ACTION DE DIEU DANS L'ÂME
selon lui. C'est vraiment lui qui vivra et agira en nous. Nous ferons toute chose en son nom. Lorsqu'une œuvre se fait au nom d'un autre, celui qui paraît l'accomplir s'efface réellement devant celui au nom de qui il agit ; il n'est que moyen, instrument, et ce qui se fait remonte et reflue à celui qui est la source de l'action, puisque l'action se fait en son nom, sous son influence et sa vertu. La vie du Seigneur est en nous ; nous sommes portés dans cette plénitude. L'imitation de Notre-Seigneur consiste donc pour nous moins à calquer un modèle extérieur, qu'à nous prêter avec souplesse à l'influence vivante, du Seigneur qui est en nous : Ce n'est plus moi, et ce n'est plus Adam, c'est le Seigneur, disait l'Apôtre, qui vit en moi.
Quelqu'un a dit : Les hommes sont entre eux comme la région de leur âme oii ils habitent. Cela est vrai ; mais parce que la vie est une activité ordonnée, j'aime mieux dire que les hommes sont entre eux comme la région de leur âme d'où procède leur action. N'est-il pas vrai qu'on agit tantôt par instinct, par réflexes, tantôt selon le tempérament ou le calcul, ici par habitude, habileté, là par vanité, fierté, coquetterie ? Toute l'activité vitale est alors confisquée par le sensible, et s'appuie sur un élément personnel toujours chétif. Dieu a donné mieux au chrétien pour appuyer sa vie et son activité : toutes ses œuvres doivent partir de ce fond divin, de ce trésor vivant qu'il porte en lui. La théorie de l'immanence, hier en si grande faveur, et qui, à la suite des doctrines allemandes, a revendiqué pour l'homme le droit de tout tirer de lui-même, la loi de sa pensée, la loi de son vouloir, la règle de son activité et jusqu'à l'ensemble de la religion ellemême, cette théorie n'eût fait qu'énoncer une grande vérité chrétienne, si elle eut consenti à reconnaître que le chrétien a ce glorieux privilège, non pas de puiser en lui, mais de puiser en Dieu qui est en lui, toute direction intellectuelle et morale, et en tout ordre. Il y a plusieurs années déjà que l'Apôtre nous a dit : Quicumque Spiritu Dei aguntur, ii sunt jilii Dei (Rom., VIÏI, 14). Et depuis des siècles l'Eglise n'.a
cessé de dire à Dieu : Actiones nasfras, quaesumiis Domine^ adspirando praeveni, et adjuvando prosequere, ut cuncta nostra oratio et operatio a te semper încipiat, et per te coepta finiatur. Est-ce là autre chose que le commentaire de ce que saint Paul vient de nous dire ? Et c'est tellement par le Seigneur et sous sa main que nous devons faire toute chose, que c'est encore par lui que notre réconnaissance doit monter vers Dieu. Les âmes bien faites s'arrêteront à loisir devant cette formule régulatrice de toute la vie chrétienne,