PRIX DES SOUFFRANCES
et ne sera dispensé que par l'Eglise, le corps de Notre-Seiffneur Jésus-Christ. Il est vrai tout à la fois que nous avons été sauvés au Calvaire, et que nous ne sommes sauvés et sanctifiés que dans et par notre famille surnaturelle. Si l'Apôtre ne remplit pas sa fonction, si le martyr refuse le témoignage de son sang, si les pontifes n'enseignent pas, si les confesseurs et les vierges se dérobent, si les prêtres ne donnent pas les sacrements, si les institutions de mortification, d'éducation surnaturelle et de prière s'attiédissent, si l'ensemble des ministères actifs de l'Eglise se ralentit dans son mouvement ; le trésor constitué par les souffrances du Seigneur ne perdra sans doute rien de son infinie plénitude, mais l'effacement des procédés qui le dispensent entraînera, comme conséquence fatale, que le trésor demeurera infructueux et non appliqué. Il est donc vrai qu'il manque quelque chose aux souffrances du Christ. Et ceci même est à l'honneur du Christ^ parce que c'est en lui que puisent ceux qui l'achèvent, et parce que la grandeur du Christ s'accroît de s'être cherché et d'avoir trouvé des auxiliaires. Et comme à l'arrière-plan de la pensée de l'Apôtre, l'Eglise est toujours présente, la souffrance des membres et surtout des Apôtres est postulée par leur union étroite à leur chef qui a souffert, et leur fait une loi dé souffrir après lui. Ainsi la souffrance de l'Apôtre en sa chair est moins ordonnée à sa sanctification personnelle qu'à l'accroissement et au bien-être de tout le corps du Christ. Il se disait tout à l'heure le serviteur de l'Evangile (23), il se dit maintenant et dans le même sens serviteur de l'Eglise (25) : toujours serviteur, agissant et souffrant dans l'intérêt d'un autre. On s'explique à ce point de vue que l'Apôtre se réjouisse devant Dieu de ces mêmes souffrances qui profitent à l'Eglise et aux Colossiens.
Il parle, il souffre, il est prisonnier parce qu'il est apôtre; c'est la désignation de Dieu qui l'a investi d'un office actif dans l'Eglise. Nous le savons par l'épître aux Ephésiens (IV, 11), à côté de la grâce qui fait les chrétiens et les enfants de Dieu, il existe dans l'Eglise des vocations spéciales à une
fonction déterminée, ordonnée au bien de l'Eglise de Dieu. C'est la première forme de grâce qui fait l'unité dans l'Eglise; c'est la seconde qui y fait naître la variété, mais pour se résoudre enfin, elle aussi, dans l'unité (Eph., IV, 13). Or la vocation active et la fonction de l'Apôtre, c'est d'être serviteur, et, dans sa pensée, de n'être que cela. On lui a confié l'office d'être partout, et spécialement chez les Colossiens, l'interprète de la pensée de Dieu et d'en achever en eux l'intelligence. Peut-être les Colossiens n'en ont-ils pas encore embrassé l'étendue et sondé la profondeur : car alors, vraisemblablement, ils n'eussent même pas prêté l'oreille aux doctrines nouvelles. Leur foi eût été glorieusement fixée dans la contemplation de ce mystère, que les siècles passés et les générations précédentes n'ont pas connu, mystère qui est la fin de toutes les œuvres de Dieu, le terme de ses desseins, la raison de la création, l'œuvre à laquelle s'ordonnent l'Incarnation et la Rédemption elle-même : la famille angélique et la famille humaine, ramenées à l'unité dans le sein de Dieu. Ce mystère inconnu a été caché longtemps. Sans doute il était trop grand pour être livré dès la première heure et avait besoin d'une longue préparation. Au chapitre XVIII de la Genèse et parlant à son grand serviteur Abraham, Dieu disait : « Est-ce que je pourrai cacher à Abraham ce que j'ai l'intention de faire ? » Et il laissa dès lors échapper quelque chose de son dessein. Mais aujourd'hui, après les Anges qui ont appris dans la réalisation historique de ce dessein les richesses infinies de la sagesse de Dieu (Eph., III, 10), les saints et les justes du Nouveau Testament en ont reçu la manifestation plénière. Dieu leur a révélé le mystère du Christ habitant en nous, l'espérance glorieuse, proposée à toute l'humanité, de vivre embrassée et comme enveloppée dans la vie de Dieu. Pour l'Apôtre, en effet, tout ce qui s'est passé dans le Seigneur doit se reproduire en chacun de nous. Il nous le dira au commencement du chapitre III de cette épître : c'est là le thème divin de la prédication apostolique. Les apôtres, et saint Paul, et Timothée ne savent pas autre chose,