‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 455 sur 663 · EXERCICE DE L' AUTORITÉ · texte numérisé non relu

EXERCICE DE L' AUTORITÉ

encore les deux premiers, dans sa pensée constante, dérivent du troisième. Les devoirs mutuels des époux, des parents et des enfants, des maîtres et des serviteurs, sont ramenés à ces seules lignes : l'épouse sera soumise à son époux, comme il convient dans le Christ. (Pour bien reconnaître tout ce qui est impliqué dans ce raccourci, se reporter au chapitre V des Ephésiens, 23-33.) L'Apôtre avait le droit de se résumer, sachant très bien qu'il y aurait entre les Eglises communication mutuelle de ses deux lettres (Col., IV, 16). L'époux, de son côté, évitera l'humeur exigeante, âpre, hautaine, et par son amour, sa fidélité, son dévouement, se conformera à l'idéal qui lui est proposé dans l'union de Jésus-Christ et de l'Eglise.

Les enfants obéiront en tout à leurs parents, comme il convient à ceux qui sont dans le Christ. L'expression in Domino, comme nous la lisons aux versets 18, 20 et 23, n'a pas précisément, dans la pensée de l'Apôtre, le dessein de mesurer l'obéissance aux seules prescriptions qui sont approuvées de Dieu et conformes à son vouloir, mais d'incliner à l'obéissance et à la docilité par le motif de l'appartenance commune au Seigneur et de l'union à son esprit. Le mystère du Christ ne s'éloigne jamais de sa pensée, c'est là et au cœur de l'homme que se trouve la solution de tous les problèmes et le secret de toutes les attitudes normales. Aussi ne trouvons-nous ici aucune protestation contre la patria potestas, telle qu'elle était entendue, et surtout étendue, chez les Romains : seulement, l'autorité du père est invitée à ne s'exercer jamais avec hauteur, de peur d'exaspérer ou de décourager les enfants par des exigences despotiques.

Et de même qu'il ne prétend pas innover, ni procéder par voie révolutionnaire dans les rapports des parents aux enfants, ici comme aux Ephésiens, l'Apôtre prend son parti de la condition servile, et des relations de maître à esclaves telles que l'usage leis avait établies.

Mais autant il a été bref, dans son épître aux Colossi^ns, pour les prescriptions que nous venons de lire, autant

il s'arrête à la question des esclaves. L'exercice du pouvoir paternel avait, sans doute, ses excès ; mais l'amour naturel du père pour son fils plaidait du moins pour la victime : tout père frappe à côté. Au lieu que rien ne défendait l'esclave, diminué dans sa personne, et livré sans défense à l'arbitraire. De plus, un incident venait de se produire, dont nous aurons à parler bientôt, qui peut-être appela plus encore l'attention de l'Apôtre sur l'esclavage romain. Il n'est pas impossible que les entretiens avec Onésime, l'esclave fugitif e1 converti, lui aient révélé le surcroît de mépris, de violence, de cruauté, de luxure, que le monde romain avait surajouté à l'humilité de la condition servile. Et pourtant, afin de réagii contre ce mal invétéré, l'Apôtre ni ne prendra le rôle de Sertorius ou de Spartacus, ni ne prescrira une libération er masse qui eût été équivalente à la guerre civile ; il se bornera à élever le cœur de l'esclave, à le rendre digne de la liberté, à l'y préparer intérieurement.

Chose remarquable, totalement étrangère à nos pensées modernes et qui suffirait, à elle seule, à venger l'obéissance du reproche de n'être qu'une vertu passive, la prescriptior commune que donne l'Apôtre à l'épouse (18), à l'enfant (20) à l'esclave est toujours celle-ci : Obéissez, obéissez en tout Mais c'est consacrer la servitude ! Saint Paul ne le pense pas. Ce qui fait la servitude, ce n'est pas d'obéir. Peut-être n'avons-nous jamais plus conscience de notre force et de notre liberté que lorsque nous obéissons, et marchons résolument dans le sens du plus grand effort. Il faut le redire : esclavage et liberté sont chose d'âme : nous pourrions l'apprendre des païens eux-mêmes ; ce n'est ni la condition à laquelle je suis réduit par un fait humain, ni les œuvres matérielles auxquelles je suis voué, qui font de moi un esclave ; nul n'est esclave que par sa faute, s'il s'incline devani qui n'a pas de titre à lui commander, s'il obéit à une autorité réelle en des matières où elle n'a pas de titre à s'exercer, s'il obéit par contrainte ou par terreur, au lieu d'unir sa pensée à la pensée de l'autorité légitime. Hors de là, l'obéis-

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