‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 483 sur 663 · DOCTRINE DE L'ÉPÎTRE · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE L'ÉPÎTRE

point les paroles et épîtres de l'Apôtre ont tout à la fois un caractère actuel et une portée universelle. Tout a été écrit par circonstance, tout a été provoqué par des besoins et des conditions particulières ; mais la parole de Dieu est si large, et la nature humaine change si peu, que l'enseignement dépasse à l'infini les intérêts immédiats qui ont déterminé l'écrivain sacré : la lettre d'une heure s'applique à tous les temps. Il y a sans doute utilité à reconnaître les conditions originelles de l'épître aux Hébreux ; mais, cela fait, nous nous priverions de presque toute son utilité spirituelle, si nous ne la replacions pas dans le cadre général et universel de doctrine auquel elle appartient.

Comme l'épître aux Romains, l'épître aux Hébreux qui est aussi, nous l'avons dit, une épître aux Romains, embrasse tout le dessein de l'économie surnaturelle définitive. Tout cela semble abstrait et trop général. Précisons. Il a plu à Dieu d'établir . une société et des relations de lui à nous, de nous à lui : deliciae meae esse cum filas hominum (Prov., VIII). C'était la gloire du peuple ancien : Non fecif taliter omni nationi (Ps. CXLVII) . Nec est alla natio tam grandis, quae ha~ beat deos appropinquantes sibi, sicut Deus noster adest cunctis obsecrationibus nostris (Deut., IV, 7). Et de fait, il n'y a rien au monde de plus intéressant, j'allais dire il n'y a au monde rien d'intéressant hormis de savoir ce que Dieu est pour nous, ce que nous sommes pour lui, les relations qui existent de nous à lui, l'attitude que nous devons ou pouvons avoir devant lui.

Ce qu'on appelle « économie » ou « dispensation » en termes de théologie courante, n'est autre chose que l'ensemble ou le système complet des relations de fait que le Seigneur établit, au cours des âges, entre l'homme et lui. C'est en ce sens que l'on parle de l'économie patriarcale, de l'économie judaïque, de l'économie chrétienne. A première vue il semble que l'épître aux Hébreux se résume dans une comparaison, ou un parallèle constant entre l'économie juive et l'économie chrétienne : et c'est là, en effet, ce qui apparaît tout d'abord.

Pourtant la pensée de l'Apôtre va plus loin : elle ne se borne pas à revendiquer pour le christianisme une supériorité relative, un avantage d'un jour sur le judaïsme ; elle revendique pour le christianisme une supériorité absolue : le christianisme, pour l'Apôtre, n'est pas une dispensation surnaturelle faisant suite à une autre qui l'a précédée ; c'est la dispensation surnaturelle parfaite, achevée, finale, à laquelle tout ce qui précède a été subordonné, à laquelle il ne sera rien ajouté. C'est pour saint Paul l'édition définitive et ne varietur du système des relations qui unissent Dieu et l'humanité. Le christianisme n'est pas, comme le judaïsme, un moment ; c'est un terme, une expression achevée et définitive ; à ce point de vue nous embrassons dans toute son étendue la pensée apostolique. Le judaïsme est temporaire, préparatoire, figuratif, matériel, inachevé, inefficace ; le christianisme est l'achèvement final et dernier de tout ce qui n'était que promis dans le judaïsme. Ainsi voyons-nous reparaître toute l'épître aux Romains avec ses anticipations glorieuses : notre salut n'est pas dans l'avenir ; c'est dès maintenant que nous sommes sauvés, par notre adhésion au Seigneur, moyennant que nous gardions fidèlement la substance de vie surnaturelle que nous portons en nous.

La valeur, en effet, et la dignité d'une économie surnaturelle se mesurent essentiellement à la perfection de l'union et des relations qu'elle établit entre Dieu et nous. L'économie étant facteur d'union et expressive de cette union, les économies sont entre elles comme l'union à Dieu qu'elles réalisent, et qu'elles impliquent. Ceci une fois reconnu, nous possédons un repère pour définir la valeur relative des systèmes religieux qui se sont succédé. Et c'est à ce point de vue vraiment éminent que l'Apôtre s'est placé dès le seuil même de sa lettre aux Hébreux. Une simple allusion à l'Incarnation suffit pour montrer que la dispensation qui prend en elle son origine l'emporte à l'infini sur toute autre économie religieuse, même d'institution divine, qui aurait précédé, patriarcale ou morsaïque. L'union à Dieu ,que toute religion veut établir, est ici,

non promise, mais réalisée dès la première heure : Dieu s'est uni à l'humanité. Ce n'est pas encore l'union individuelle avec chacun des exemplaires d'humanité que nous sommes, mais c'est le moyen ou le procédé mis à notre portée ; car pour que Dieu soit tout en tous, nous n'avons qu'à procurer que le Christ soit tout en nous, selon une formule qui est aussi de l'Apôtre.

Après cette observation très générale, suggérée déjà dans les trois premiers versets, il est facile à l'écrivain sacré d'analyser l'économie surnaturelle instituée par le christianisme et d'en reconnaître l'éminente supériorité. Son auteur est au-dessus de toute comparaison, puisqu'il est le Fils de Dieu, Dieu lui-même : le prêtre, le sacrifice, le tabernacle, tous ces éléments essentiels à un système religieux, et qui en forment l'essence dépassent à l'infini tous les éléments inefficaces, figuratifs, inachevés de l'ancienne loi ; ils sont, sauf le voile et l'inévidence, le prêtre, le sacrifice, la victime, le tabernacle de l'éternité, et par conséquent atteignent la perfection suprême. Ici du moins, l'économie religieuse obtient son effet dernier, l'union à Dieu, et réalise sa fin soit dans le Christ, soit dans l'homme, au degré le plus intime et le plus parfait. Non seulement cette économie nouvelle est incomparablement supérieure à tout ce qui a précédé ; mais elle est identique à celle de l'éternité qui n'en sera que la manifestation et l'épanouissement.

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