du temps se forme progressivement la plénitude du Christ, et le temps lui-même n'existe et ne se poursuit que pour "fournir la marge nécessaire au lent et glorieux enfantement du Christ achevé et complet ; pour permettre au Seigneur d'arriver à sa taille prédestinée, à l'insertion parfaite, en sa vie, de tous ses élus ( ^Atxtaç, qui a été traduit par aetatis, serait mieux rendu par staturae, cf. Matth., VI, 27).

Le réseau divin, l'organisation hiérarchique, est ainsi formé de ses mailles vivantes, afin d'amener et de garder au Christ les âmes élues. La beauté de la doctrine exposée jusqu'ici suffisait aux chrétiens pour les détourner de toutes nouveautés doctrinales et de leurs infiltrations. Mais les âmes sont garanties encore par le puissant organisme de l'Eglise, et par l'enseignement du Seigneur dont elle est l'écho. Dorénavant, dit l'Apôtre, nous ne sommes plus des enfants, de qui l'intelligence incertaine et désemparée se laisse emporter de ci, de là, comme une épave, à la merci de tous les vents de doctrine, livrée qu'elle est à tous les artifices et à toutes les;

séductions perfides de l'erreur ; nous savons la pensée de Dieu, l'Eglise a les paroles de la vie éternelle. A Dieu ne plaise qu'une nostalgie bizarre nous ramène en arrière. Faisons honneur à l'Eglise et à notre foi. Gardons la vérité { àXTiOeuovTeç ) dans la charité, demeurons fidèles à la pensée de Dieu, éloignés de toute division et de tout esprit propre, laissant le Christ, qui est notre tête, influer de jour en jour davantage sa vie en nous (Col., II, 19). C'est de lui, la tête et la source de la vie, que tout le corps, assemblé, contenu dans l'unité par le système de jointures qui les maintient, coordonne les membres, et les unit dans un même travail ; c'est de lui que part l'influence active qui se distribue partout, provoque l'action mesurée et discrète de chaque membre, et détermine, dans la charité et l'entente vitale parfaite, l'accroissement du Corps du Christ. C'est donc en un sens très vrai le Christ qui se construit lui-même.

Au moment oii l'Apôtre arrive à l'exposé des devoirs pratiques de la vie chrétienne, conséquences de la doctrine exposée jusqu'ici, deux remarques nous seront permises. Elles ne forment pas digression. Il existe, nous le verrons, une parenté très étroite entre l'épître aux Ephésiens et celle aux Colossiens. On peut observer pourtant que dans l'épître aux Ephésiens, écrite la première, l'Apôtre n'a donné aucune part à la polémique, à la controverse doctrinale. Soit que les informations fussent demeurées vagues et imprécises, soit que les communautés à qui s'adressait cette première lettre fussent moins menacées, il s'est borné à un large exposé de doctrine, sans allusion formelle à un gnosticisme naissant. Il sera plus explicite en son épître aux Colossiens, en face d'une hérésie plus menaçante, plus définie et de contours plus arrêtés.

Une observation plus considérable est celle-ci. Tous les devoirs de la vie chrétienne, tels qu'ils vont être rappelés, s'appuient dogmatiquement sur la doctrine antérieurement exposée de notre appartenance étroite à l'Eglise, et par l'Eglise à Notre-Seigneur Jésus-Christ. L'unité réelle des chré-

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