‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 452 sur 663 · DEVOIRS DES BAPTISÉS · texte numérisé non relu

DEVOIRS DES BAPTISÉS

contre les surprises de la vie. Charité, ce n'est pas sympathie, ce n'est pas entraînement, ce n'est même pas tendresse : chez l'Apôtre, la charité c'est la conscience de notre unité commune dans le Christ ; cette charité est le lien de la perfection, la garantie de sa persévérance, l'ensemble des vertus ramenées à leur raison et à leur racine commune. L'égoïsme est la raison première de toutes les divisions, le mien et le tien sont à la base de tous les conflits entre les hommes et les peuples : la charité élimine l'égoïsme et groupe les âmes dans le vouloir et l'amour du Christ, Sans elle toutes les vertus s'évanouissent, et les âmes ietournent à leur division.

Saint Thomas a fait remarquer très justement (2* 2", quaest. XXVIII et X^IX) que la paix et la joie n'étant pas des dispositions opératives, ne sont pas à proprement parler des vertus ; elles sont seulement, dit-il, les fruits bénis de la charité, et la région où s'exercent toutes les vertus. La paix dont l'Apôtre nous parle après la charité, est conçue par lui, au isens du texte grec, comme un arbitre, un juge de camp, qui termine par une décision souveraine tout débat, toute contestation. Un litige de détail s'élevant entre chrétiens sera ainsi arbitré dans nos cœurs, comme dans le tribunal intérieur, par la paix du Christ. Car si nous avons été par la vocation de Dieu appelés à faire partie du corps du Christ, c'est sans doute afin que la paix du Christ règne parmi nous. Soyons reconnaissants envers Dieu : Gratias Deo super inenarrabili dono ejus.

Nul ne demandera à l'Apôtre de disposer le détail de ses exhortations selon la méthode sévère d'un traité de théologie. Il se borne à rappeler aux baptisés leurs devoirs essentiels, ceux qui découlent le plus immédiatement de leur union à Jésus-Christ, ceux qui assurent le mieux l'ordre et la tranquillité de la communauté chrétienne. Les versets qui suivent sont une redite de ce que nous avons lu déjà (Eph., V, 19,20). Les Golossiens se garderont facilement des fausses doctrines, si l'enseignement du Christ remplit leur pensée ,* mais ce n'est qu'une parenthèse rapide. Et le mouvement de la phrase

au V. 16, reprend avec in omni sapientia docentes. La Vulgate a traduit très correctement en disant : commonentes vos metipsos, car le grec porte vouBêtoûvtcç sauToù; : et le sens es bon, car il invite les Colossiens à se corriger et à s'éclaire eux-mêmes, par une action réfléchie. Mais l'Apôtre s'est par fois servi de eau-rojç avec la signification de ak'kT}.ou(;, et uni idée de réciprocité. Ainsi nous serions portés au bien par 1; parole du Seigneur qui est en noiis : Verbum Christi habite in V obis abundanter; nous y serions portés aussi par la parok la correction, et les exemples de nos frères. Sans doute nou; trouvons ici une allusion aux réunions chrétiennes, dans l'in timité fraternelle de communautés encore peu nombreuses, o\ au milieu des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituel; et grâce à l'effusion des dons charismatiques, les fidèle pouvaient s'encourager et s'édifier mutuellement. Ce serait ic le lieu de renvoyer le lecteur à la X« épître de Pline le jeune à l'Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe (II, 17 ; V, 28), à Ter tullien (Apolog., XXXIX, et ad Uxorem, II, 8), pour la des cription des réunions chrétiennes aux premiers siècles d l'Eglise, et l'exercice de la charité fraternelle. La charité en vers Dieu y trouvait aussi son compte, dans la piété intérieur qui animait leurs chants.

Ce programme de vie chrétienne s'achève en une for mule qui le résume tout entier, et attache toute notre activit à son centre : Paroles et œuvres, tout ce que vous faites faites-le au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par lu rendez grâces à Dieu le Père. N'est-ce pas ce qu'exige d nous ce mystère du Christ au centre de qui nous avons et portés ? L'enseignement spirituel qui nous incline à l'imitatioi de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la pureté d'intentioi habituelle, à la relation constante de nos œuvres à Dieu, ni trouve-t-il pas ici sa raison première et profonde ? Oui, nou imiterons Notre-Seigneur Jésus-Christ non seulement comm un modèle qui nous soit objectivement proposé et dont l'Evan gile nous montre les exemples, mais par déférence et docilit à son influence intérieure et à sa direction. Nous agiron

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