‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 47 sur 663 · ANTIOCHE DE PISIDIE · texte numérisé non relu

ANTIOCHE DE PISIDIE

13 Et cum a Papho navigassent Paulus, et qui mm eo erant, vénérant Pergen Pamphyliae. Joannes autem discedens ab eis, reversas est Jerosolymam. '^^'^ Illi vero pertranseunies Pergen, vénérant Antiochiam Pisidiae : et ingressi synagogam die sabbatoram, sederant, i5 Post lectionem autem legis, et prophetarum, miserant principes synagogae ad eos, dicentes : Viri fratres, si guis est in vobis sermo exhortationîs ad plebem, dicite.

De Paphos, saint Paul, saint Barnabe, Jean Marc firent voile vers l'Asie-Mineure et la province la plus voisine, celle de Pamphylie. La région était familière encore à saint Barnabe et à saint Paul, comme voisine de l'île de Chypre et de la Cilicie. Elle l'était moins à Jean Marc dont la vie s'était passée jusque-là auprès de sa mère à Jérusalem. Il n'eut pas la force surnaturelle ni la résolution des deux apôtres qu'il accompagnait. Peut-être néanmoins demeura-t-il à leur aide au cours de leur ministère à Pergé et en Pamphylie. On a pu supposer, en lisant le chapitre IV de l'épître aux Galates (13, 14, 15), que l'apôtre saint Paul, soit extrême fatigue, soit influence du climat, avait été saisi à Pergé de ce malaise périodique et violent dont il a parlé ailleurs, (H Cor., XII, 7, 8, 9) ; et que c'était un de ces accès qui l'avait obligé à chercher au nord de la Pamphylie une région plus salubre. Rien de tout cela n'est improbable ; mais on devine quels furent les effrois de Jean Marc lorsqu'il se vit entraîné à tous les périls et les hasards d'une région inconnue, et à la suite de la trempe résolue de saint Paul. Dans le court récit des Actes, les événements se réduisent, les détails s'effacent, mais l'Apôtre y a suppléé ensuite, lorsqu'il y a été contraint, par l'effrayante énumération de ses tribulations et de ses périls de toute sorte (II Cor., XI, 23-29). Il est bien vraisemblable qu'il se rencontra, dans ces premiers débuts du ministère apostolique, de dures surprises. Sans doute, comme elle était à portée de la Grèce, des colonies de la mer Egée, de l'Egypte et de la Syrie, sous l'influence aussi de dynasties

grecques qui avaient gouverné la Syrie et l'Egypte, l' Asie- Mineure s'était imprégnée d'hellénisme ; mais la civilisation grecque laissait subsister dans les peuples indigènes quelque chose des instincts primitifs. L'influence civilisatrice était plus sensible sur la côte, sur toute la frange méridionale qui s'incline vers la Méditerranée. Plus haut on rencontrait les montagnes du Taurus, sensiblement parallèles à la côte, puis, au-delà, les grands plateaux du centre. Les peuplades de la région montagneuse, n'ayant pour elles ni le trafic de la côte, ni la fertilité des plaines centrales, vivaient de rapine et de pillage. Au dire des historiens païens, la Cilicie, l'Isaurie, la Pamphylie, la Pisidie étaient infestées de voleurs : devant de telles perspectives on s'explique que Jean Marc ait manque de cœur, dit adieu même à saint Barnabe, et s'en soit retourné à Jérusalem.

De Pergé, et tout en semant l'Evangile sur le chemin. Paul et Barnabe vinrent à Antioche de Pisidie, presque au centre de l'Asie-Mineure. Il y avait des Juifs là comme ailleurs. Nous l'avons dit déjà, après le retour de l'exil, les synagogues s'étaient multipUées non seulement à Jérusalem et en Judée, mais dans toutes les régions où l'exil, la dispersion, la captivité, le trafic, les hasards des mouvements politiques avaient créé une communauté de Juifs et bientôt des prosélytes. Toutes étaient en rapport avec la grande Synagogue de Jérusalem dont elles recevaient le mot d'ordre^ Cela nous explique tout à la fois et l'appui ou point de suture que les apôtres trouvaient partout pour offrir la vérité évangélique, et aussi l'énorme résistance qu'élevait contre le christianisme naissant l'hostilité déclarée du mosaïsme. Ainsi, l'organisation politique du monde romain dans sa puissante concentration, et l'organisation religieuse dont le centre était à Jérusalem servaient toutes deux, dans une mesure, la diffusion du christianisme ; mais toutes deux, surtout si elles agissaient de concert, pouvaient aussi d'un mot l'étouffer dans son berceau.

