‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 423 sur 663 · OBJET DE LA LETTRE · texte numérisé non relu

OBJET DE LA LETTRE

verons ici une part de polémique imposée par les circonstances. Même à la fin de l'épître (Col., IV, 16), afin de poursuivre à Laodicée les traces d'une erreur connue, et afin d'assurer aux Colossiens eux-mêmes le bénéfice de l'exposé plénier et tranquille de la thèse chrétienne, l'Apôtre recommande- aux chefs de l'Eglise à Colosses de lire l'épître ad Laodicenses (aux Ephésiens), et de communiquer ad Laodicenses l'épître que Colosses a reçue.

Il reste maintenant, pour bien entendre l'épître aux Colossiens, à dessiner le plus exactement possible l'erreur dénoncée par Epaphras, et visée par l'Apôtre. Ce sont les premiers bégaiements d'une hérésie, qui, dans son entier développement, prendra une grande place dans l'histoire de la doctrine : aussi à vouloir la décrire dans sa période de formation, on est fatalement inexact : il est presque inévitable, en effet, de lui prêter des contours définis qui ne sont pas encore les siens, et de l'interpréter d'après ce qu'elle esr finalement devenue. Un type non développé demeure vague, on ne peut définir que ce qui est achevé. Or l'hérésie colossienne, à cette première heure, n'est pas encore le gnosticisme, ni la doctrine de Manès, ni celle de Marcion ; ce n'est pas non plus Cérinthe : c'est quelque chose de tout cela. A coup sûr, le problème de l'origine du mal n'est pas formellement posé : Le mal vient-il de la matière ? La matière est-elle incréée ? Vient-elle d'une puissance ennemie de Dieu, ou d'une cause inférieure à Dieu ? — C'est là une métaphysique dans laquelle on ne s'embarrasse pas encore : elle est réservée au gnosticisme et au manichéisme. En attendant, on dirait que le monde de la matière est conçu déjà comme trop éloigné de Dieu pour soutenir aucun rapport avec lui. La matière ne vient pas de Dieu : il se souillerait les mains à la pétrir. Création, formation, direction, gouvernement général du monde matériel, tout cela est trop au-dessous de la majesté divine, et doit être délégué à des puissances inférieures. Peutêtre l'aristotélisme a-t-il donné occasion à ces théories. En -effet, si le monde matériel tend vers Dieu comme vers le

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souverain désirable et le souverain intelligible, sans que néanmoins Dieu connaisse le monde matériel, ce qui serait indigne de lui et le détournerait de la contemplation de lui-même ; s'il y a attraction de Dieu et gravitation de la création matérielle vers Dieu, sans que Dieu en sache rien, le département des choses matérielles lui échappe, l'ordre qui y règne viendra d'ailleurs. Dieu étant relégué dans sa pureté immaculée et sa majesté lointaine, tout l'intervalle qui le sépare du monde matériel sera comblé, on ne dit pas encore par des émanations divines et des éons, mais par des êtres spirituels inférieurs, qui peuvent, eux, sans déroger et sans déchoir, présider aux mouvements des mondes. Ils sont les médiateurs réels entre Dieu et nous, des divinités réduites et intermédiaires, qui, à raison de leurs bienfaits, ont titre à notre culte et à notre vénération (Cf. S. Augustin, Confess., X, 42).

Naturellement ceux qui entendaient de la sorte le système des choses se décernaient la supériorité, se regardaient comme les aristocrates de l'intelligence : en possession d'une science plus élevée, d'une culture éminente, d'une interprétation du monde qui dépassait la pensée vulgaire, ils étaient les pneumatiques parmi les croyants. Etait-ce sous l'influence de doctrines orientales et pour réduire tout commerce avec la matière regardée comme impure ; ou, ce qui semble plus plausible, afin de déférer à des pratiques judaïques ou esséniennes, qu'ils prescrivaient aussi certaines abstinences et regardaient comme interdits des aliments déterminés ? Toujours est-il qu'une part d'ascétisme orgueilleux se mêlait, dans leur doctrine, aux spéculations orientales. L'hérésie colossienne, que nous ne pouvons définir que d'après les données de la lettre de saint Paul, se ramenait donc à ces quatre chefs principaux :

des médiations angéliques entre Dieu et nous, un culte religieux dû à ces médiateurs, une part d'ascétisme juif imposant renoncements et abstinences,

enfin, avec une pensée dualiste mal définie encore^

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