‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 46 sur 663 · CHYPRE · texte numérisé non relu

CHYPRE

5 Et cum venissent Salaminam, praedicabant verbum Dei in synagogis Judaeorum. Habebant autem et Joannem in ministerio. ^ Et cum perambulassent universam insulam usque Paphum, invenerunt quemdam virum magum pseudoprophetam, Judaeum, cui nomen erat Barjesu, ^ qui erat cum proconsule Sergio Paulo viro prudente. Hic, accersitis Barnaba, et Saulo, desiderabat audire verbum Dei. s Resistebat autem mis Elymas magus (sic enim interpretatur nomen e'jus), qaaerens avertere proconsulem a fide. 9 Saulus autem, qui et Paulus, repletus Spiritu sancto, intuens in eum, lo dixit : O plene omni dolo, et omni fallacia, fili diaboli, inimice omnis justitiae, non desinis subvertere vias Domini rectas. 11 £f nunc, ecce manus Domini super te, et eris caecus, non videns solem usque ad tempus. Et confestim cecidit in eum caligo, et tenebrae, et circuiens quaerebat qui ei manum daret. 12 Tune proconsul cum vidissei factum, credidit admirons super doctrina Domini.

C'est la première expédition de l'Apôtre saint Paul : nous pouvons la regarder comme accomplie en 46 et 47. Elle part d'Antioche ; elle y reviendra (XIV, 25) . Saint Paul et saint Barnabe agissent de concert ; Jean Marc les accompagne, mais comme leur aide et à titre inférieur. Après le congé affectueux de la communauté d'Antioche, ils se rendent à Séleucie, le port d'Antioche ; et comme pour faciliter les débuts de leur apostolat, l'Esprit de Dieu les guide vers des régions qui leur sont connues. Barnabe était Cypriote ; les vents de la saison les conduisent de Séleucie à l'île de Chypre, à Salamine, située à l'est de l'île. Leur prédication s'adresse aux synagogues des Juifs, semées partout en Orient. Aucun incident considérable ne semble avoir signalé d'abord la prédication des deux apôtres. Ils parcoururent l'île de Chypre en toute sa longueur, de l'est à l'ouest, et arrivèrent à Paphos. C'était la résidence du proconsul Sergius Paulus. Cet

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homme sage et prudent, comptait parmi les familiers de sa maison un magicien juif du nom de Bar-Jésu, et qui avait ajouté à ce nom celui d'Elymas, le Magicien. Doué d'une âme droite et curieuse le proconsul s'avisa de faire venir Barnabe et Saul pour entendre la parole de Dieu ; mais Elymas avait trop d'intérêt à contester avec les apôtres et à détourner Sergius de son loyal dessein.

A partir du verset 9, celui qui jusqu'alors s'est appelé Saul prend et garde le nom de Paul : il est naturel de penser qu'au moment d'entrer dans le monde romain, l'Apôtre, qui professait se faire tout à tous, ait voulu renoncer, tout en en conservant quelque chose, à un nom de forme très juive, pour en adopter un autre voisin du premier, plus capable de l'accréditer auprès de ses auditeurs. Le nom de Paul avait, à volonté, une désinence grecque, une désinence latine. D'ailleurs les exemples de bionymies étaient fréquents : les rapports avec une société ou une langue nouvelle entraînaient souvent l'usage d'un nom nouveau, superposé, plus familier à la société d'adoption et formé par traduction, allusion ou allitération du nom ancien. Le mage que Paul va aborder avait lui-même deux noms, Bar-Jésu et Elymas.

Sous l'influence de l'Esprit de Dieu, Paul leva les yeux sur son adversaire et l'interpella sans douceur : « Homme de fourberie et de malice, lui dit-il, ton nom est fils de Dieu Sauveur, mais tu es réellement le fils du diable et l'ennemi de toute justice. C'est t'ingénier trop longtemps à pervertir et à déconcerter ce que le Seigneur veut faire par sa grâce. Mais voici que la main du Seigneur est sur toi, et pour un temps tu seras aveugle et privé de la lumière du soleil. » Aussitôt le mage fut frappé d'aveuglement et, comme plongé dans les ténèbres, il cherchait à tâtons un guide qui lui donnât la main. Le proconsul, à cette vue, demeura interdit et crut à la doctrine du Seigneur. Telle fut, en cette expédition, la première grande conquête ; elle a donné lieu à saint Jérôme et à saint Augustin de penser que saint Paul avait adopté comme un trophée de victoire, le nom de son converti.

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