PROCÉDÉS AFFECTUEUX
Eglise aimée avec prédilection. Car s'il a choisi Timothée, c'est que Timothée est un autre Paul, très attaché à l'Apôtre, très capable aussi de traiter avec une âme droite et affectueuse, les questions qui lui seront soumises. Il est, chose requise pour arbitrer les différends, très affranchi de tout égoïsme et de toute passion personnelle, très éloigné dans sa conduite de ceux qui cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Notre-Seigneur Jésus-Christ. D'ailleurs, l'envoyé de l'Apôtre n'a pas besoin d'être plus longuement accrédité auprès des Philippiens : ils le connaissent de longue date, et n'ignorent pas avec quelle âme filiale il a secondé l'Apôtre en tous ses travaux. Timothée partira sans retard et dès que les affaires du procès prendront tournure. La même pensée de charité et d'affection surnaturelle déterminera saint Paul lui-même à se rendre à Philippeis à son tour, et dès^ qu'il le pourra. Nous l'avons dit, l'Apôtre a le cœur partagé entre le désir de revoir les communautés de l'Orient et le dessein, caresse depuis longtemps déjà (Rom., XV, 24, 28), de porter l'Evangile en Espagrie. Cette dernière pensée l'emportera.
Mais auparavant, pour la joie des Philippiens, Epaphrodite leur sera rendu. Le député des Philippiens vers l'Apôtre, aujourd'hui l'envoyé de l'Apôtre vers les Philippiens, est honoré de tous les titres d'affection : saint Paul l'appelle son frère, son auxiliaire, son compagnon, celui par qui lui était parvenue, avec les hommages de la communauté, la contribution ordinaire des Philippiens. Il est distinct, selon nous, d'Epaphras, l'envoyé de Colosses (Col., I, 7). Au cours de sa mission et de son séjour à Rome, il avait été saisi de la fièvre et menacé de mourir. Les Philippiens avaient eu le loisir de l'apprendre et s'en étaient affligés. Epaphrodite, de son côté, au cours de sa convalescence avait su leur tristesse ; son désir de revoir les Philippiens s'en était accru. L'Apôtre pensa qu'il ne pouvait mieux faire que lui conseiller un prompt retour qui comblait les vœux de tous, d'Epaphrodite et des Philippiens ; peut-être saint Paul l'eût-il volontiers conservé près de lui, mais il passait outre à son désir, le Seigneur avait
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été trop bon de lui épargner une grande tristesse en conservant la vie d'Epaphrodite : l'Apôtre d'ailleurs n'a de joie que celle des Philippiens. Sans doute Epaphrodite est le porteur de la lettre: Vous le recevrez, ajoute saint Paul, dans la charité du Seigneur, avec grande joie, vous le traiterez avec honneur, comme tous ceux qui lui ressemblent. ' Il a accompli son œuvre au péril de sa vie, il a risqué la mort afin de tenir auprès de moi votre place, afin de suppléer à votre absence, et de me faire parvenir votre pieuse aumône. Il est facile de remarquer dans les termes de cette affectueuse et pressante recommandation, le dessein que forme saint Paul de conférer à son envoyé une part d'autorité et d'influence destinée à apaiser les contestations qui troublaient l'Eglise.
Avec le chapitre III nous entrons dans un ensemble de recommandations spéciales à l'Eglise de Philippes : elles ont pour dessein de la prémunir contre les tendances pratiques capables d'altérer la pureté de la vie chrétienne. II ne s'agit que de tendances, inégalement développées, non encore patvenues à la précision d'un système défini, et qui, à part le mosaïsme, n'ont pas encore de nom propre. Sans doute les entretiens avec Epaphrodite avaient appelé sur elles l'attention de l'Apôtre, éveillée déjà par le gnosticisme commencé des docteurs colossiens. II ne dirige pas contre elles une polémique formelle : elle eût été inutile, ce semble, auprès d'une Eglise où l'autorité de l'Apôtre était entière ; il se borne à mettre en garde les fidèles contre l'effort des mosaïstes (2-12), contre des mystiques présomptueux (13-16), et surtout contre les désordres plus grossiers d'une doctrine antinomienne, qui se réclamait de lui en travestissant ses principes (17-21).