Saint Paul et saint Barnabe entrèrent donc dans la syna-

gogue d'Antioche, le jour du sabbat, et prirent place. Le judaïsme était une grande et large fraternité : grâce aux synagogues, lieux de réunion et de prière commune, mais non de sacrifice, un Juif était partout chez lui. Peut-être Paul et Barnabe étaient-ils connus déjà. Peut-être avaient-ils avisé de leur venue ; toujours est-il que le premier accueil fut courtois et affectueux. Et après la lecture accoutumée de la Loi et des Prophètes, qui fournissait le texte de l'homélie ou exhortation (Luc, IV, 17-22), les chefs de la synagogue invitèrent gracieusement Paul et Barnabe, qui sans prétention s'étaient rangés parmi les simples fidèles, à prendre la parole pour l'édification de la communauté. On a pu supposer que les divisions de l'Ecriture lues ce jour-là étaient le premier chapitre du Deutéronome, qui ménageait à l'Apôtre l'occasion de résumer, comme l'avait fait saint Etienne, l'histoire religieuse des Juifs, ce qui leur était toujours sensible. Le passage des Prophètes aurait été le chapitre I d'Isaïe et amenait le thème de la rémission des péchés. Quoi qu'il en soit, l'Apôtre ne se fit pas prier pour prendre la parole ; toute chaire lui était bonne pour parler de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il se leva, demanda de la main le silence et commença, s'adressant tout à la fois et aux Juifs de nation et aux prosélytes. Le discours, plus spécialement encore que les événements de ce voyage, n'a pu être établi que sur les indications de l'Apôtre lui-même : saint Luc n'est ici que narrateur.

Le thème de saint Paul a trait d'abord à la Providence et à la prédilection de Dieu envers son peuple ; cette prédilection s'achève dans un dernier et solennel bienfait : le salut offert en la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le fils de David (16-25). — Les Juifs de Jérusalem ont écarté le salut qui leur était offert, ils ont mis à mort le libérateur luimême, mais Dieu l'a retiré du tombeau (26-37). — C'est en Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité que nous obtenons la justice et le salut (38-41).

142 ACTES. — CHAPITRE XIIÏ

16 Surgens autem Paulus, et manu silentium indicens, ait : Viri Israelitae, et qui timetis Deum audite : i7 Deus piebis Israël elegit patres nostros, et plebem exaltavit cum essent incolae in terra Aegypti, et in brachio excelso eduxit eos ex ea. 18 Et per quadraginta annorum tempus mores eorum sustinuit in deserto. i9 Et destruens gentes septem in terra Chanaan, sorte distribùit eis terram eorum, 20 quasi post qua~ dringentos et quinquaginta annos : et post haec dédit judices, usque ad Samuel prophetam. ^'i-Et exinde postulaverunt regem : et dédit illis Deus Saul filium Cis, virum de tribu Benjamin, annis quadraginta. 22 Et amoto illo, suscitavit illis David regem : cui testimonium perhibens, dixit : Inveni David filium Jesse, virum secundum cor meum, qui faciet omnes voluntates meas. 23 Hujus Deus ex semine secundum pro~ missionem eduxit Israël salvatorem J.esum, 24 praedicante Joanne ante faciem advenfus ejus baptismum poenitentiae omni populo Israël. 25 Cum impleret autem Joannes cursum suUm, dicebat : Quem me arbitramini esse, non sum ego, sed ecce venit post me, cujus non sum dignus calceamenta pedum solvere.

Les Juifs, par leur naissance, les prosélytes en vertu de leur adoption, étaient les fils des Patriarches ; c'était leur histoire commune que rappelait saint Paul en parlant du séjour des Hébreux en Egypte, de leur libération miraculeuse, des quarante années de pèlerinage dans le désert, des peuples chananéens éliminés d'une terre promise par Dieu à la race élue, à la famille d'Abraham. Saint Paul assigne quatre siècles et demi au régime des Juges, depuis l'occupation de la terre de Chanaan jusqu'à l'avènement de la royauté. Les chiffres sont arrondis à dessein, les formules approximatives, et la leçon douteuse.

