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PLÉNITUDE DANS LE CHRIST

et de la rédemption (19), c'est encore en lui (in ipso), et non en aucune autre créature, que Dieu a constitué, et à demeure (xaToix^aai ), une plénitude surnaturelle, unique, inépuisable, qui se dispense sans se tarir jamais. Il n'est pas une grâce, pas une beauté, pas une sainteté, qui ne vienne toute de lui.

Nous devons laisser au lecteur attentif le soin de contempler cette plénitude de toutes les énergies surnaturelles en Notre-Seigneur Jésus-Christ ; nous l'avons vue se dispenser et se distribuer elle-même par ses industries propres, au chapitre IV de l'épître aux Ephésiens, 11-16. Remarquons seulement que le terme de plénitude (uX7ipwp.a) est employé ici dans une acception voisine, mais pourtant autre qu'au chapitre I^' aux Ephésiens, 22, 23. Là en effet l'Eglise est dite la plénitude du Christ, c'est-à-dire son achèvement, son épanouissement vivant ; elle est considérée comme le terme de son action surnaturelle : tandis que, au chapitre IV de l'épître aux Ephésiens, 11-16, et au verset que nous étudions maintenant, la plénitude qui est dans le Christ est celle de l'onction, c'est l'ensemble de toutes les énergies et de toutes les efficacités qui s'emploient dans l'Eglise, et qui, au lieu d'être distribuées entre les Anges, comme le pensaient les docteurs colossiens, se trouvent toutes réunies, condensées, contenues dans le Christ. Le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ l'a voulu ainsi, dans le dessein, par le Christ et dans le Christ, de ramener toutes choses à l'unité première (Eph., I, 10 : in~ siaurare omnia in Christo), et, par son sang versé sur la :roix, de pacifier tout ce qu'il y a au ciel et sur la terre.

Arrêtons-nous. un instant. Nous avons reconnu dans l'hérésie colossienne l'amorce première du gnosticisme : ce nous sst déjà un élément de réelle valeur pour l'histoire et pour la doctrine. Mais cet élément de polémique ne saurait nous faire Dublier tout le positif théologique où s'établit la pensée de l'Apôtre. Le Christ est le Fils de Dieu. Il est le chef de toute la création. II est vraiment la tète de tout le monde naturel ^ui est en lui, qui est de lui, qui est pour lui, et ne se sou-

tient que par lui. Il a été aussi à l'origine, comme Verbe, le chef et la tête de toute le monde surnaturel. Depuis, le péché est venu désunir, déconcerter et lui soustraire, dans la personne de l'humanité déchue, une portion de ce domaine sur laquelle Satan s'est arrogé une sorte d'empire, à raison de la faute : A quo quis superatus est, hujus et servus est. C'est alors que le Verbe s'est fait chair, pour racheter ce qui était perdu. La Rédemption, qui aux Ephésiens s'appelle récapitulation (I, 10), et ici réconciliation, c'est dans la pensée de l'Apôtre, moyennant la rançon sanglante offerte à son Père par le Verbe incarné, le retour à l'unité organique première, le retour à l'entente, à la paix, à l'harmonie un moment rompue par le péché, et maintenant restituée par le Christ ; c'est le monde ramené à lui, récapitulé en lui.

Mais il va de soi que le monde, ramené par le Christ à son unité originelle, n'est ramené qu'à lui. Le Christ, aux mains de Dieu, n'est pas simplement un moyen et un procédé utile, il est un terme, il est le terme, le but dernier, la fin. C'est par lui qu'est rachetée l'humanité nouvelle, mais c'est en lui qu'elle trouve sa vie. Il ne l'a pas acquise de son sang pour la donner à d'autres qu'à lui-même. Même en rachetant l'humanité, le sang versé au Calvaire a rétabli la paix au ciel et sur la terre, ce que l'Apôtre nous a appris déjà (Eph., II, 13-16). N'allons pas conclure de ses paroles qu'il y avait dans le ciel entre les Anges des inimitiés qu'il ait voulu pacifier, non, mais le ciel et la terre étaient divisés, le ciel étant devenu hostile : les Anges avaient naturellement pris le parti de Dieu contre les enfants de colère ; en effaçant la faute, la Rédemption supprime la cause même de la division et restitue l'unité sur terre et dans le ciel ; dans un sens, le péché existe moins que s'il n'avait pas été commis.

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