‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 437 sur 663 · FERMETÉ DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

FERMETÉ DE LA DOCTRINE

près principes ; phénomène qui resterait inexpliqué si la médecine ne nous apprenait que tout virus n'est jamais plus contagieux que lorsqu'il a triomphé, et qu'en ayant fini avec un malade, il cherche un vivant pour y répéter son œuvre de destruction.

Loin de regarder les croyances comme indifférentes, les dogmes comme variables, impensables ou incohérents, l'Apôtre nous enseigne que toute l'œuvre de Dieu en nous est suspendue à notre persévérante fermeté dans l'enseignement que nous avons reçu. Nous ne persévérons en paix avec Dieu, nous dit-il, qu'à la condition de demeurer fondés et stables ^ dans la foi, inébranlables dans l'espérance éternelle révélée par cet Evangile que vous avez entendu et accueilli, qui a été annoncé à toute créature sous le ciel, et dont je suis, quoique indigne, l'apôtre et le serviteur. Rappeler que l'Evangile a été prêché partout, qu'il est maintenant proposé à toute créature, que toute l'humanité est recueillie et rééditée dans le Christ ; ajouter que l'Apôtre lui-même n'est que le servi- , teur de cet Evangile, et qu'il perdrait toute autorité à lui substituer ses pensées propres, c'était tout à la fois fierté et humilité chez saint Paul ; c'était aussi ramener à leur néant les docteurs qui, à Colosses, ne proposaient que leurs systèmes et ne parlaient qu'en leur nom privé.

Afin de créer une sorte de transition entre les deux 'versets, la Vulgate introduit ici (24) un relatif, qui, absent du texte original. Tout le v. 24 n'est d'ailleurs qu'une parenthèse personnelle, et au v. 25 l'Apôtre reprend l'expression même sur laquelle se termine le v. 23. Il est familier à l'Apôtre de se laisser entraîner à une pensée de côté, sauf à se ressaisir dans la suite. Il était persécuté, prisonnier, sous le coup d'un grave péril, à la merci d'un arbitraire tout-puissant. L'humanité n'est pas toujours brave, et lorsqu'un homme est frappé, volontiers elle s'écarte, comme si elle redoutait les éclats de la foudre,; puis, pour se justifier, elle se persuade que celui qui est frappé, s'il n'est pas coupable, a sans doute été maladroit, en tout cas qu'il serait imprudent de pactiser

avec lui : « Bienheureux, a dit le Seigneur, celui pour qui je ne suis pas une cause de scandale ! » Mais l'Apôtre sait bien, lui, et- la cause et la portée de ses souffrances. Autrefois il a été simplement apôtre ; maintenant, dit-il avec fierté, loin de me laisser abattre, je me réjouis des souffrances que j'endure pour vous ; elles assurent la fermeté et la persévérance de votre foi, et c'est dans la joie que j'achève ;en ma chair et pour le corps du Christ, qui est l'Eglise, ce qui manque aux souffrances du Christ.

Ce n'est pas qu'il manque rien à la suffisance et à l'efficacité des mérites du Seigneur. Ce n'est pas non plus que les souffrances de l'Apôtre, dont l'efficacité est toute subordonnée aux mérites du Seigneur, puissent ajouter réellement à ces mérites qui sont sans mesure. Mais la doctrine de l'Apôtre a précisément pour dessein de mettre en pleine lumière, contre les médiations angéliques rivales, la plénitude infinie de la Rédemption et des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et sans doute, à première lecture, on peut s'étonner que la primauté, la médiation, et la plénitude de Jésus-Christ soient tantôt proposées comme si larges, si achevées, qu'elles excluent toute médiation angélique, tantôt aussi décrites comme ayant besoin des souffrances de l'Apôtre comme d'un supplément et d'un appoint. La solution du problème a été indiquée d'un mot, lorsque l'Apôtre, soit au V. 23, soit au v. 25, se dit le sei-viteur de l'Evangile ou de l'Eglise : il ne faut que bien comprendre sa pensée. Si l'on regarde les souffrances du Seigneur en leur réalité absolue, ah ! il n'y manque rien : il a été vraiment rassasié de douleur, et d'humiliation (Sum. Theol, 3% qualest. XLVl, art. 5, 6, 7). Si on regarde ces mêmes souffrances au point de vue de leur application intentionnelle, et de leur suffisance pour l'universalité de la famille humaine, rien encore ne leur fait défaut : Omnes homines vult salvos fieri. Mais il en est autrement si nous considérons ces souffrances du Seigneur dans leur application réelle et leur efficacité historique. Tout n'est pas fini au Calvaire. Le trésor méritoire a été constitué, il n'est

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