‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 413 sur 663 · UNITÉ PARFAITE · texte numérisé non relu

UNITÉ PARFAITE

personne qui vit à trois cents lieues de moi, et que j'aime : parce que je l'aime, je lui suis uni, réellement uni, étroitement uni, intimement uni. Je vis réellement dans cette âme-là. Inversement, je puis être un étranger pour mon proche voisin, si un lien de pensée et d'affection ne m'unit à lui. A mesure que nous montons dans l'échelle des êtres, les liens qui forment leur société deviennent plus spirituels, plus étroits, plus intimes, sans nuire à la réalité de leur distinction. Affranchie des chaînes de l'espace, cette union l'est aussi des conditions du temps ; nos relations avec le Seigneur sont au-dessus de la durée : notre baptême rejoint sa mort, et notre messe son sacrifice. Et ne me dites pas que tout cela est de simple souvenir, et que notre union au Seigneur est toute morale. Non, car ce même phénomène de solidarité organique, reconnu tout à l'heure une première fois dans l'humanité adamique, se répète dans l'humanité régénérée ; nous sommes sanctifiés en Notre-Seigneur Jésus-Christ corhme nous avons été souillés en Adam. Nous avons été recueillis réellement en l'un et en l'autre : qui factus est nobis sapientîa a Deo, et justifia, et sanctificatio et redemptio (I Cor., I, 30). Comment cela se ferait-il et comment serait-il notre tête et notre chef, si nous n'étions réellement un avec lui ? Une unité fictive et conceptuelle, fruit de notre pensée, aimable métaphore, ne produirait ni conséquences réelles, ni devoirs rigoureux. Et loin que les distinctions individuelles constituent un obstacle à l'union réelle, il se trouve, au sommet des choses, que la parfaite distinction et la parfaite unité se trouvent réalisées ensemble, en la Très Sainte Trinité ; comme si le monde surnaturel ne voulait être qu'une effusion de la vie de Dieu. Lorsque le Fils de Dieu, dans sa prière suprême, demande à son Père l'union en lui de tous les siens^ il la demande à 3'image de celle-là : ut omnes unum sint, sicut tu, Pater, in me et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint.

Prenez garde, nous dira le théologien, ce réalisme aidant, de glisser dans le panthéisme. Il est vrai, et nous ne pouvons inous défeiïdre de ce péril. Il est vrai, mais nous ne sommes

pas coupables de ces audaces. Elles remontent toutes à Celui qui, dans le triomphe de sa tendresse, a voulu dépasser la promesse du tentateur, être le cep, et nous en faire les branches, nous unir à lui par le lien réel de son Esprit. L'Eglise est deux fois une ; une comme société, une comme individu animé d'une même vie. Mais il faut finir.

l'homme nouveau

17 Hoc igitur dico, et tesfificor in Domino, ut jam non ambuletis, sicut et Gentes ambulant in vanitate sensus sui, is tenebris obscuratum hab entes intellectum, alienati a vita Dei per ignorantiam, quae est in illis, propter caecitatem cor dis ipsorum, i9 qui desperantes, semetipsos tradiderunt impudicitiae, in operationem immunditiae omnis in avaritiam. 20 Vos autem non ita didicistis Christum, 21 si tamen illum audistis, et in ipso^ edocti estis, sicut est veritas in Jesu : 22 deponere vos secundum pristinam conversationem veterem hominem qui corrumpitur secundum desideria erroris. 23 j^enovamini autem spiritu mentis vestrae 24 et induite novum hominem qui secundum Deum créât us est in justitia, et sanctitate veritatis.

C'est de nos devoirs pratiques que l'Apôtre avait voulu d'abord nous entretenir (IV, 1). Sa pensée s'est néanmoins laissé entraîner à un développement dogmatique qui le sollicitait. Depuis le verset 3 jusqu'à 16 il est revenu, presque à son insu, à la perspective des premiers chapitres, au programme d'unité surnaturelle dans le Christ. Du moins toute la loi morale est en germe pour nous dans cette unique considération que nous sommes, dès notre baptême, une créature nouvelle. Nous faisons partie de Notre-Seigneur Jésus-Christ: notre vie sera toute guidée par cette conviction. La vie des païens est ce qu'elle est, parce que leur âme est vide, parce que leur pensée est dans les ténèbres, parce que leur cœur est aveuglé, et qu'ayant fermé les yeux à la vérité, ils sont étran-

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