APPEL A LA GÉNÉROSITÉ
maxime mihi :. quanto autem magis tibi et in carne, et in Domino ? i7 Si ergo habes me socium, suscipe illum sicut me : i» Si autem aliquid nocuit tibi, aut débet : hoc mihi imputa. 19 Ego Paulus scripsi mea manu : ego reddam, ut non dicam tibi, quod et teipsum mihi debes : 20 ita f rater. Ego te fruar in Domino : Refice viscera mea in Domino.
Philémon était l'obligé de l'Apôtre. Saint Paul avait auprès de son converti un titre de paternité surnaturelle qui lui eût permis peut-être de parler avec autorité et d'exiger au nom de Dieu : mais sachant bien à qui il a affaire, il aime mieux n'invoquer que la seule loi de la charité, et exhorter au lieu de prescrire. Malgré la traduction de la Vulgate, cam sis talis, nous devons reconnaître que, dans le texte original, l'Apôtre ne fait aucune allusion à la déférence qu'il est assuré de trouver dans l'âme de Philémon, mais à sa situation à lui, Paul, à sa condition de vieillard et de prisonnier, de prisonnier du Christ Jésus, puisqu'il est enchaîné pour la cause de l'Evangile. Si Paul, vieillard et captif, tend la main à Philémon en faveur d'un fils qui lui est né au cours de sa captivité, sa demande sera entendue, alors même que ce fils porterait le nom d'Onésime. Ce n'est qu'après une longue et savante préparation que le nom est enfin prononcé. C'est que le nom d'Onésime devait rappeler à Philémon de fâcheux souvenirs : l'injustice d'un esclave fugitif, et voleur parce que fugitif. Mais l'Apôtre plaide agréablement et avec un sourire. Il joue sur le sens du nom Onésime qui signifie utile et profitable : Malgré la promesse impliquée dans son nom, dit-il, il ne vous a servi à rien jusqu'ici. Mais il est bien changé aujourd'hui. Il vous revient afin de vous être utile désormais, comme il l'a été déjà pour moi. Il accompagne Tychicus, le porteur de cette lettre. Recevez-le, je vous prie, comme un fils chéri de moi. Je l'aime : je sais dès lors qu'il sera aimé de vous.
Et l'Apôtre continue à faire valoir son protégé. J'aurais voulu le garder près de moi ; il m'eût été précieux. Et comme
il VOUS appartient de droit, il eût été pour moi en votre nom, un soutien, un appui. Mais je n'ai voulu rien faire sans votre avis, et je vqus le renvoie, afin que votre décision à son sujet soit pleinement spontanée et libre, sans ombre de surprise. — En effet, si l'Apôtre avait pris sur lui de garder Onésime, en sollicitant à distance l'agrément de son maître, il eût semblé extorquer un consentement, qui peut-être n'eût été accordé que contraint. C'eût été la carte forcée, ou à peu près.
Et l'aimable plaidoyer se poursuit sur une note chrétienne, infiniment gracieuse. Peut-être dans la pensée de Dieu, l'esclave fugitif ne vous a-t-iî quitté^urr instant que pour vou& être ramené par Dieu, pour le temps, pour l'éternité. Heureuse faute ! Il a été coupable, mais Dieu est si bon ! Voici que le fugitif vous revient, transform.é, il vous revient non plus comme un esclave, mais beaucoup mieux qu'un esclave (iJTtsp ooÙAov ) , et, à raison de son baptême, comme un frère très cher pour moi, et plus encore pour vous : n'est-il pas deux fois vôtre, étant de votre famille, et étant du Christ ?
Entre Paul et Philémon il n'y a ni mien ni tien, accueillez Onésime comme moi-même. Il est vrai, il vous a offensé ; mais si sa condition ne lui permet pas de s'acquitter auprès de vous, l'esclave étant incapable de tout domaine personnel, imputez-moi sa dette, je suis et demeure votre débiteur pour Onésime.
. Voyez, cette lettre tout entière écrite de ma main est la reconnaissance de ma dette. Vous avez une garantie. Je suis vraiment et authentiquement votre débiteur. Je n'ose pas dire, ajoute l'Apôtre, que vous me devez tout, et vous-même et votre éternité, et Dieu, puisque c'est par moi que vous êtes chrétien. Nous sommes débiteurs l'un envers l'autre ; îaissez-moi user de mes droits sur vous. Vous avez soulagé tant d'âmes fidèles (v. 7), soulagez aussi la mienne dans le Christ.
A partir du verset 21, la conclusion de l'épître.
CONCLUSION 217
^^Confidens in obedîentia tua scripsî tibi : sciens quoniam et super id, quod dico, jades. ^^ Simul autem et para mihï hospitium : nam spero per oratîones vestras donari me vobis. 2S Salutat te Epaphras concaptivus meus in Christo JesUr 2iMarcus, Aristarchus, Demas, et Lucas, adjutores met 25Gratia Domini nostri Jesu Christi cum spiritu vestro. Amen.
J'ai pris sur moi de vous écrire, dans l'assurance où je suis d'être écouté de vous, et sachant bien que votre bonté vous fera dépasser tout ce que je vous demande. Quel est le surcroît ainsi espéré de l'Apôtre, et qui doit mettre le comble à la bienveiiiânce de Philémon ? L'affranchissement d'Onésime ? Le renvoi d'Onésime auprès de saint Paul ? Rien n'empêche de le supposer. Il est plus naturel encore que l'Apôtre n'ait songé à rien de déterminé, laissant au cœur de Philémon le soin de faire déborder la mesure par tel procédé ^ui lui plaira.
