‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 418 sur 663 · LES FILS DE LUMIÈRE · texte numérisé non relu

LES FILS DE LUMIÈRE

l'Apôtre en son épître aux Galates . (V, 22) a appelé fruits de l'Esprit : c'est l'ensemble des œuvres qui s'accomplissent dans la charité, dans la justice, dans la droiture. Vivez dans la lumière, témoignant par votre conduite ce qui plaît à Dieu. Un philosophe ancien a dit que si le code de la loi morale venait à disparaître, on le retrouverait tout entier dans la vie de l'homme vertueux : c'est aussi la pensée de l'Apôtre, avec cet avantage que la vie du chrétien est une réelle démonstration de ce qui plaît à Dieu, une prédication à laquelle nul ne peut contredire. Vivez donc comme des enfants de la lumière : n'ayez rien de commun avec les œuvres stériles qui ne produisent que des fruits de mort ; loin de là, que toute votre vie les réprouve, les dénonce et les amène à la lumière du jour. Car les œuvres de ténèbres cherchent à s'envelopper de ténèbres, elles redoutent d'être signalées, et elles appartiennent tellement à cette région d'obscurité que le langage même des chrétiens doit s'interdire d'en parler librement. Mais ce que le langage chrétien ne peut faire, la vie chrétienne le peut accomplir. Aussi longtemps que les œuvres ténébreuses sont seules, elles possèdent en quelque sorte ; et il y a en leur faveur une grossière prescription, qui est interrompue lorsque s'affirme la vie chrétienne, lorsque le bien se montre, lorsque la lumière éclaire les ténèbres, et les invite en se transformant a devenir elles-mêmes lumière. Car ce qui reçoit la lumière devient lumière à son tour, et c'est le propre de la lumière de dissiper les ténèbres dont ces œuvres ont besoin ; non^ sans doute que ces œuvres changent de nature lorsqu'elles reçoivent la lumière, mais l'agent de ces œuvres peut changer, lui, et être amené à y renoncer. La vie chrétienne est une puissante prédication, un réel et efficace apostolat ; tout chrétien rend témoignage à Dieu, venit in testimonium ; et, au grand jour de la moralité chrétienne qui les signale, les réprouve, les dément, les rend inexcusables à leurs propres yeux, il en est qui se demandent, comme Augustin : Non poteris quod isti et istae ?

C'est en vue de cette transformation que le Seigneur dit au coupable :

« Levez-vous, vous qui dormez,

Levez-vous d'entre les morts

Et recevez la lumière du Christ. »

C'est le fragment rythmé d'une hymne antique, usitée sans doute dans la liturgie baptismale, que la liturgie monastique a conservée dans la cérémonie de la profession, et le Pontifical dans la réconciliation des pénitents. Les paroles s'inspirent de la situation qui vient d'être décrite, et en même temps des paroles d'Isaïe, XXVI, 19 et LX, 1, 2. Cette condition de la vie chrétienne, qui la fait être un motif de crédibilité, doit nous défendre contre les compromissions, et les dangereuses facilités dont il a été question au verset 6. Plus nous avons conscience de notre dignité et de la portée de nos œuvres, plus nous devons, comme des sages, veiller à l'exactitude de nos œuvres, et saisir avec empressement, au cours des jours mauvais, l'occasion du bien ; il n'est que les insensés pour aller à l'aventure, et marcher au hasard. N'ayons rien de commun avec les étourdis, nous qui n'ignorons pas la volonté de Dieu, notre sanctification.

Gardons-nous de l'ivresse du vin, elle invite à la luxure : nous avons, nous, une autre ivresse dont saint Ambroise a parlé après saint Paul :

Laeti bibanms sobriam Ebrietatem Spiritus.

La Vulgate a précisé là où le texte grec dit simplement : êv Tcveup-aTt,, ce qui peut s'entendre de la joie spirituelle, sans allusion, au moins directe, à l'Esprit de Dieu. Ces quelques versets décrivent la physionomie intérieure des communautés <:hrétiennes de l'origine, en opposition avec la joie épaisse et honteuse des mœurs païennes. Dans: leur joie sainte et toute spirituelle, les âmes étaient toujours en fête : l'enthousiasme des réunions avait besoin d'être contenu par une législation

bien appropriée ; même en dehors de l'agape et des réunions proprement liturgiques, les chrétiens formaient le peuple qui sait se réjouir : populus qui scit jubilationem. Ils s'entretenaient doucement des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels de la liturgie sainte, dont ils se répétaient les formules bénies ; leur prière silencieuse, murmurée seulement dans le fond de leur cœur, était un perpétuel cantique montant vers Dieu, une liturgie de tous les instants. Les âmes ne faisaient qu'un avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, et, comme aimantées divinement et groupées par le mystère du Christ, rendaient grâces à Dieu le Père pour tous les bienfaits surnaturels reçus de lui. Il n'y avait rien que de grave dans cette joie, qui était réglée, contenue, ordonnée. Car nous pouvons remarquer que la vie chrétienne seule a réussi à concilier ensemble la joie et l'ordre, la liberté et l'obéissance ; l'expression subjecti invicem, qui va devenir, dans toutes les prescriptions de l'Apôtre, le mot d'ordre commun, devait assurer à tous les degrés l'harmonie intérieure des communautés (21, 22, 24; VI, 1, 5).

Nous entrons avec le verset 22 jusqu'à VI, 10, dans l'exposé des devoirs spéciaux à chaque portion de la société chrétienne : époux et épouses, enfants et parents, serviteurs et maîtres.

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