Le discours ne donne qu'une mention rapide au premier des rois d'Israël, Saiil, (de même nom et de même tribu que le prédicateur lui-même), pour arriver, au plus tôt, au roi prédestiné, au roi selon le cœur de Dieu, et en lui et par lui,

à Celui de ses fils dont il n'était lui-même que la glorieuse figure, Jésus, celui qui sauve. Les voies lui ont été ouvertes auprès de Jérusalem par Jean le Précurseur, que plusieurs regardèrent comme le Messie ; mais Jean-Baptiste les détrompait : « Non, leur disait-il, ce n'est pas moi ; mais voici qu'il vient après moi, ajoutait-il, d'une grandeur telle que je ne suis pas digne de lui dénouer la chaussure. »

26 Viri fratres, filii generis Abraham, et qui in vobis timent Deum, vobis verbum salutis hujus missum est. 27 Qui enim habitabant Jérusalem, et principes ejus hune ignorantes, et voces prophetarum, quae per omne sabbatum leguntur, judicantes implevefunt. 28 Et nullam causam mortis invenientes in eo, petierunt a Pilato, ut interficerent eum. 29 Cumque consummassent omnia, quae de eo scripta erant, déponentes eum de ligno, posuerunt eum in monumento. 30 Deus vero suscitavit eum a mortuis tertia die : qui visus est per dies multos his, si qui simul ascenderant eum eo de Galilaea in Jérusalem : qui usque nunc sunt testes ejus ad plebem. 32 Et nos vobis annuntiamus eam, quae ad patres nostros repromissio facta est : 33 Quoniam hanc Deus adimplevit filiis nosiris resusciians Jesum, sicut et in Psalmo secundo scriptum ^est : Filius meus es tu, ego hodie genui te. 34 Qaod autem suscitavit eum a mortuis,. amplius jam non reversurum in corruptionem, ita dixit : Quia dabo vobis sancta David fidelia. 35 Ideoque et alias dicit : Non dabis Sanctum tuum videre corruptionem. ^^ David enim in sua generatione eum administrasset, voluntati Dei dormivit : et appositus est ad patres suos, et vidit corruptionem. 37 Quem vero Deus suscitavit a mortuis, non vidit corruptionem.

Eh bien ! disait l'Apôtre, c'est à vous tous, Juifs et prosélytes, que ce salut par le Seigneur Jésus est offert aujourd'hui. Les gens de Jérusalem et leurs chefs l'ont méconnu, l'ont jugé ; ils ont accompli, à leur insu, les prophéties qu'ils lisaient à chaque jour de sabbat ; et n'ayant pu trouver en

lui aucun crime, ils ont obtenu de Pilate qu'il fût mis à mort. Descendu de la croix, il fut mis au tombeau. Mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, et il s'est montré durant quarante jours à nombre de témoins qui l'avaient accompagné de la Galilée à Jérusalem. Et nous-mêmes, Barnabe et moi, nous venons vous apporter la bonne nouvelle.

Le peuple juif tout entier a attendu le Messie : il n'a plus désormais à attendre. Cette grande promesse que Dieu a faite à nos pères, il l'a réalisée pour nous, leurs enfants, en relevant Jésus d'entre les morts. Cela était écrit au deuxième Psaume-: « Vous êtes mon Fils, c'est aujourd'hui que je vous ai donné la vie » : car c'est à dater de la résurrection que commence, pour le Verbe de Dieu incarné, sa vie d'Adam nouveau et de chef de toute l'humanité ; c'est une vie nouvelle qu'il est allé chercher au tombeau, une vie sans fin, selon la promesse faite à David par le Dieu qui ne trompe pas. Il est dit encore dans un autre Psaume : « Vous ne permettrez pas que votre Saint subisse la corruption du tombeau. » (Ps. XV, 10). Or, dit l'Apôtre saint Paul, et nous retrouvons sur ses lèvres l'exégèse donnée par saint Pierre lui-même (Act., II, 24-32), David, après avoir au cours de sa vie obéi à la volonté de Dieu, s'est endormi ; il a rejoint ses pères et a subi le sort de toute chair. Il n'en va pas de même de celui dont il était la figure, que Dieu a réveillé d'entre les morts, et qui n'a point connu la corruption du tombeau.

38 Notum igitur sit vobis, viri fratres, quia per hune vobis remissio peccatorum annuntiatur, et ab omnibus, quibus non pofuistis in lege Moysi justificari, 39 in hoc omnis qui crédit justificatur. 40 Videte ergo ne superveniat vobis quod dictum est in prophetis : 4i Videte, contemptores, et admiramini, et disperdimini : quia opus operor ego in diebus vestris, opus quod non credetis, si quis enarraverit vobis.

