LE MYSTÈRE DU CHRIST
et leur parole n'a d'autre dessein que de purifier tout homme de ses erreurs, d'éclairer tout homme en lui enseignant toute sagesse, de préparer ainsi tout homme à paraître devant Dieu : le terme omnem hominem est répété trois fois, afin de montrer le caractère universel de la Rédemption. En prenant ' notre chair, le Verbe de Dieu est devenu le frère de tout homme venant en ce monde ; la pensée de la Rédemption est universelle, elle aussi, et le bien surnaturel appartient à chacun. Nul n'est écarté du banquet éternel, sauf celui qui se dérobe. C'est la communion des saints. Toui est ordonné à la sainteté de chacun, il n'est pas de grâce à qui chacun ne puisse légitimement prétendre. Et l'Apôtre, qui a charge d'âmes, ne se permet aucun relâche dans son travail et dans son effort, aidé, produit par la puissance de la grâce de Dieu qui est en lui.
A l'heure même où il parle aux Colossiens du mystère du Christ, l'Apôtre ne le fait que brièvement. Il l'a fait ex professa, dans son épître aux Ephésiens, que la communauté de Colosses lira. Il en dit assez pourtant afin de révéler aux Colossiens avec l'infinie plénitude qui est dans le Christ, avec les richesses incomparables de ce mystère, la grandeur et la dignité du chrétien. Il ne s'agit plus maintenant de l'économie judaïque, réduite à un peuple chétif : la vie de Dieu se répand sur toute l'humanité. Mais il s'agit bien moins encore de cette mesquine théorie qui, à la place du mystère du Christ et de son universalité, ne nous présente que la médiation des Anges, limitée à une vaine et orgueilleuse aristocratie. Tout homme a droit, dans le catholicisme, à toute la doctrine, à tous les sacrements, à toutes les grâces, à toute la prière des saints, à tout le travail de l'Apôtre : même les grâces charismatiques, qu'il ne possède pas, sont encore pour son utilité et son édification. La critique de l'hérésie colossienne est implicitement contenue déjà dans le seul exposé de la doctrine, et dans le parallèle qui s'établit de lui-même entre la vérité et l'erreur.
SOLLICITUDE DE L'APOTRE
1 Volo enim vos scire qualem solicitudinem habeam pro vobis, et pro lis, qui sunt Laodiciae, et quicumque non viderunt faciem meam in carne : 2 ut consolentur corda ipsorum, instructi in charitate, et in omnes divitias plenitudinis intellectus, in agnitionem mysterii Dei Patris et Christi Jesu : s in que sunt omnes thesauri sapientiae, et scientiae absconditu
Le mystère du Christ est tout à la fois plénitude et universalité : plénitude dans sa source, le Christ, puisque toute la divinité habite en lui voilée seulement par la nature humaine, puisqu'il a plu à Dieu que toute grâce surnaturelle fût concentrée en lui seul, puisque tous les trésors de la sagesse et de la science sont cachés en lui ; mais aussi universalité, puisque tout homme est appelé à bénéficier de la médiation du Christ, puisqu'il n'est aucun qui ne puisse prétendre à la doctrine et aux richesses du mystère, puisque toute vérité, toute grâce, toute sagesse, toute perfection est pour tout homme qui est entré en Jésus-Christ par le baptême : et l'activité surnaturelle de l'Apôtre s'emploie toute, nous venons de le voir, à réaliser le dessein de Dieu.
Car l'Apôtre portait en lui la sollicitude de toutes les Eglises. Les communautés de Laodicée, de Colosses, d'Hiérapolis, pouvaient se dire : il ne nous connaît pas ; nous le connaissons pour en avoir entendu parler, mais il n'a prêché qu'à Ephèse, et n'est apôtre pour nous que médiatement. Les trois premiers versets du chapitre II, qui forment transition entre ce que nous avons appelé la portion doctrinale et la portion polémique de l'épître, écartent la pensée de ce désintéressement, peut-être imputé à l'Apôtre, à l'égard des Eglises qu'il n'avait pas évangélisées lui-même. J'ai appris, leur dit-il, les doctrines d'erreur qui s'efforcent de troubler les Eglises de Colosses et dé Laodicée, et d'autres Eglises qui