ÉLIMINATIONS SUCCESSIVES
ancienne, hostile de sa nature : elle interdit, elle donne saveur au fruit défendu, elle ne donne pas la force d'accomplir, et condamne sévèrement l'infraction. L'économie nouvelle a changé tout cela : avec la loi purement extérieure, ont été abrogés tous les éléments que l'ancienne alliance ne pouvait supprimer : le péché, la chair, la nature adamique, l'homme premier : Christo confixus sum cruci. C'est là tout ce que le Seigneur a détruit en l'attachant à la croix.
Reste le verset 15, qui ne se comprend bien, ce nous semble, qu'à la condition de se rattacher à la pcnsce générale de l'Apôtre, et à l'abrogation de la loi, prononcée au verset précédent. Après avoir écarté la loi, la loi juive surtout, restait à écarter les Anges. N'oublions pas que les Anges avaient leur grande place dans l'erreur colossienne. De plus selon la doctrine de l'Apôtre, ils ont servi d'intermédiaires lors de la promulgation de la loi : il est dit en effet aux Galates (III, 19) que la loi ancienne a été ordinata per Angelos in manu mediatoris ; par saint Etienne : Accepistis legem in dispositione Angelomm (Act., VII, 53) ; et il est parlé aux Hébreux de la loi comme d'un discours où les Anges ont servi d'organes : qui per Angelos dictus est sermo (Hebr., II, 2). La pensée de l'Apôtre implique clairement que par la révolution religieuse la loi est abrogée, et les Anges eux-mêmes évincés : il reste pourtant à expliquer ce que signifie Vexpolians principatus et potestates de la Vulgate, Car la traduction de saint Jérôme que nous venons de citer, suppose que les Anges ont été enveloppés dans la révolution religieuse du christianisme et que le Seigneur, dans sa victoire, les a dépouillés soit de leurs richesses et de leur butin, soit même de leurs armes (Cf. Gen., XIV, 16 ; Luc, XI, 21, 22), sauf à reconnaître ensuite quelles sont ces richesses et quelles ces armes.Si on y regarde de plus près, le texte grec àTrsxSucrâtJLEvoi; se prête difficilement à la traduction de saint Jérôme. L'Apôtre s'est servi de cette expression au verset 11 de ce chapitre et au chapitre III, 9, 10, 12, et dans tous ces cas le verbe et le substantif qui en est dérivé ont le sens réfléchi de « se dé-
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vêtir soi-même », non de dépouiller autrui. Et l'ancienne Italique l'a ainsi compris ; elle porte exuens se, et fait de principatus et potestates, le régime non de expolians, mais de traduxit, ce qui violente le texte, et prive du même coup expolians du régime auquel il a droit.
Le terme âirôxSuffàp.evo*;, créé par l'Apôtre, et le coniQxiQ impliquent deux idées : l'idée d'un dépouillement et, qu'on nous permette le mot, d'une dévestition ; l'idée aussi de l'éviction des Anges, dessaisis, dépossédés par cette dévestition ellemême. Et dès lors la pensée de l'Apôtre pourrait être celle-ci : Le monde matériel étant sous la juridiction des Anges, et le Seigneur étant par son vêtement de chair, soumis à la faim, à la soif, à la douleur, à toutes les infirmités humaines compatibles avec sa dignité de rédempteur, il échappe à ces conditions et dès lors à l'autorité angélique, le jour où en mourant, il se dépouille de sa mortalité. Ce sens est acceptable en soi et comme pensée.
II cesse de l'être lorsque nous remarquons que le sujet implicite des verbes et participes des versets 12 à 15, ce n'est pas le Verbe incarné mais le Père lui-même, qui ayant réveillé son Fils d'entre les morts (12), nous a ressuscites avec lui, en effaçant toutes nos fautes, en rapportant la loi (14), en dessaisissant les Principautés et les Puissances. Je sais bien que la Vulgate a traduit les derniers mots du verset 1 5 en nous faisant lire : triumphans in semetipso ; mais cette traduction est trahison, et sans aucun doute, le texte original signifie in ipso, Iv au-ccp .
Dès lors, et enfin, le sens de tout le passage nous semble être celui-ci : De même que la circoncision judaïque a été remplacée par la circoncision spirituelle, la loi judaïque et le judaïsme tout entier attachés à la croix ; les Anges aussi qui ont été autrefois, lors de sa promulgation, les organes de cette loi, sont évincés et dessaisis à leur tour : novissime diebus istis locutus est nobis in Filio (Hebr., I, 2). On ne leur demande plus rien aujourd'hui. Dieu s'est servi d'eux ..autrefois comme d'intermédiaires, et, pour s'adresser aux