La dernière partie du discours de saint Paul contient

l'exhortation et la conclusion pratique. On dirait une mise en demeure, et déjà, comme en germe, toute la doctrine de saint Paul. Sachez-le donc, mes frères, la loi de Moïse a été impuissante à nous justifier : nos fautes ne sont effacées qu'en Notre-Seigneur Jésus. Il n'y a pour nous de justice et de salut qu'à la condition de croire en lui et de lui appartenir. Gardons-nous d'encourir par nos résistances la menace du prophète : « Prenez garde, est-il dit à ceux qui méprisent la parole de Dieu, prenez garde aux surprises et aux terreurs du lendemain ; car je vais, sous vos yeux, accomplir une œuvre telle que vous ne pourriez la croire, si elle vous était seulement racontée. » C'est au prophète Habacuc (II, 4) que l'Apôtre emprunte à la fois et la formule qu'il développera plus tard dans ses épîtres aux Galates, aux Romains, aux Hébreux : Justus autem ex fide vivit ; et la menace suspendue sur la tète de ceux qui méprisent (I, 4 et II, 5 d'après les Septante). Dans la prophétie, le péril dénoncé est l'invasion des Chaldéens ; ici, c'est un châtiment de Dieu dont tous les fléaux antérieurs ne sont qu'une pâle figure : le châtiment qui ne finit pas, la captivité éternelle.

42 Exeuntibus autem ilUs ro gabarit ut sequenti sabbat o loquerentur sibi verba haec. 43 Cumque dimissa esset synagoga, secuti sunt multi Judaeorum, et colentium advenarum, Pauhim, et Barnabam : qui loquentes suadebant eis ut permanerent in gratta Dei. 44 Sequenti vero sabbato pêne universa civitas convenit audire verbum Dei. 45 Videntes autem turbas Judaei, repleti sunt zelo, et contradicebant his, quae a Paulo dicebantur, blasphémantes. 46 Tune constanter Pauhts, et Barnabas dixerunt : Vobis oportebat primum loqui verbum Dei : sed quoniam repellitis illud, et indignas vos judicatis aeternae vitae, ecce convertimur ad Gentes. 47 Sic enim praecepit nabis Dominus : Posui te in lucem Gentium, ut sis in salutem usque ad extremum terrae. 48 Audientes autem Gentes gavisae sunt, et glorificabant verbum Domini ; et crediderunt quotquot erant praeordinati ad vitam aeternam.

La parole de l'Apôtre porta ses fruits. Au moment où Paul et Barnabe se levaient pour sortir, l'assemblée leur demanda de revenir le sabbat suivant, pour proposer de nouveau cette doctrine. Plusieurs firent mieux encore et semblent avoir été convertis sur l'heure : ils accompagnèrent les deux apôtres, comme pour témoigner de leur adhésion à la vérité qu'ils apportaient. Paul et Barnabe les exhortaient à persévérer dans la grâce qu'ils avaient reçue de Dieu. Le bruit de cette prédication se répandit dans Antioche : le sabbat qui suivit, toute la ville était réunie pour entendre la parole de Dieu.

Le succès des apôtres excita la jalousie des Juifs. Ils avaient jusque-là formé l'aristocratie intellectuelle et religieuse de la ville : ils supportèrent mal de se voir relégués au second rang par des docteurs inconnus la veille. D'où venait à ce prédicateur de trois coudées ce succès immédiat, presque scandaleux ? Il n'ignorait pas l'histoire du mosaïsme, mais il en dénonçait la faillite et son impuissance à justifier ; il parlait de la grande Synagogue de Jérusalem avec une sévérité hautaine. Leur jalousie s'alluma, ils contestèrent et répondirent à la parole de saint Paul par des négations et des anathèmes. On dirait que saint Paul et saint Barnabe ont attendu cette résistance pour achever leur pensée et pour fournir à l'opposition des Juifs un grief qui les rendît irréconciliables, en les dépouillant de leur privilège religieux, en dénonçant ouvertement le caractère universaliste de la doctrine nouvelle. Notre devoir, disent les deux apôtres aux Juifs révoltés, était de vous offrir tout d'abord la parole de Dieu. II y avait place pour vous les premiers. Mais après que Jérusalem s'est dérobée, puisque vous vous dérobez à votre tour, puisqu'il vous plaît de vous exclure vous-mêmes de l'éternelle vie, voici que nous nous adresserons aux nations, aux Gentils, selon la parole de Dieu en Isaïe (XLIX, 6) : « Je t'ai établi pour être la lumière des nations et porter le salut jusqu'aux confins de la terre. »