L'Apôtre espère sa délivrance pour bientôt. Même dans îa pensée actuelle, il songe à reprendre le chemin de l'Asie \4ineure et demande un logement à Colosses. L'élargissement îe fera attendre encore et le dessein premier de l'Apôtre fera 7lace à un autre,
La lettre se termine par les salutations de ces mêmes personnages, groupés à la fin de l'épître aux Colossiens (IV, 14 ) : Epaphras, de Colosses, qui partage volontairement la :aptivité de l'Apôtre, Marc, Aristarque, Démas, Luc, auxiliaies de l'Apôtre.
Que îa grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit cr «)us I Amen.
EPITRE AUX PHILIPPIENS
ÉPITRE AUX PHILIPPIENS
Après le départ de Tychicus et d'Onésime, la sollicitude de l'Apôtre saint Paul dut se porter vers la communauté chrétienne de Philippes. Bien des indices nous font penser que la lettre aux Philippiens est un peu postérieure à celles que nous venons de lire, et date des derniers jours de la captivité. En effet l'Apôtre se propose d'aller vers Philippes sans tarder, selon le projet qu'il a livré à Philémon (Philem., 22) : Confido autem in Domino quoniam et ipse veniam ad vos cita (Phil., II, 24) ; il parle des progrès de l'Evangile, des prédicateurs que son exemple a suscités, de l'attitude spéciale des judaïsants en face de lui (Phil., I, 13-18). Sans être décisif, chacun de ces détails suppose qu'il s'est écoulé un peu de temps, le loisir nécessaire aux événements pour s'accomplir, et à la pensée de l'Apôtre pour les embrasser dans leur ensemble et les résumer. Mais il y a plus : l'épître ellemême nous apprendra que, depuis le commencement de la captivité de l'Apôtre, il s'est accompli entre Rome et Philippes une série de voyages dont voici le détail : un premier voyage, pour porter de Rome à Philippes la nouvelle de la captivité de l'Apôtre ; un voyage en sens inverse de Philippes à Rome, où Epaphrodite apporte à saint Paul la contribution affectueuse des Philippiens (IV, 10) ; un voyage de Rome à Philippes, pour porter à la communauté la nouvelle de la maladie d' Epaphrodite, leur député ; enfin un voyage de Philippes à Rome, pour apprendre à Epaphrodite combien la nouvelle de sa maladie avait consterné les Philippiens (II, 26, 27). Si on consent à se souvenir qu'entre Rome et Philippes, les deux extrémités européennes de la Via Egnatia, il y a une distance d'environ 300 lieues (150 de Rome à Brindes, 150 de Brindes à Philippes) ; si on songe à la lenteur des moyens de communication à cette époque ; s'il est peu vraisemblable que ces voyages se soient soudés l'un à l'autre sans intervalle,
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bout à bout, avec une absolue continuité : on sera porté à reculer jusque vers la fin de la captivité de l'Apôtre et les derniers mois de 63 la composition de l'épître aux Philippiens, alors surtout que cette même épître (IV, 10) nous apprend que la contribution des Philippiens s'est fait attendre assez longtemps, pour que, gracieusement, l'Apôtre veuille en excuser la lenteur : tandem aliquando refloruistis pro me sentire, sicut et sentiebatis, occupati autem eratis.
C'est vers l'an 52, au cours de la deuxième expédition apostolique de saint Paul, que l'Evangile a été apporté à Philippes. Le livre des Actes (XVI, 8-XVII) nous a parlé de ce premier séjour de l'Apôtre, puis d'une visite rapide en 58, lors de son retour à Jérusalem (Act., XX, 6). Philippes, située presque à la jonction de l'Europe avec l'Asie Mineure, est la première des cités de l'Europe oti l'Apôtre, invité par un songe, ait porté la parole évangélique avec Silas, Timothée et Luc. Colonie romaine, elle formait une tête de ligne de la Via Egnatia, et avait une certaine importance stratégique. Cicéron (De lege agraria, II, chapitre 27) a indiqué d'un mot la fonction politique des villes déclarées colonies romaines : Operae pretium est, dit-il, diligentiam majorum recordari, qui colonias sic idoneis in locis contra suspicionem pericult collocarent, ut esse non oppida Italiae, sed propugnacula imperii vider entur. Philippes formait ainsi par sa situation même et le titre qu'elle portait un boulevard extérieur de l'empire. La communauté chrétienne, fondée par l'Apôtre dix ans auparavant, lui est demeurée très attachée et très chère. C'est d'elle seule, à l'exclusion de toute autre Eglise, qu'il a consenti à recevoir l'aide matérielle de son apostolat. Il semble même que cette contribution des Philippiens ait eu. un- caractère régulier et périodique ; seulement nous ignorons ce qui en a retardé l'envoi durant la captivité. Saint Paul s'est. borné à dire : Vous aviez autre chose à penser, occupati eratis ; ou bien : Vous n'en aviez pas le moyen. Adressée à une Eglise qui lui est demeurée très unie, oij il n'a à corriger ni erreurs de doctrine, ni même erreurs graves de pratique, à l'heure