DÉPART D'ANTIOCHE
et, sans doute, par elles, à leurs maris, personnages considérés dans la ville, ou même magistrats de la cité ; ils exploitèrent auprès d'eux le trouble dont ils étaient eux-mêmes la cause, représentèrent les deux apôtres comme ennemis de l'ordre et de la paix : tout se passa comme toujours.
Saint Paul et saint Barnabe secouèrent la poussière de leurs pieds sur Antioche, conformément à la prescription du Seigneur, protestant par là qu'ils n'avaient rien de commun avec la ville incrédule. Le récit des Actes ne nous a rien dit des mauvais traitements endurés à Antioche ; il n'est pas douteux cependant qu'il faille rapporter à cette époque une part des souffrances énumérées dans la Deuxième aux Corinthiens (XI, 24-29). L'Apôtre s'en souvenait encore sur la fin de sa vie ; dans sa seconde lettre à Timothée (III, 10-11) il encourage son disciple par la pensée des persécutions aux-^ quelles le Seigneur l'a fait échapper : persecutiones, passiones, qualia mihi facta sunt Antiochiae, Iconii et Lystris.
D'Antioche, les apôtres inclinèrent vers l'est à Iconium, laissant les convertis dans la joie et la ferveur de l'Esprit de Dieu. C'est ici que se place le récit, en partie romanesque, des Acta Pauli et Theclae.
LE CHRISTIANISME A ICONIUM, A LYSTRES, A DERBÉ
1 Factum est aatem Iconii, ut simul introirent in synagogam Judaeorum, et loquerentur, ita ut crederet Judaeorum, et Graecorum copiosa multitudo. 2 Qui vero increduli fuerunt Judaei, suscitaverunt, et ad iracundiam concitaverunt animas Gentium adversus fratres. ^ Multo igitur tempore demorati sunt, fiducialiter agentes in Domino, testimonium perhibente verbo gratiae suae, dante signa, et prodigia fieri per manus eorum. * Divisa est autem multitudo civitatis : et quidam qui-
dem erant cum Judaeis, quidam vero cum Apostoîis. s Cum autem factus esset impetus Gentilium, et Judaeorum cum principibus suis, ut contumeliis ajficerent, et lapidarent eos, 6 intelligentes confugerunt ad civitates Lycaoniae Lystram, et Derben, et universam in circuitu regionem, et ibi evangelizantes erant.
A Iconium, les apôtres trouvent les mêmes facilités premières qu'à Antioche, et un auditoire préparé dans la synagogue ; ils obtiennent les mêmes succès, rencontrent aussi les mêmes oppositions violentes : un grand nombre de Juifs et de prosélytes accueillent la doctrine de la foi. De leur côté, des Juifs mécréants excitent l'hostilité des Gentils et les soulèvent contre les chrétiens. En dépit de cette opposition, les apôtres persévèrent, s'appuyant sur Dieu, qui autorise leur parole par des prodiges et des miracles. Sans doute, comme à Antioche, Paul et Barnabe, après avoir pris contact avec la synagogue et devant la résistance qu'ils ont rencontrée, s'adressent directement aux Gentils. Les gens d'Iconium se partagent et se rangent, les uns avec les Juifs, les autres avec les deux prédicateurs. Le parti violent prend l'offensive : les Juifs sectaires et les païens, de concert avec les magistrats indigènes, organisent un complot, dans le dessein de se saisir des apôtres et de les lapider comme blasphémateurs. D'après ce que nous dit l'Apôtre dans sa Deuxième à Timothée (III, 10-11) il y eut même un commencement d'exécution ; mais ils parvinrent à s'échapper à temps. D'Iconium (que les auteurs attribuent tantôt à la Phrygie, tantôt à la Lycaonie, tantôt à la Pisidie, selon les accidents politiques et les délimitations variées qu'ils entraînent) les apôtres se rendent au sud dans les villes de la Lycaonie proprement dite, Lystres, Derbé et la région voisine.
Aucun ne s'étonnera, au milieu de ces mouvements populaires, de ne voir apparaître nulle part l'autorité romaine. Iconium était une ville de peu d'importance : l'occupation romaine s'y faisait moins sentir qu'à Antioche, capitale de