LE FILS DE DIEU
Père. Sans doute il ne s'éloigne pas, puisque c'est en son Fils qu'il nous parle ; pourtant c'est du Fils lui-même qu'il va être parlé maintenant, puisque c'est son intervention personnelle qui élève l'économie nouvelle au-dessus de l'économie qui a précédé. L'Apôtre nous dit à la fois ce qui concerne la personne du Fils de Dieu et son œuvre (v. 3).
Celui qui est l'auteur de la révélation nouvelle, le message et le messager tout à la fois, possède une existence éternelle (Joan., I, 1 ; Coloss., I, 15) ; il est la splendeur, il est l'éclat de la gloire du Père. Il est cela de par sa naissance et son origine éternelle, il l'est premièrement, il l'est immuablement, wv. L'Apôtre pour décrire l'être éternel du Verbe use de deux formules : splendor gloriae, figura substantiaé ejus. La première est plus relative à l'origine, à la source de l'être du Fils, à sa coessentialité, à son union avec le Père ; la seconde semble avoir pour dessein de marquer la personnalité du Fils, sa physionomie comme personne distincte. Nous devons toujours nous souvenir que des éléments symboliques, empruntés au monde créé, dans le dessein de définir et de dessiner la vie de Dieu, demeurent nécessairement inadéquats et chétifs. Cette réserve faite, il faut reconnaître qu'on ne saurait mieux dire.
Le Fils est l'éclat, la splendeur de Dieu, la splendeur de la gloire de Dieu. Qu'est-ce que la gloire de Dieu ? Avonsnous le droit d'employer ici la définition accoutumée, et selon laquelle la gloire est : Clara cum laude notifia ? Il faudrait la solliciter beaucoup. Ainsi définie la gloire n'est pas autre chose qu'une grande réputation, un renom dans la pensée, le souvenir, l'estime et la louange des hommes ; ce n'est que l'écho d'une grandeur intérieure, le retentissement hors de l'être de ce qu'il est en lui-même : et nous voilà ramenés à une gloire intérieure dont l'autre n'est que l'écho et le bruit.
En un mot, la gloire de Dieu, c'est la beauté de Dieu ; c'est la plénitude de son être ; c'est l'ensemble de ses perfections en tant qu'elles lui constituent une éminence absolue, une condition unique, qui dépasse, qui déborde tout être, et
le met en dehors de toute comparaison. Le Verbe de Dieu est l'éclat, la splendeur, le rayonnement, même ad infra, de cette beauté unique : c'est la lumière de ce soleil. Splendor gloriae marque la consubstantialité, l'union étroite avec la source,, l'éternité d'origine. L'élément de personnalité du Verbe y est plus effacé : il est plus marqué dans la seconde formule,. figura substantiae ejus, yapay.TT,p i-Tiç ÙTcoCTToca-ewi; aÙToû, l'image, l'empreinte qui révèle l'être en ses traits distinctifs. Mais le Fils ne saurait être l'expression de la substance du Père, qu'à la condition d'être une personne ; il n'exprimerait pas tout ce qu'est le Père, s'il n'était un être vivant et personnel. Voici d'ailleurs que ce caractère personnel du Verbe s'accentue dans l'énoncé de l'œuvre qu'il a accomplie dans le temps ; comme Dieu il porte toutes choses par la parole de sa puissance qui les a amenées à l'être, les ordonne et les soutient : les créatures, laissées à elles-mêmes, de leur propre poids ne pourraient que retourner à leur néant : Omnia in ipso constant, est-il dit dans l'épître aux Colossiens (I, 17).
Pour donner toute sa valeur de droit au iexio. de saint Paul, entendons le cpépuv, portans, non pas seulement dans le sens de la création, de la conservation, mais encore dans le sens d'une providence qui porte, qui guide vers leur fin. l'ensemble ordonné de tous les êtres nés de sa parole. Le Fils de Dieu est donc considéré non pas seulement comme créateur, comme maintenant dans l'être, mais encore comme dirigeant tout l'ensemble créé vers la fin qui est connue de Dieu.
Mais après la description de la personne du Fils et de son être comme Dieu, vient son œuvre comme Verbe incarné : il a réalisé ce que le sacerdoce aaronique et la loi n'avaient pu accomplir, l'expiation et l'effacement de nos fautes ; il a ruiné ce qui nous faisait enfants de colère, il a porté la nature humaine jusqu'au trône de Dieu. Comme, tout à l'heure, c'est à l'aide de symboles matériels que l'Apôtre a été contraint de décrire l'origine et la physionomie personnelle du Verbe de Dieu, c'est ici en termes d'espace qu'il nous enseigne la gloire céleste oii il est entré et la dignité qui le couronne. Au lieu
l'œuvre du verbe incarné 291
que les Séraphins se tiennent debout devant Dieu, et se voilent la face dans le respect et l'adoration, le Verbe incarné est entré en possession authentique, en possession de droit du trône même et de la gloire de Dieu. Ainsi s'est accompli l'oracle du Psaume CIX : Dixit Dominas Domino meo : Sede a dextrîs meis, donec ponam inimicos fuos scabellum pedam tuoram.