C'était un grand faisceau de lumière jeté sur toute rEcri-

ture et sur tous les siècles qui avaient précédé. Dieu avait commencé par s'adresser à toute la nature humaine qu'il aimait. Il est, dit saint Paul (Rom., III, 29), le Dieu de l'universalité. C'est comme à regret et pour se constituer, au milieu de la corruption croissante, une réserve assurée, une nation fidèle, qu'il a laissé les nations s'en aller dans leurs voies, et limité à une élite sa prédilection. Même alors, Dieu n'est pas demeuré sans témoignage ; le peuple choisi était lui-même au milieu des nations un enseignement de toutes les heures et comme une théophanie permanente. Les moments divers de sa vie historique l'ont mis en contact avec toutes les civilisations du monde antique. Dieu, par la providence spéciale dont il l'entourait, s'adressait encore à toute la famille humaine. L'Egypte, la Phénicie, Babylone, Ninive, les Perses, les Grecs, Rome enfin, tous les grands empires et les premières civilisations apprenaient quelque chose de Dieu, puisaient une pensée religieuse et une part de vérité au contact de ce peuple apostolique situé géographiquement au confluent des nations. Une attente universelle secouait le monde. Jusque dans les religions païennes il restait quelque chose des traditions primitives, le souci de Dieu, le désir d'être bien avec lui, la crainte de sa colère : Accedentem ad Deam, dit l'Apôtre, oporfef credere quia est, et inquirentibus se remunerator sit (Hebr., XI, 6). Il n'est pas superflu de le remarquer, à l'heure où nous voyons les apôtres, rebutés par l'opposition des Juifs, se tourner vers les Gentils. Aussi longtemps qu'ils avaient parlé aux Juifs, ils s'adressaient à des âmes préparées, et comprenant leur langue. Mais pour les païens, que signifiaient les mots de salut, de justice, de foi, tous ces éléments qu'impliquait la doctrine nouvelle ? Si l'on consent à se souvenir que, dans la personne du peuple juif, l'étendard de Dieu était dressé au milieu des nations, que la lumière de Dieu descend dans les âmes, que la doctrine hellénique, ou mieux, le socratisme a été regardé par les anciens Pères comme une préparation à l'Evangile, presque au même titre que le judaïsme lui-même ; si enfin l'on admet que la parole aposto-

lique était fort capable de donner de jour en jour un sens plus élevé et plus spirituel à ce que les anciens entendaient par ces mots de vertu, de justice, de bonheur, de foi, de salut, il sera facile de comprendre que les premiers prédicateurs de l'Evangile avaient des éléments d'attente et des intelligences secrètes jusque dans la pensée païenne. Nous ne tarderons pas à voir ce procédé socratique employé par l'Apôtre au sein même de l'Aréopage, et le Dieu inconnu servir de véhicule à la doctrine du vrai Dieu.

Revenons à Paul et à Barnabe. Leur auditoire était composé d'éléments empruntés à toute la ville. La déclaration des deux apôtres fut une joie pour les Gentils ; ils rendirent hommage à cet esprit vraiment humain et universel qui formait l'un des caractères de l'hellénisme. D'autres allèrent plus loin que cette admiration platonique : ils crurent, dit l'écrivain sacré. Ce furent ceux que leur droiture, leur réflexion, leur moralité, la grâce de Dieu avaient préparés à la vie éternelle et à la doctrine qui nous y conduit.

49 Disseminabatur autem verbum Domini per universam regionem. ^^ Judaei autem concitaverunt mulieres religiosas, et hortfistas, et primos civitatis, et excitaverunt persecutionèm in Paulum, et Barnabam : et ejecerunt eos de finibus suis,

51 ylf //// excusso pulvere pedum in eos, venerunt Iconium.

52 Discipuli quoque replebantur gaudio, et Spiritu sancto.

L'apostolat de saint Paul et de saint Barnabe à Antioche se poursuivit, sans que nous puissions déterminer sa durée. Ce n'est pas trop de supposer quelques mois. Les conversions se multiplièrent, et la parole de Dieu se répandit dans toute la région avoisinante.

Les Juifs rebelles, ne pouvant ni arrêter la diffusion de la doctrine, ni lutter à armes égales contre la parole des apôtres, usèrent du procédé ordinaire : l'expulsion. II a toujours été facile, sous un prétexte de religion, d'exciter l'esprit des femmes. Les Juifs s'adressèrent à des dames prosélytes,

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