LE VRAI MÉDIATEUR
pour moi qu'un médiateur insuffisant ; ce n'est pas à Dieu qu'il me fera parvenir : l'étendue de sa médiation demeurera mesurée à sa nature. Ce sera un grand échec. Je n'arriverai pas à Dieu, et c'est pourtant de Dieu que j'ai besoin. Il n'est pour moi que lui seul au monde, et le ciel des Anges n'est pas assez pour moi.
Aussi l'Apôtre nous rassure contre la triste doctrine, et nous redit quel est le vrai médiateur. Un esprit attentif saisira aussitôt toute la portée de sa parole, et loin de regarder l'hérésie colossienne comme une tendance insignifiante, il y trouvera la clef de l'histoire. Dès son épître aux Thessaloniciens, en face du mystère du Christ et de la justice surnaturelle, l'Apôtre voyait déjà se nouer un autre mystère : il l'appelait le mystère de l'iniquité, l'œuvre de l'Antéchrist. Sous une forme sournoise et détournée, l'erreur colossienne était aussi une manifestation dirigée contre le médiateur de Dieu et des hommes, Notre-Seigneur Jésus-Christ ; c'était une tentative d'élimination de son nom et de son œuvre ; c'était un mot d'ordre donné aux hérésies du lendemain. Cérinthe, Arius, Nestorius, Eutychès, tous le recueilleront, et l'un après l'autre s'attaqueront à la médiation de Celui-là seul par lequel nous peut venir le salut. Car s'il n'est qu'un homme, s'il n'est que la première créature de Dieu, si l'union des deux natures en lui n'est que morale ; ou bien si, de ces deux natures confondues ensemble, il se forme un composé où se perde la dignité de la personne divine : en chacun de ces cas, l'œuvre médiatrice échoue ; un Christ diminué est hors d'état de nous porter jusqu'à Dieu.
Mais la doctrine de l'Apôtre né se borne pas à restituer au Seigneur sa médiation, elle en assure pour jamais la plénitude et l'efficacité. Il est médiateur, médiateur ontologique, comme nous dit la Théologie, médiateur suffisant. Nous allons apprendre ce qu'il est pour Dieu (15) ; ce qu'il est pour la création tout entière, sans en excepter les Anges (16, 17) ; ce qu'il est pour la création surnaturelle qui est l'Eglise (18, 19, 20).
164 ÉPÎTRE AUX COLOSSIENS. GHAP. I